Gbef-lieu de canton voisin de Cognac
librement à l'abri de troubles extérieurs. On comprend fort bien, au contraire, que la poussée ethnique se soit arrêtée devant la Gironde — obstacle naturel — et ait remonté la rive droite, en n'envoyant en face que la seule colonie du Verdon.
Après avoir vu les phénomènes communs aux Charentes et à la vallée du Rhône et de la Saône, envisageons maintenant les dissemblances.
Pourquoi les limites, convergentes à l'ouest, divergent-elles à l'est?
Ce lait prouve d'abord qu'il existe une plus grande hétérogénéité dans les populations de la vallée Saône-Rhône — ce que l'histoire confirme. Il atteste en outre que les mouvements ethniques se sont échelonnés sur un espace de temps beaucoup plus vaste à l'est qu'à l'ouest. La vigueur de la poussée qui eut lieti à l'ouest permet d'inférer que les populations refoulées dans le Poitou et les Charentes étaient moins denses que celles de la région lyonnaise. Et enfin, puisque les limites phonétiques remontent beaucoup plus au nord du côté du Jura que de l'Atlantique, l'hypothèse suivante se présente nécessairement à l'esprit : à latitude égale dans le centre de la France, l'élément latin (ou celto-latin) est en proportion plus grande à l'est qu'à l'ouest. C'est un paradoxe, semble-t-il, de supposer que l'est de la Gaule ait été moins germanisé que l'ouest : et cependant il est confirmé de façon fort curieuse par l'examen des anciens types d'habitation ^
1. De même par un autre fait phonétique. Uli aspiré d'origine germanique n'est plus conservé en France qu'au noraouest, et a disparu dans le nord-est.
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L'étude scientifique des habitations, dans leur structure, leur évolution, leurs rapports avec la race, est une branche toute récente de l'ethnographie. Elle ne s'est développée que depuis peu, et presque exclusivement en Allemagne et en Suisse^. L'extrême variété des types traditionnels de construction en Suisse ne pouvait manquer de frapper les observateurs. A. Meitzen, l'un des premiers, a très bien compris les rapports qu'il y avait entre la multiplicité, le mélange des peuplades qui se sont succédé en Suisse, et le mode de bâtir employé par les diverses races, pures ou plus souvent combinées. Le D"" Hunziker a montré comment les Allemands ont apporté jadis avec eux, en face de la maison celto-latine, un type nouveau de maison (avec plusieurs variétés), caractérisé notamment par le système de faîtage, et la coupe des deux pans du toit à angle droit. Ce système ne s'est pas seulement implanté dans les pays où la langue allemande a triomphé : partout où les Germains se sont installés — même là où ils ont été assimilés plus tard — ils ont laissé dans le type de construction une empreinte certaine : ainsi on relève linfluence alamanique dans le nord du canton de Fribourg, l'influence burgondedans le pays deVaud, l'influence des Hauts-Valaisans allemands dans le bas Valais
1. Je rappellerai simplement les travaux de Henning et Meitzen, les enquêtes faites par la Société des ingénieurs allemands d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, et enfin les remarquables travaux du D"" Hunziker, en cours de publication )un volume par région), sous le titre Das Schweizerhauê à Aarau;.
roman, etcJ. Il faut donc en conclure que le peuple envahi qui s'assimile avec son envahisseur, peut fort bien faire triompher sa langue tout en subissant des influences importantes pour son système de construction qui se trouve désormais modifié.
C'est précisément ce que nous allons constater en France : nous ne possédons pas de travaux analogues à ceux qui ont été faits chez nos voisins, et il faut s'en rapporter à l'observation personnelle ; par contre — et fort heureusement — la situation est beaucoup moins complexe qu'en Suisse.
Le type de maison gallo-romaine — dont le caractère le plus saillant est la très faible inclinaison du toit — s'étend au nord jusqu'à une limite qui coupe le Poitou (passant entre Thouars et Bressuire), passe au sud du Berry et du Bourbonnais, atteint la Saône au nord de Màcon, puis se redressa brusquement vers le nord en englobant grosso modo la Franche- Comté, la Haute-Marne et presque toute la Lorraine française (y compris Verdun) pour aller rejoindre la Lorraine allemande au sud du Luxembourg.
En rapprochant cette limite des limites linguistiques examinées plus haut, on peut faire les déductions suivantes :
L'aire occupée en France par la maison galloromaine s'est constituée dans la période d'équilibre qui suivit les violents mouvements ethniques des
1. HuNZiKER, op. cit., t. I. pp. 230 et suiv. (Voir surtout l'appendice). L'auteur a trouvé des coïncidences curieuses, dans le voisinage du canton de Neuchâte! et du Jura bernois, entre des carnrt."r.<; nhonétiques et les types de construction (t. IV, pp. 139 et suiv.).
