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avec goupil (renard), par exemple, a changé en goupillon le vieux français guipillon, qui, d'après les lois de la phonétique, aurait dû conserver son premier i. On sait combien de tels phénomènes sont nombreux. Les lois phonétiques ne sont pas en faute pour cette raison, ajoutent les linguistes : c'est là un trouble occasionné par une cause extérieure, extra-phonétique, de même qu'en mécanique une cause externe peut faire dévier la trajectoire d'un corps, suivant l'heureuse expression de Victor Henry.

Pareil raisonnement, toutefois, ne satisfait pas entièrement les logiciens. Pour que la rigueur de la loi ne fût pas en jeu, rétorquent-ils, il faudrait pouvoir déterminer exactement dans quelles conditions le trouble se produit. Ces conditions, on ne peut les précisera Theure actuelle, puisqu'on n'a pas encore établi de lois en sémantique. La constance des lois phonétiques ne serait donc pas rigoureuse, puisqu'elle est mise en défaut par l'influence de causes indéterminées, — comme les lois psychologiques, du fait de la liberté et de la volonté humaines, — objection qui tomberait le jour où on aurait déterminé les conditions précises auxquelles sont soumis les phénomènes sémantiques.

Une catégorie d'évolutions phonétiques se présente sous un aspect particulier : les phénomènes de dissimilation, entre autres, et spécialement de dissimilation consonantique, n'ont pu, jusqu'ici, être soumis à des lois, au sens étroit du mot. Dans un essai de synthèse très remarquable^, M. Maurice

1. La dissimilation consonantique dans les langues indoeuropéennes, 1894.

Grammont a essayé d'établir vingt « lois », régissant la dissimilation consonantique dans toutes les langues indo-européennes. Il semble que cet essai ait été un peu prématuré : s'il s'agit de principes directeurs, les « lois » posées sont trop précises ; s'il s'agit de lois synthétiques, pareil travail ne peut être fait utilement qu'en groupant les lois spéciales, relatives à chaque langue et à chaque époque, — lesquelles n'ont pu encore être établies, en raison peut-être du petit nombre de phénomènes dont on dispose. En fait, on a pu relever des erreurs et établir des lois exactement contraires à celles de l'auteur, comme l'a fait M. Thomas, en faisant état seulement du français et du provençal, et en montrant qu'au sein d'une même langue il existe souvent deux tendances opposées ^

Toutefois, cette tentative aura été fructueuse, car, en appelant l'attention sur des phénomènes mal connus avant lui, et qu'il s'est efforcé de classer, M. Grammont a mis en lumière les principes directeurs des phénomènes, les similitudes dans lesquelles viendront peut-être s'encadrer, pour chaque idiome, les lois spéciales. Il n'est pas certain, toutefois, que ces lois puissent un jour être déterminées, ni même qu'elles existent, car le phénomène de dissimilation

1. La discussion qui s'est poursuivie entre M. Thomas et M. Grammont a été particulièrement intéressante. Tandis que M. Thomas a montré les dangers de la méthode a priori, réclamée par son contradicteur, M. Grammont a mis en lumière la « dissimilation renversée» provoquée par l'analogie, et a soutenu que le phénomène de dissimilation «repose essentiellement ou partiellement sur un état psychique » — ce qui paraît incontestable.

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se présente dans des conditions toutes différentes des évolutions phonétiques ordinaires. Inconscient comme celles-ci, il revêt, par contre, plus ou moins l'aspect d'un lapsus linguœ, ce qui l'en différencie totalement : tandis que les autres évolutions sont progressives, la dissimilation s'opère par substitution brusque, et on ne conçoit pas qu'il y ait eu de transition entre n et / pour passer d'orfaninus à orphelin, pas plus que de nos jours nous n'avons jamais entendu aucun intermédiaire entre koridor et kolidor (corridor). Ce phénomène, on le voit, pose encore bien des problèmes.

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