‹ La philosophie du langageChapitre 64 sur 106 · Ci-dessous, pp. 253 et suiv · texte numérisé non relu

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lutions phoniques ou reçoivent des abréviations inexpliquées.

On s'est aperçu, d'un autre côté, qu'il y avait quelque chose à retenir dans la théorie dialectale d'Ascoli. Sans doute, il n'existe pas, comme le croyait le maître italien, des dialectes aux frontières rigoureusement déterminées; mais il n'est pas exact de prendre le contre-pied de la théorie en assurant, comme Gaston Paris, qu'un territoire linguistique est comparable à une tapisserie aux teintes uniformément dégradées. L'étude minutieuse des faits a montré que la vérité est entre les deux théories, plus près toutefois de la seconde que de la première. Dans une masse de parlers homogènes, — romans, germaniques, etc., — rares sont les limites intérieures : il y en a cependant quelquesunes, et très nettes, comme la Gironde ou les Pyrénées centrales. Il est possible aussi de constituer des groupes naturels de parlers, qui n'ont pas de frontières précises, mais offrent cependant une homogénéité relative les uns par rapport aux autres : embryons de subdivisions qui se seraient séparées complètement comme les branches germanique, lave, latine, etc., si les circonstances historiques s'y étaient prêtées. Et, pour expliquer les différenciations et les groupes dialectaux, on interroge les causes sociales et ethniques.

Sur ces tendances, s'est constituée récemment, en (talie, l'école des néo-linguistes, qui se réclame d'Ascoli, tout en ayant assez sensiblement modifié

1. A. Meillet, Introduction à Vétude comparative des langues Indo-européennes^ pp. 12-13,

les idées de ce philologue (notamment en matière de dialectes). Elle met en relief, comme les sociologues, l'importance de Vimitatian :

« Toute innovation dans le langage est une création et naît de l'imitation d'un autre langage, c'est-à-dire du langage d'un autre individu ou d'un autre moment : le langage est créé, ou mieux procréé avec dos germes hétéroglosses. Même d'un cri, d'un son inarticulé, peut germer, par imitation, une parole » '.

Mais les néo-linguistes restent sur le terrain des faits, qu'ils prétendent, au contraire, serrer de plus près que leurs devanciers. Ils connaissent le défaut de la cuirasse des néo-grammairiens, qui ont obtenu parfois, suivant l'expression de M. Antoine Thomas, la régularité phonétique au prix du dérèglement analogique 2. Toutes les exceptions aux lois phonétiques étaient mises un peu hâtivement sur le compte de l'analogie. Au contraire, les néo-linguistes expliquent ces exceptions comme étant les résidus d'anciennes évolutions divergentes, dont ils demandent la raison aux origines de la langue, aux langages et aux races qui préexistaient sur le territoire.

Ils réduisent la part des évolutions spontanées — phonétiques et sémantiques — et accordent une grande importance à l'emprunt sous toutes ses formes. Les néo-grammairiens, disent-ils en substance 3, ne songent aux influences externes qu'en dernier recours : nous, au contraire, nous les envi-

1. M. G. Bartoli, Aile fo7ilidel Jieolatino (Tnesie 1910 , p. 1.

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