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grandes invasions. Auparavant, il est cei^tain que ce type de construction occupait toute la Gaule. Le système de maison à faîtage a été nécessairement importé par les Germains ^ dans toute la région où ils ont été assez nombreux pour modifier profondément le type d'habitation, sans l'être assez pour faire triompher leur langue.
Les populations qui ont conservé la maison galloromaine ont donc subi une infiltration germanique plus faible que les autres. La phonétique nous conduit aux mêmes conclusions, surtout si l'on admet que les poussées ethniques opérées à l'ouest et à l'est du massif central ont eu lieu après les grandes invasions : fait certain à l'ouest, probable à l'est [du moins partiellement). Les limites phonétiques 3 et 4 coïncident à peu près avec la ligne de démarcation entre les deux types d'habitation, au nord du Massif Central : il est a présumer qu'au début du moyen âge la coïncidence s'étendait des deux côtés sur un plus grand espace.
L'ethnographie de l'habitation — comme la phonétique — tend en outre à établir que la proportion de l'élément germanique fut plus forte à l'ouest qu'à l'est à latitude égale. D'autres éléments nous permettent d'étayer cette hypothèse. La colonisation romaine commença à l'est : elle avait atteint Lyon à l'est qu'elle avait à peine gagné Toulouse à l'ouest;
1. Il est impossible de soutenir que le type de construction a été modifié en Gaule en conformité au climat : il suffit de rappeler que la Lorraine humide a les toits plats, et qu'on trouve les faîtages à forte pente dans des pays chauds et secs comme la Bourgogne et le Bourbonnais.
comme elle fut lente et continue, la proportion dut être longtemps conservée. D'autre part, à la fin de l'empire romain, la population de la Gaule était plus dense dans la région orientale. Un simple examen de la carte des diocèses gaulois suffit à le montrer. En Bourgogne, Lorraine, etc., chaque diocèse occupait au plus la superficie d'un département actuel ; à l'ouest, le diocèse de Bourges embrassait l'étendue de deux déparlements, celui de Poitiers de trois, .etc. Nous savons que l'ouest de la Neustrie était dépeuplé quand les Normands s'y installèrent. Par suite, il est facile de concevoir, ou bien que les Germains se sont établis en plus grand nombre dans les régions moins peuplées, — ou bien qu'à nombre égal leur proportion a été plus faible dans les régions où la population était beaucoup plus dense à leur arrivée.
Il est remarquable qu'on aboutisse aux mêmes conclusions, d'un côté par l'interprétation des phénomènes purement linguistiques, de l'autre par la voie de l'ethnographie et de l'histoire. La concordance des deux méthodes et l'appui qu'elles peuvent se prêter méritaient d'être tout particulièrement mises en relief.
Parmi les méthodes d'interprétation propres à la science du langage, il faut citer d'abord la statistique, bien que son champ d'action, assez restreint, soit limité à peu près exclusivement à la syntaxe.
« Une étude vraiment scientifique de la syntaxe
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latine — écrivait naguère Riemanni — ne sera possible que lorsqu'on possédera, pour chaque point controversé, un catalogue critique complet de tous les exemples qu'offre la littérature latine ». Et M. P. Lejay, mettant en lumière le but de la méthode, a montré 2 comment il s'agissait « de reconnaître à la syntaxe surtout sa nature de science d'observation, de déterminer du même coup ses procédés propres, et [d'en définir le champ d'expériences... C'est ainsi qu'on est arrivé à déterminer les usages de chaque époque, de chaque classe sociale, de chaque auteur... La sûreté et la valeur de cette méthode viennent de ce qu'elle donne, non des résultats bruts, simples et morts, mais des rapports complexes comme la vie. »
Mais la linguistique possède surtout deux méthodes essentielles, qu'on peut distinguer en théorie, bien qu'elles se combinent et soient presque inséparables dans la pratique, — la méthode historique et la méthode comparative.
La première envisage spécialement les sons, les morphèmes et les mots au point de vue de leur évolution. Divers moyens d'investigation sont à sa disposition.
Voici d'abord le procédé analogique, qui permet de reconstituer, de grouper, d'expliquer les évolutions passées par les évolutions présentes. Procédé parfois dangereux en sémantique, car on se trouve de nos jours en face de phénomènes nouveaux ou dont le champ d'action est tout différent : ainsi MM. Marcel