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Dans V Introduction à la chronologie du latin vulgaire

2. On a proposé pour andar{e) un type latin *ambïtare, qui est loin d'être de tout point satisfaisant; M. Thomas explique anar pour *annare (dérivé de annws); l'étymologie de Diez par adnare (qui avait cependant pour elle l'analogie de *adripare arriver) ne compte plus guère de partisans; quant à aller, cq simple mot a défié jusqu'ici les efforts de tous les étymologistes.

Une branche de la science étymologique doit être mise à part : c'est l'onomastique, qui concerne les noms propres, prénoms, noms de famille et noms de lieux.

L'étude des prénoms est déjà intéressante; celle des noms de famille l'est davantage : il est regrettable qu'elle ait aussi peu séduit les linguistes, mais seulement de rares chercheurs comme M. Lorédan Larchey. Toute la psychologie de nos ancêtres, leur genre de vie, leurs coutumes se révèlent à nous par ces noms qui étaient à l'origine, pour la plupart, des sobriquets. Combien de noms communs, de combinaisons syntaxiques disparues de la langue, se sont embusqués derrière ces noms propres? Les matériaux sont nombreux : il suffirait, pour faire une riche moisson, de dresser d'abord des statistiques d'après les anciens textes (manuscrits, chartes, cartulaires, etc.); puis, dans les villages actuels, en remontant le plus haut possible à l'aide des archives.

L'étude des noms de lieux (toponomastique) a donné lieu à des travaux remarquables en Allemagne, en Italie, et en France sous l'impulsion de M. Longnon. Il faut noter que la forme sous laquelle se présente la dénomination officielle actuelle (plus ou moins bien calquée sur la forme indigène), dépend de l'époque à laquelle les lieux ont été administrativement dénommés et des conditions de cette dénomination. Le latin, on le sait, fut longtemps en France la langue officielle. On peut citer, dans le

Centre et le Midi, des noms de lieux dont la forme actuelle a été calquée sur la forme latine, à une époque très éloignée : ainsi, la tradition des scribes avait conservé jusqu'au xi* siècle dans le Puy-de- Dôme (cartulaire de Sauxillanges) la forme primitive Nonate, alors que la langue vulgaire disait Nonede : le français, survenant un peu plus tard, par un croisement hybride des deux formes, établit l'appellation Nonete, aujourd'hui Nonette, alors que l'évolution phonétique dans la langue populaire (avec dissimilation) a abouti à Lenràe.

L'intérêt qui s'attache aux noms de lieux est multiple. Ce sont ces noms qui renferment le plus de traces anciennes des langues parlées autrefois sur notre sol. « Quoi de plus précieux, disait naguère Gaston Paris ^ de plus intéressant, je dirais volontiers de plus touchant que ces noms qui reflètent peut-être la première impression que notre patrie, la terre où nous vivons et que nous aimons, avec ses formes sauvages ou gracieuses, ses saillies et ses contours, ses aspects variés de couleur et de végétation, a faite sur les yeux et l'âme des hommes qui l'ont habitée et qui s'y sont endormis avant nous, leurs descendants? » Et Gaston Paris ajoutait qu'il y aurait un grand intérêt à cataloguer également les « lieux dits», trop négligés jusqu'ici : ils constituent, en effet, une mine inépuisable de renseignements.

Enfin, les noms de lieux sont précieux au point de vue phonétique : soustraits, en général, aux

1. Discours prononcé le 26 mai 1888 au Congrès des Sociétés savantes.

influences analogiques, ils offrent des points fixes de repère pour étayer les lois jusque-là douteuses. Cependant, bien que rares, les phénomènes analogiques n'y sont point sans exemple. Quicherat a montré le premier, jadis, comment la forme si curieuse le Mans^ pouvait se rattacher à Cenomannû*, devenu d'abord régulièrement Celmans : à ce stade, la première partie du mot a été prise — nous dirions aujourd'hui par « fausse perception » — pour le démonstratif ce/, et une nouvelle analogie, facile à saisir, a substitué l'article au démonstratif improvisé.

En étendant sans cesse le champ de nos connaissances, les recherches étymologiques contribuent à la détermination ou à la confirmation des lois et reculent sans cesse les bornes de l'inconnu linguistique.

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