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Principes de phonétique expérimentale, pp

A l'observation subjective, les philosophes font trois objections principales. Ils lui reprochent de ne pas nous faire connaître l'origine et la cause des phénomènes : ce grief n'en est pas un — bien au contraire — aux yeux du linguiste qui, pendant l'observation, doit éviter de rechercher les causes pour se borner à constater les faits. Les deux autres critiques sont ici plus graves : modification possible du phénomène sous l'influence de l'attention et confiisi ^n des faits individuels et généraux. La premier: a moins de valeur, toutefois, en sémantique qu'en phonétique : l'attention peut plus difficilement déformer un sens ou un morphème qu'un son. La seconde est très importante : pour prendre un seul exemple, l'échelle des synonymes varie beaucoup d'un individu à l'autre, la valeur des mots n'étant pas la même pour chacun. Mais surtout l'observation subjective, en matière de langage, se meut dans un champ très restreint. Elle est donc tout à fait insuffisante, même pour un langage donné, tout en présentant à certains égards moins d'inconvénients qu'en psychologie pure, le langage étant un des phénomènes psychiques les plus stables.

C'est donc la méthode objective qui sert généralement pour l'étude de? idiomes vivants. Observation fort délicate, qui nécessite une grande habileté psychologique et linguistique, pour recueillir les formes et les mots sans déformer les phénomènes.

L'observation passive seraitévidemmentpréférable. Écouter une conversation, y prendre part sans que les interlocuteurs se sachent observés, c'est encore le meilleur moyen pour saisir le langage sur le vif.

L OBSERVATION

Mais ce procédé n'est pas toujours applicable et, de toute façon, ne saurait suffire : on pourrait souvent attendre en vain l'expression ou la forme dont on a besoin. Force est bien de recourir à l'observation active, à la réponse provoquée, à l'interrogation. Autant que possible l'interrogation doit être faite sans que le sujet en connaisse le but véritable sinon les phénomènes risquent d'être altérés, consciemment ou non; le langage qui se sent observé tend à se modifier sous l'influence de causes multiples.

Il serait préférable d'interroger dans le langage même qu'on étudie : mais cette condition est le plus souvent impossible à remplir, car on observe surtout les langages qu'on ne connaît pas ou qu'on connaît mal. L'interrogation se fera le plus souvent dans la langue littéraire du pays, quand il s'agira de dialectes. On demandera donc une traduction au sujet, ce qui exposera à de fréquentes erreurs, possibles même lorsqu'on interroge dans l'idiome envisagé. La question peut être mal comprise, a fortiori mal traduite.

Comment opérer dans ce cas? S'en tenir, suivant l'opinion de M. Gilliéron, à l'inspiration, à l'expression première de l'interrogé, à la traduction de premier jet, tout en la sachant manifestement inexacte *? Répéter son interrogation, — allègue-t-on dans ce sens — insister, appeler l'attention du sujet sur le mot ou la phrase, c'est nécessairement déformer le phénomène et obtenir une réponse extorquée.

En revanche on réplique, avec M. l'abbé Rousselot,

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