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CHAPITRE V

Le problème après le théorème la recherche étymologique

f>a place de l'étymologie dans la science, son but. — Le départ des formations savantes et des emprunts. — Les mots populaires et traditionnels: la recherche des antécédents; la part de la phonétique et de la sémantique. — Coexistence du mot dans des langues apparentées; les formes divergentes. — Les noms propres : l'onomastique.

L'étymologie constitue un des aspects de la linguistique historique. Mais tandis que l'étude des évolutions comme la détermination des lois de succession, tout au moins en ce qui concerne la phonétique et la morphologie, envisagent la transformation des phénomènes et ont par suite une portée générale, la recherche étymologique est spéciale à des mots donnés. Elle constitue le problème linguistique, par rapport auquel la loi est le théorème.

Pour découvrir la loi, on a décomposé le mot en ses éléments simples, phonétiques et psychologiques, en déterminant pour chacun d'eux les conditions de son évolution. Maintenant il s'agit de recomposer le mot et d'en rechercher l'histoire. 11 faudra, pour atteindre ce but, s'appuyer sur des. lois déjà déter-

minées. Comme le problème mathématique est fondé sur les théorèmes et met en jeu, parfois simultanément, l'arithmétique, la géométrie et l'algèbre, ainsi la recherche étymologique sera nécessairement basée sur la phonétique et la sémantique.

Cependant, dans l'histoire de la science du langage les travaux étymologiques ont précédé la recherche des lois. Il ne faut pas s'en étonner, car l'étymologie est sans contredit l'aspect le plus séduisant de la linguistique. Lorsqu'il a songé à observer son langage — préoccupation, somme toute, récente par rapport à l'antiquité du langage lui-même — l'homme s'est d'abord demandé quelle était l'origine des mots, sans se douter qu'une telle recherche ne pouvait être livrée au hasard et supposait la connaissance d'évolutions extrêmement nombreuses et précises. Ce sont précisément les mécomptes éprouvés par les anciens étymologistes, qui ont contribué à attirer l'attention sur le mécanisme des phénomènes du langage.

Les premiers efforts, toutefois, n'ont pas été perdus. Pour établir les lois primordiales de la phonétique, il fallait, de toute nécessité, connaître l'étymologie d'un certain nombre de mots. Il n'y a point là de cercle vicieux. La phonétique s'est constituée et ne pouvait se constituer qu'à l'aide des étymologies. Lorsqu'on suivait un mot à travers les textes, du latin par exemple jusqu'au français moderne, lorsqu'on touchait du doigt l'évolution de la forme, on avait le droit de reconnaître la filiation pour évidente, surtout — le cas était fréquent — lorsque le sens n'a pas varié. Etait-il abusif de tirer monnaie de moneta,

quand on avait tous les intermédiaires sous les yeux, le latin mérovingien moneda, et les formes successives du moyen âge moneide^ moneie, monoie, monnoie? Bien des mots avaient une histoire encore plus simple.

Aujourd'hui, par une action inverse et un échange de bons procédés, c'est la phonétique et la sémantique qui nous guident vers la découverte des étymologies incertaines et inconnues.

Mais la recherche étymologique n'est pas une application passive des lois du langage. Une part encore très grande est laissée à l'imagination linguistique, au flair du savant, pour retrouver, à une étape précédente de la langue, l'antécédent du mot dont on recherche la filiation. Le romaniste s'arrêtera au latin vulgaire pour passer — comme les coureurs antiques — le flambeau au latiniste. Mais aucun d'eux ne pourra se flatter de découvrir l'origine première des mots, de remonter jusqu'à une forme première au delà de laquelle il n'y aurait plus rien :

« Le mot n'est pas pour nous une sorte d'entité indépendante du temps et de l'espace; nous prétendons embrasser les formes successives ou existantes, sous lesquelles il se présente à toutes les époques et dans toutes les variétés régionales de la langue à laquelle il appartient; nous nous efforçons en outre et surtout de ramener cette diversité à l'unité, et . nous n'avons pas de cesse que nous n'ayons retrouvé, dans une autre langue antérieure ou voisine, le point d'attache de la forme primordiale... L'étymologie est comme une tranchée large et profonde que nous creusons dans l'humanité à perte de vue, c'est-

à-dire tant que nous trouvons devant nous des hommes et qui ont parlé » i.

Dans la pratique, on procède par étapes successives et suivant les lois de la division du travail : chemin faisant, il y a plus d'un acte de décès et de naissance à constater. •

Comment s'opère la recherche étymologique?

Supposons un mot dont on ignore les antécédents : à quels procédés aura-t-on recours pour en retrouver la filiation? La méthode varie suivant que le mot existe dans une seule langue, ou se retrouve sous des formes voisines dans des langues apparentées.

Plaçons-nous d'abord dans le premier cas. Un travail préparatoire essentiel consistera à colliger les formes chronologiques antérieures du mot, en remontant jusqu'à la plus ancienne qui soit connue et dont la filiation soit assurée.

Il importe ensuite d'envisager lé cas des formations allogènes. En français, par exemple, les mots savants sautent généralement aux yeux; mais en italien les emprunts directs au latin sont déjà plus difficiles à discerner, l'écart phonétique entre les deux langues étant beaucoup moins grand. Les difficultés augmentent en raison de l'ancienneté de l'emprunt, puisque les mots savants ont subi, dans l'intervalle, de fortes modifications : ce n'est qu'à une époque assez récente qu'on a pu, grâce à la rigueur des critères phonétiques, reconnaître les mots savants

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