‹ La philosophie du langageChapitre 36 sur 106 · P. 270 et note · texte numérisé non relu

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2. Par exemple les patois par rapport à leur langue littéraire, à laquelle ils font des emprunts constants. Ce système de correspondance varie d'ailleurs avec l'évolution phonétique. Lorsque les patois du sud du Puy-de-Dôme ne possédaient pas le SMi cA, ils rendaient le ch français par ts [charrue^ tsarûy a). Ai^ourd'hui qu'ils le possèdent, ce son est conservé dans les emprunts [chameau >- chamô).

encore vis-à-vis de ces termes, isolés dans la langue pour la conscience du peuple. C'est le domaine préféré où l'étymologie populaire se donne libre cours, comme pour les niots archaïques, rares et isolés ^ La plupart des anciens emprunts allemands, en français, ont éprouvé ce phénomène, comme Eidgenossen devenu huguenots, sûerkrùt (moyen-hautallemand) choucroute : si le rapprochement avec le « chou » s'imposait ici, le nom propre Hugues s'est présenté là par une analogie phonétique toute fortuite. Le mot roastbeef, introduit en français au xvHi^ siècle, a été d'abord altéré en rôt-de-bif-.

De nos jours le peuple parisien, friand de sport mais rebelle à la prononciation des mots anglais, a changé knock-out (pron. nokâout) en moka 3, puzzle en puce, et Wilbur Wright (prononcé par à peu près Vilbeur Rêt) en Vieille burette à l'époque où cet aviateur fit en France ses expériences sensationnelles. Quant aux étymologies populaires qui affectent les mots savants vulgarisés, elles sont innombrables dans le peuple, surtout chez les illettrés : baronnette {baromètre, pron. baromèV), diablette (diabète). Veau d'ânon (laudanum) hebdromadaire [hebdomadaire), etc. La diffusiondes termes scientifiques ou techniques en crée chaque jour de nouvelles, et celles qui disparaissent, extirpées par l'école, les fréquentations, les lectures ou le ridicule, sont vite remplacées par des succédanés.

1. Ainsi rouelle altéré en ruelle, taie d'oreiller en tête, etc.

2. Forme admise par rAcadémic française dans Tédition du Dictionnaire de 1740 et supprimée dans l'édition de 1835.

3. Ce qui a engendré aussitôt, pour dérivation synonymique, « il est chocolat » (en parlant d'un lutteur hors de combat).

I a seementation des langues. - La formation des dialectes :

ruofu^e du îe„ social; influences etl>niques; peuplement et

migrations - La formation des langues spéciales : facteurs

Tociau" caractères particuliers (argot des mal aUeurs),

S sS la langue générale. - La mort des angues

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ment desTangues nationales et littéraires; refoulement des patois.

L'histoire e.xterne des langues peut se grouper autour de deux phénomènes : la segmentation des idiomes, et leurs luttes réciproques.

Toute langue parlée par un nombre important . d'individus et sur un territoire assez vaste, tend a se segmenter, en raison même de son extension. La segmentation s'opère en fonction des mtl.eux milieux géographiques ou milieux sociaux Dans 1^ premier cas, la langue se scinde en dialectes; envisagée sous le second aspect, elle se subdivise en langues spéciales.*

Quelles conditions président à la segmentation géographique des langues, à la formation devo-

lutions divergentes suivant les différents points du territoire où elle est parlée ?

D'abord la rupture ou le relâchement du lien social, qui assure seul, on le sait, la cohésion linguistique parmi une population disséminée dans une vaste contrée. L'exemple classique est celui du latin qui, aussitôt après la chute et la dislocation de l'empire romain, se subdivisa en une infinité de dialectes, en Espagne, en. Gaule, en Italie, en Dacie, parallèlement au mouvement social qui aboutit au morcellement féodal.

De nos jours, on peut observer un phénomène analogue, bien que moins accusé, pour l'espagnol, l'anglais, voire l'allemand. Malgré l'unité linguistique maintenue jusqu'à un certain point par une communauté de langue littéraire, il est certain que l'anglais parlé aux Etats-Unis diffère assez sensiblement, surtout par la prononciation et même par le vocabulaire, de l'anglais d'Angleterre. Le phénomène est encore plus manifeste pour l'espagnol, et l'indépendance des républiques sud-américaines a été le prélude de la constitution de dialectes locaux, aujourd'hui très divergents : on a déjà pu faire, par exemple, une grammaire de l'espagnol chilien K Bien que l'allemand officiel employé en Suisse soit du saxon comme l'allemand d'Allemagne, une différence, non seulement dans la prononciation, mais surtout dans le vocabulaire, s'accuse de plus en plus entre les deux langues, — l'allemand de Suisse étant, par exemple, beaucoup plus imprégné de français que l'allemand de Berlin.

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