‹ La philosophie du langageChapitre 70 sur 106 · Archiv fur das Studium derneueren Sprachen, année · texte numérisé non relu

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linales, les sonores tendent à s'assourdir. On peut ainsi pressentir, grâce à de minutieuses analyses, les évolutions futures qui sont en germe dans toute langue.

L ne langue, selon la formule de M. Meiilet, contient trois éléments : des sons, des morphèmes, des mots.

()n appelle morj)hèmes les éléments variables, agglutinés généralement à la finale des mots dans les langues européennes, et qui servent à indiquer certains ra[tports grammaticaux (flexions des noms et des verbes; ou à former des mots nouveaux (préfixes et suffixes). Les morphèmes n'ont en principe aucune existence indépendante, ils ne vivent qu'en fonction de mots; il» ne sont isolés que par le raisonnement et l'analyse. On les classe par rapport aux mots (|ui les affectent. Leur étude constitue la morphologie, la première branche de la sémantique.

La morphologie descriptive a pour base la classification des parties du discours qui, syntaxe à part, constituait toute l'ancienne grammaire. La science moderne a un peu simplifié et hiérarchisé les cadres anciens, séparant en deux catégories les mots invariables et les mots à flexions, et, parmi ceux-ci, groupant en deux classes les noms et les verbes.

L'étude des flexions a été faite dès la plus haute antiquité : les premiers grammairiens qui se sont occupés des langues modernes se sont laissé plus d'une fois fâcheusement influencer par l'orthographe

et la tradition des langues anciennes. Il n'y a pas un siècle que les grammaires italiennes notaient encore des cas d'après l'article. Et quelle grammaire moderne oserait affirmer cette vérité scientifique, pour tant indiscutable, qu'il n'y a plus de genre en anglais moderne, sauf dans les pronoms, et que dans le français parlé — la seule langue qui existe et compte pour le linguiste — il n'y a plus de pluriels, à part quelques groupes isolés (cheval-chevaux), et les survivances, en grande partie archaïques, des liaisons? Nous ne formons plus le féminin des adjectifs par l'addition d'un e muet, mais en général par Tadjonction d'une consonne : c'est la prononciation du t qui distingue verte de vert et courte de court. L'étude du patois et l'usage de la notation phonétique ont habitué le linguiste à se débarrasser des illusions orthographiques et traditionnelles, aussi tenaces que les illusions du mouvement diurnes pour l'observation des astres.

La flexion peut porter aussi bien sur le radical que sur la désinence. Les verbes forts de l'allemand en sont un exemple, ainsi que les pluriels infléchis, dont on trouve l'équivalent dans les « pluriels internes » romans, mis la première fois en lumière par Camille Chabaneau^. La cause primaire de ce phénomène, expliquée par l'évolution, fut purement phonétique : la présence d'un i final en germanique, d'un a long final dans les patois limousins et auvergnats, modifia la voyelle tonique. Ce devint par la suite une véritable flexion, susceptible d'extension analogique.

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