Bulletin de la Société de linguistique, 1910, p
plus essentiellement propre du peuple, la manifestation la plus vive de son caractère^ le lien le plus énergique de sa culture commune » K Ainsi s'es posée dans de nombreux États, — souvent ave< acuité comme en Autriche — la question des langues. L'unité de langage n'est d'ailleurs pas, pour un pays,, la condition de son unité morale : la Suisse est la preuve du contraire.
Au sein d'un même groupe linguistique, par des^ influences plutôt sociales que politiques ou littéraires, le langage de toute métropole tend à influencer et à refouler les dialectes apparentés de la région^ Dans ce domaine, l'action de la capitale se superpose à celle des grands centres régionaux. Chaque métropole a sa zone d'influence qui s'étend jusqu'à la rencontre d'une autre aire similaire. Dans les régions limitrophes, on observe souvent des croisements, et la juxtaposition de plusieurs idiomes sur un même territoire s'explique par des causes historiques et suivant les emplois sociaux.
L'exemple de l'Italie est particulièrement significatif. Turin, Milan, Venise, ont été trois grands foyers d'expansion — du piémontais, du lombard, du vénitien — qui ont refoulé jusque dans les Alpes les dialectes primitifs, fortement apparentés jadis à ceux de Savoie et du Valais et au rhéto-roman. Ensuite, le toscan, devenu langue commune, littéraire, puis nationale, de l'Italie, s'est superposé aux dialectes régionaux et a étendu son action jusqu'à sa rencontre avec la zone française qu'il a rejointe, au