Marey, La méthode graphique, p
cédé^ l'articulation s'inscrit directement sur l'instrument. Le type de ces appareils est le palais artificiel, moule du palais dur qu'on enduit de craie ou de poudre de kaolin, et qu'on applique dans la bouche pour examiner les contacts de la langue avec le palais dans l'émission des sons linguo-palataux. Par ce seul exemple, on voit que le rôle de ces instruments est localisé et très borné.
Beaucoupplus importante estlaméthode graphique, inaugurée en physiologie par Marey. Elle permet d'étudier, successivement ou simultanément, tous les mouvements de tous les organes phonateurs, en réduisant ces mouvements multiples et directement inanalysables — pressions, déplacements, vibrations, expirations, inspirations — en tracés qui en sont la transcription fidèle et dont on peut déterminer mathématiquement les courbes. A cet effet, elle se sert de trois sortes d'intermédiaires entre l'organe à explorer et le tracé final : les explorateurs, placés sur l'organe dont on veut étudier le mouvement, et dont la forme varie avec la nature de celui-ci (ampoule, olive, embouchure, tambour, etc.); l'enregistreur, cylindre animé d'un mouvement hélicoïdal autour de son axe, sur lequel l'inscripteur (généralement une plume) vient inscrire le mouvement transmis par l'explorateur, souvent amplifié par un levier.
L'avantage capital de cette méthode est de transformer des phénomènes qualitatifs en phénomènes quantitatifs susceptibles de mesure, de détermination numérique, et qui seuls peuvent servir de base précise à une science. Au lieu d'exprimer, par exemple,
l'observation 235
la valeur d'un a à l'aide de vagues épithètes susceptibles d'engendrer les pires malentendus — voyelle claire, sourde, ouverte, fermée, etc. * — on donnera le tracé graphique de l'a qui reproduira les vibrations de la voyelle, — avec les autres éléments qui composent le dossier du son (ouverture de la bouche, position de la langue, mesure du souffle, etc.). Désormais plus de confusions, plus d'erreurs possibles. De plus la notation par l'écriture — à laquelle il faut bien revenir — reposera dorénavant sur une base sérieuse, indiscutable, et non plus sur des classifications plus ou moins arbitraires.
Enfin l'étude du mécanisme intérieur du langage, comme l'a montré M. Rousselot^, « nous donne la clef de diverses modifications que le jeu de l'organisme phonateur n'explique pas : les substitutions irrationnelles d'articulations, les transpositions de certaines syllabes ou de certaines lettres, qui proviennent d'erreurs de transmission. Elle nous fait mieux comprendre la mutuelle dépendance du système phonateur et dejl'oreille ».
Détrônée en partie/pourla phonétique, par l'usage des instruments, l'observation auditive reste seule pour étudier les phénomènes sémantiques.
La méthode employée est une variété de la méthode psychologique, subjective ou objective.
1. Par exemple, les Allemands désignent généralement par a ouvert Va que nous appelons fermé et vice versa.