‹ La philosophie du langageChapitre 65 sur 106 · Id. ibid · texte numérisé non relu

Id. ibid

Essais de philologie française^ p. 188.

sagecns en tout état de cause : là est la différence essentielle qui nous sépare.

Les néo-linguistes sont loin d'avoir créé toutes les théories qu'ils soutiennent. Ce qui fait précisément l'intérêt de cette école, c'est qu'elle a dogmatisé et synthétisé — en les poussant parfois jusqu'à leurs conséquences extrêmes — un certain nombre d'idées admises par des linguistes de haute valeur comme MM. Schuchardt et Meyer-Liibke. L'influence des langues préexistantes sur un territoire donné, avait déjà été mise en lumière, pour le latin vulgaire, par Georges Mohl.La propagation des évolutions phonétiques par ondes, qu'ils préconisent, est admise, en dehors deux, par quelques esprits éiminents, bien que la plupart des maîtres contemporains proclament, avec M. Meillet, la simultanéité d'un changement de prononciation sur le territoire où il s'est manifesté. D'autre part, M. Meyer-Lubke, comme les néo-linguistes, admet que lorsqu'une évolution s'est produite sur un vaste territoire, il faut en conclure que ce territoire avait, à cette époque, une unité sociale et politique : affirmation qui paraît corroborée par certains faits, mais qui est contredite par d'autres. A partir de quel degré d'isolement respectif les évolutions deviennent-elles divergentes? Il est encore impossible de le préciser.

Allant plus loin encore dans cette direction, on a pu demander aux conditions sociales la cause première des évolutions linguistiques. Actions généralement indirectes, tout au moins pour la phonétique, car M. Schuchardt est à peu près seul à penser — .bien que M. Jespersen se soit engagé dans la même

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voie — que les lois phoniques, à l'intérieur d'un même groupe linguistique, peuvent varier avec leiconceptions sociales diverses où sont placés les mots différents. Bien plus profonde est la conception de M. Meillet qui, après avoir montré que les lois linguistiques sont des possibilités et non des nécessités^ ajoute* :

« Les lois de la phonétique ou de la morphologie g. nérale ne suffisent donc à expliquer aucun fait; <'i.«.s Liiuiicent des conditions constantes qui règlent io développement des faits linguistiques ; mais, même si l'on parvenait à les déterminer d'une manière complète et de tout point exacte, on ne saurait pour cela prévoir aucune évolution future, ce qui est la marque d'une connaissance incomplète...

« L'élément variable qu'il reste à déterminer ne ])eut évidemment se rencontrer dans la structure anatomique des organes ou dans le fonctionnement de ces organes; il ne se rencontre pas davantage dans le fonctionnement psychique : ce sont là des données constantes, qui sont partout sensiblement les mêmes, et qui ne renferment pas en elles des principes de variation. Mais il y a un élément dont les circonstances provoquent de perpétuelles variations, tantôt soudaines, tantôt lentes, mais jamais entièrement interrompues : c'est la structure de la société. 1)

Plus loin 2, l'auteur précise ainsi sa conception ; «< Le seul élément variable auquel on puisse recourir pour rendre compte du changement linguistique

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