‹ La philosophie du langageChapitre 63 sur 106 · Uargot ancien · texte numérisé non relu

Uargot ancien

férenciation des langues spéciales en raison des milieux sociaux.

Les sociologues ont contribué, en outre, à faire approfondir par les linguistes le concept d'imitation, Qu'imite-t-on et qui imite-t-on ? Cela dépend de bien des facteurs, parmi lesquels l'âge de l'individu vient en première ligne, puis les conditions linguistiques et sociales. L'enfant, dans son jeune âge, imite le langage de sa mère dans ses détails et dans son ensemble : prononciation, forme et sens des mots, associations d'idées conditionnant le système morphologique. Mais, une fois adulte, l'homme a son langage bien constitué, et il n'imite que rarement et dans des conditions bien déterminées. Entre deux idiomes voisins, de même hiérarchie sociale — deux parlers populaires ou deux langues littéraires, — l'emprunt se bornera à des mots et à peu de mots. L'échange lexicologique est plus grand entre deux langues coexistant sur le même territoire : mais, même dans ce cas. l'influence phonétique ou morphologique d'un parler sur l'autre est rarement démontrée. — D'ailleurs, peut-on proprement parler d'imitation quand il s'agit de phénomènes inconscients?

L'influence de la sociologie a attiré l'attention des linguistes sur les caractères nouveaux que pré-* sentent certains phénomènes du langage dans les langues contemporaines. Sous l'influence de l'école, de la famille, du livre, on cherche à bien parler : la réflexion et la volonté jouent désormais leur rôle et viennent limiter, dans l'évolution des phénomènes, le domaine de l'inconscient. Les influences

littéraires, le choc en retour de l'écriture doivent également être pris en considération*. Mais si les néo-grammairiens avaient eu tort de négliger ces faits, il serait, en revanche, bien plus dangereux do vouloir projeter le présent sur le passé et d'expliquer des évolutions anciennes et normales par des phénomènes modernes très spéciaux, — comme M. Marcel Schwob, qui voulut rendre compte de l'argot du xv'= siècle par les anagrammes du /owc/terôer/i actuel 2. Enfin, la sociologie donne à la science du langage de nouvelles sources d'information et des points de comparaison précieux^.

Même chez les linguistes s'est manifestée, depuis quelques années, une certaine réaction contre le rigorisme des néo-grammairiens, jugé dans certains cas un peu étroit et excessif. Dans la complexité infinie des évolutions, jusque dans le domaine de la phonétique, il y a des phénomènes qui échappent à l'inflexibilité des lois : le langage a une souplesse, il présente des accidents qui ne peuvent pas être toujours réduits en formules. La phonétique du langage enfantin est toute spéciale, et, même dans le langage normal, certains mots, nous l'avons vu, telles les formules de politesse, devancent les évo-

1. Cf. A. Dauzat, La vie du langage, 4* partie (Les phénomènes littéraires).

2. Mémoires de la Société de Linguistique, 1889, Etude sur Vargot français.

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