‹ La philosophie du langageChapitre 85 sur 106 · Revue critique, 1902, I · texte numérisé non relu

Revue critique, 1902, I

éponge se promenant au hasard sur la grammaire, pour en brouiller et en mêler les formes »^ En étudiant avec soin et en serrant de près les phénomènes analogiques, ne pourrait-on précisément arriver à la détermination des lois? On n'a pas procédé différemment, au début, en phonétique, où l'on est parvenu peu à peu au concept de loi, presque sans s'en douter. En ce qui concerne notamment la morphologie, le travail est déjà très avancé. La sémantique n'est pas, aujourd'hui, en plus mauvaise posture que la physiologie au milieu du XIX' siècle : ne peut-on espérer qu'elle trouve, elle aussi, son Claude Bernard?

La question est liée à l'inconscience des phénomènes du langage. Si les évolutions sémantiques sont inconscientes, comme le croient aujourd'hui la miajorité des linguistes, aucun obstacle de principe ne s'oppose à la possibilité des lois; le jour où on établirait leur nécessité en raison de conditions précises suivant le temps et les lieux, leâ lois sémantiques seraient évidemment constituées.

S'il peut y avoir une science des faits psychologiques — et c'est la conclusion à laquelle aboutit de plus en plus la philosophie — la sémantique ne saurait relever de l'arbitraire, puisqu'elle emprunte ses éléments aux faits psychologiques et aux faits phonétiques, également reliés entre eux par des rapports de causalité. En considérant comme des principes directeurs les « lois » de M. Bréal, que j'ai eu Toccasion de signaler, chaque linguiste dans sa

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