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CHAPITRE VI

L'enseignement de la grammaire devant la science.

Les bases scienliOques «le la pédagogie grammaticale ; idées fausses à rejeter : méthode déductive, déûnilions a priori, exceptions; les règles inexactes; la superstition de la forme écrite; les nouveaux principes.

Il ne s'agit pas, ici, d'examiner comment on doit enseigner les langues vivantes et les langues mortes, ou même de discuter les meilleures méthodes pcda-' iTOgiques pour l'enseignement de la grammaire, mais seulement de montrer comment celles-ci doivent s'harmoniser avec la science. Si la pédagogie grammaticale est autonome et indépendante de la linguistique, sa liberté a néanmoins des limites : encore faut-il qu'elle ne repose pas sur des bases inexactes. Or, jusqu'à l'heure actuelle^ elle a prêté largement le flanc à une telle critique. Les théories inexactes de l'époque classique, que nous avons exposées au livre précédent, ont lourdement pesé sur l'enseignement de la grammaire, qui n'a pas encore répudié entièrement cet héritage suranné. C'est la grammaire française qui a peut-être le plus souffert de ce mal, en payant cher ce mot du

l'enseignement de la grammaire 3i?

xviii^ siècle : les Français sont les grammairiens de l'Europe. j

En faisant cesser cette désharmonie entre la pédagogie grammaticale et la linguistique, en montrant comment on peut et on doit combler un fossé qui risquait de s'élargir de plus en plus au fur et à mesure des progrès de la science, les travaux méthodologiques de M. Ferdinand Brunot ont replacé sur ses véritables bases l'enseignement de la grammaire, et marquent ainsi une date importante dans l'histoire des méthodes *.. La méthodologie de M. Brunot présente deux aspects : le point de vue purement pédagogique, qui n'est pas le moins important ni le moins fécond^, mais qui est hors de notre sujet, et le point de vue scientifique — ou, plus exactement, la connexion nécessaire entre la pédagogie et la science, — qui doit seule, ici, nous retenir.

Qu'y avait-il de faux dans l'ancienne méthode? Avant tout, de vouloir asservir la grammaire à la logique, et de faire de la grammaire une science

1. L'enseignement de la langue française (cours de méthodologie professé à la Faculté des lettres de Paris, 1908-1909) ; Méthode de langue française Brunot et Bony.

2. Les deux principes essentiels de cette méthode pédagogique sont : 1° le procédé inductif, qui consiste à extraire les règles de l'observation des faits, au lieu de déduire l'exemple de la règle : c'est appliquer à l'enseignement la méthode employée pour les recherches scientifiques. — 2° L'ordre combiné. Le but étant d'apprendre la langue et non la grammaire, on groupera autour d'idées générales divers enseignements (grammaire, vocabulaire, lecture, rédaction, etc.), pourmontrer la solidarité qui les relie, au lieu de les isoler et de les fractionner en classifications plus ou moins artificielles.

déductive. Tout au contraire, c'est un truisme aujourd'hui de reconnaître que « si la grammaire est une école médiocre de logique, la logique est une très mauvaise maîtresse de grammaire... Toutes les études modernes de linguistique positive et scientifique ont détruit pour toujours les explications fondées sur la logique. La langue est un fait social; comme tous les phénomènes sociaux elle est le produit du passé... Si l'on veut savoir pourquoi elle est ce qu'elle est, c'est au passé qui faut en demander l'explication... La langue n'est pas une création voulue et réfléchie : la grammaire n'est pas une forme de la logique, c'est une science d'observation qui doit être faite d'inductions, non de déductions » ^.

Idées nouvelles pour les pédagogues, dans l'application plus encore que dans la théorie. Quelle logique pourtant, par exemple, régente l'emploi des suffixes, en dehors de l'usage, qui admet enfantin et repousse vieillardin, qui ajoute un rapport de sens tout différent dans coutur-ière, épic-ière, souric-ière^ Et n'estil pas éminemment illogique de constater que, dans toutes les langues, la forme l'emporte souvent sur le sens?

Le danger de la méthode déductive n'est pas moins grand dans l'enseignement que dans la recherche scientifique, car il risque de fausser l'esprit de l'élève : habitué à raisonner et non à observer en matière de grammaire, « s'il s'est trompé sur le point de départ il ira tranquillement, consciencieusement, jusqu'au bout de son erreur » -. Tel cet écolier à qui

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