Pour tout ceci, voir le livre suivant, chapitre IV
2. Ainsi les mots savants en al ont été introduits après l'époque où la phonétique amenait à aus [aux) les pluriels ea als : beaucoup ne furent pas assimilés.
linguistiques ne pouvait être admise d'emblée par les philosophes, qui avaient classé — un peu à la légère semble-t-il — les faits du langage, en bloc, parmi les phénomènes conscients. Elle souleva peu d'objections chez les spécialistes : elle présentait d'ailleurs surtout un intérêt théorique,, comme la cause physiologique des évolutions des sons.
En revanche la constance des lois phonétiques avait une importance capitale pour l'avenir de la -cience. Accueillie avec beaucoup de sympathie, la nouvelle théorie gagna rapidement du terrain. Dans le domaine des langues romanes, Gaston Paris, passant de la théorie à la pratique, prouva par un exemple frappant, emprunté à l'histoire du français, la constance des lois phonétiques : il examina tous les mots du français — travail considérable — dans lesquels la syllabe tonique provient d'un ô libre latin, et il montra que dans tous ces mots, sans en excepter un seul, la voyelle latine a abouti à eu, — en laissant en dehors les lois secondaires qui produisent des divergences dans des conditions phonétiques très précises, et les altérations provoquées par l'analogie. Celte démonstration eut un grand retentissement, et la constance des lois phonétiques ne tarda pas à être admise par la grande majorité des linguistes.
Il y eut cependant des adversaires, plus ou moins irréductibles, parmi lesquels on peut distinguer trois tendances principales.
L'école italienne, avec Ascoli, que nous retrouverons à propos des patois, s'attachait spécialement aux classifications des groupes et aux critériums
ethniques. Sur ce dernier terrain, elle pouvait opérer facilement sa jonction avec l'école allemande, les causes physiologiques des évolutions des sons pouvant être expliquées, en dernière analyse, par des hypothèses ethniques. Mais cette direction ne fut pas suivie, et l'orientation ethnographique d'Ascoli devait faire, au contraire, de ses adeptes les précurseurs du mouvement sociologique actuel.
L'école anglaise, utilitaire en linguistique comme en philosophie, s'oppose nettement, avec Sayce et ses disciples, aux théories de néo-grammairiens. Tandis que ceux-ci aboutissent à proclamer la formation collective du langage, les Anglais soutiennent l'origine individuelle des phénomènes, même des modifications phonétiques, et leur généralisation par voie imitative. Le passage suivant, par lequel Sayce prétendait expliquer les lois de Grimm qui dominent la phonétique germanique, est particulièrement caractéristique :
« Un accident peut avoir rendu une prononciation particulière de quelque lettre (52c) prédominante dans Tune des branches de la famille aryenne. Quand cette prononciation fut établie dans les mots les plus communément employés, ou dans la majorité de ces mots, ou qu'elle se fut imposée au goût populaire par sa facilité ou par quelque autre raison, elle fut étendue graduellement à tous les autres cas du vocabulaire. Nous pouvons ici nous rendre compte de l'uniformité remarquable et de la régularité dans la permutation des sons que l'on remarque chez le» diverses langues du groupe aryen ^. »