Bluntschli, Théorie générale de VEtat, 2^ éd., p
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aiord au pied du versant oriental des Alpes (à l'entrée de la vallée d'Aoste), au sud aux environs de Nice. Quatre idiomes coexistent aujourd'hui dans la vallée d'Aoste : les patois locaux, usités entre les paysans; le piémontais, langue de la métropole, employé iCntre les Valdôtains et leurs compatriotes de la province; l'italien, langue de la capitale et de la nation, qui sert aux relations des indigènes avec les Italiens étrangers au Piémont, et qui est généralement la langue des fonctionnaires; le français, qui est traditionnellement la langue littéraire et officielle de la vallée, celle des municipalités, de la bourgeoisie, celle dont on se sert avec les Français, avec les voisins du Valais et de la Savoie. Il est rare d'ailleurs que la situation linguistique soit aussi complexe.
On observe surtout de nos jours la lutte de la langue littéraire et nationale contre les parlers locaux, qu'elle refoule et nivelle peu à peu. Les dialectes tombent au rang de patois : la difîérence, peu appréciable pour le linguiste, est énorme au point de vue sociologique, car le patois est un idiomic frappé de déchéance sociale vis-à-vis de la langue de la capitale, et qui n'est soutenu par aucune littérature. Les patois sont peu à peu intoxiqués par les apports innombrables et les influences de la langue nationale, au point d'être parfois frappés de paralysie dans leurs évolutions (suivant l'expression très juste de M. Gilliéron). Ceux qui sont très voisins du langage de la capitale fusionnent peu à peu avec lui, tandis que les autres conservent leur indépendance relative jusqu'au jour où une gêné-
ration les abandonne. En effet, à mesure que la connaissance de la langue nationale pénètre dans le pays tout entier, les populations deviennent bilingues, et lorsqu'elles manient avec assez de facilité cette langue, celle-ci est apprise directement aux enfants dans les familles : c'est le coup de grâce pour le patois ^.
Par l'élimination progressive des patois, les langues nationales tendent à créer à nouveau l'unité linguistique sur de vastes territoires, en attendant qu'une rupture du lien social produise une nouvelle segmentation géographique.
. 1. Pour plus de détails sur la disparition des patois et les phénomènes qui raccompagnent, je renvoie à ma Vie du langage, pp. 204-220.