Syntaxe latine, préface de la première édition
2. Syntaxe latine (de Riemann), préface des dernières éditions.
Schwob et Georges Guieysse ont fait fausse route en voulant expliquer les évolutions de l'argot ancien par les procédés du « loucherbem », déformation spéciale à certain argjot moderne*.
En phonétique, au contraire, l'analogie historique se présente dans des conditions de sécurité bien supérieures. La phonétique expérimentale a pu, de ce chef, rendre compte de nombreuses évolutions passées. Par l'analyse de diverses langues contemporaines, elle a observé, par exemple, que Vr tend à dépalataliser la voyelle qui le précède : voilà expliqués du même coup les alternances latines : futurus fore, tempiis teniporis, colligo confero, haruspicis generis, les patois 5ar/;aM [serpent) et une foule de phénomènes analogues 2.
Tandis qu'on n'avait auparavant que des points de repère, permettant seulement de jalonner les étapes, la phonétique expérimentale établit la continuité et le détail des évolutions; elle e?^Iique, sinon toujours le pourquoi, du moins le comment des faits. L'étude des textes nous avait appris, par exemple, qu'en français / devant une consonne s'est vocalisé en u (on) vers le xiii' siècle : par comparaison avec des phénomènes analogues qui se produisent à l'heure actuelle, notamment dans les langues slaves, la phonétique expérimentale comble le fossé qui sépare l de ou en rétablissant les intermédiaires. Ailleurs elle montre que telle consonne « tombée » n'a pas disparu tout d'un coup, mais s'est progressivement
1. Mémoires de la Société de linguistique, Étude sur l'argot français. (Cf. L. Sainéan, ï Argot ancien, pp. 45-47.)