Progress of language
constance des lois, pour se retirer dans le domaine, plus facile à défendre, de la sémantique (qui lui doit son nom). Sur ce terrain, il put lutter, avec plus de chance de succès, en faveur de la perfectibilité qui conditionne, suivant lui, les transformations du langage, et contre l'inconscience des phénomènes. La volonté, dans cette théorie, joue donc un rôle important dans les changements sémasiologiques : mais c'est une « volonté obscure », bien proche, somme toute, de l'inconscience. Il n'y a plus, entre les deux conceptions, qu'une différence de degré, et les systèmes adverses sont plus près de se concilier qu'on ne pourrait le supposer de prime abord.
L'école de M. Bréal, qui remplace la rigueur aveugle des lois par des tendances générales, dérive en somme, par évolution, de l'ancienne grammaire, vis-à-vis de laquelle les néo-grammairiens avaient coupé les ponts. Elle s'est instruite aux progrès de la science, mais elle a conservé, de ses devanciers, un héritage important d'idées et de tendances. Elle estime encore qu'une langue est perfectible ; les modifications qu'elle subit sont des améliorations provoquées par les efforts rationnels des sujets parlants qui sont dirigés, avec plus ou moins de conscience, vers le « mieux ». Par suite les linguistes de cette école ont accordé une importance prépondérante aux œuvres des écrivains, qui, à chaque époque, réalisent ce mieux vers lequel la langue doit tendre.
A l'opposé, les néo-grammairiens, se plaçant exclusivement sur le terrain scientifique, ont proclamé la nécessité et l'inconscience des phénomènes linguistiques ; il n'y a ni perfectionnement, ni déca-
dence dans l'évolution des langues, qui échappent à rinfluence de la réflexion et de la volonté. Si la question de l'inconscience mérite une discussion approfondie, en revanche il n'a pas été difficile de prouver que le prétendu progrès des langues est un mythe. On n'en est plus à compter les formes utiles qui se perdent, comme le passé défini en français, comme destre et senestre que « droit » et « gauche » ont si imparfaitement remplacés, au prix d'amphibologies : comparez « je vais tout droit » et « je vais à droite » ; « cet homme est gauche », « il tourne à gauche » ; dans l'ancienne langue, destrr et senestre étaient réservés aux seconds sens, et si l'utilité, à défaut de la logique, régissait les phénomènes du langage, on n'aurait jamais eu recours au même mot pour désigner deux directions différentes (tout droit, à droite). Toute langue est embarrassée d'une pléthore de synonymes inutiles. Quelle peut être l'utilité des changements de déclinaison? des fausses perceptions? des substitutions de suffixes? Même comme instrument de littérature, on ne voit pas qu'on ait progressé depuis le grec de Sophocle et de Platon.
Ce sont ces derniers principes qui ont triomphé rapidement, en France et en Allemagne, avec la fin du xix' siècle.
Les néo-grammairiens devaient être avant tout des phonéticiens, car c'est dans le domaine des sons que leurs théories correspondaient le mieux à l'explication des phénomènes.
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La phonétique fut créée par le xix* siècle ; séparée de la morphologie par la grammaire compaj:*ée, elle devint rapidement une science spéciale, tandis que les phénomènes flexionnels et syntaxiques, plus anciennement catalogués cependant, et auxquels était venue s'ajouter la masse complexe des faits lexicologiques, devaient attendre encore longtemps leur synthèse. Auparavant, la véritable nature des évolutions phonétiques avait échappé aux linguistes qui les considéraient volontiers comme des phénomènes plus ou moins exceptionnels, spéciaux à certaines époques de « décadence » ou de « formation » : on reconnaît là l'influence de l'ancienne grammaire. Voici, par exemple, comment s'exprimait Max MûUer, qui, tout en ayant bien dégagé la loi générale de Valtération — on dirait aujourd'hui \ évolution phonétique — marque cependant, à ce point de vue, un recul sur Bopp et Grimm :
L'altération phonétique « corrompt et détruit non seulement la forme, mais la nature même des mots. Une langue où l'altération phonétique commence à se montrer, perd immédiatement ce que nous avons regardé comme le caractère le plus essentiel de toute langue, à savoir que chacune de ses parties ait une signification... Nous sommes accoutumés à appeler ces changements l'évolution naturelle du langage; mais il serait plus exact de leur donner le nom de dépérissement ' ».
Les néo-grammairiens montrèrent au contraire comment l'évolution phonétique était un facteur