‹ La philosophie du langageChapitre 94 sur 106 · Id., p · texte numérisé non relu

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l'enseignement de la GRAMMAIRl

on avait donné à rédiger le tableau du verbe « se tenir mal », et qui, faisant erreur sur la première forme, conjugua intrépidement — et logiquement — d'un bout à l'autre le verbe « je me tiente mal », impeccablement sur le modèle d'aimer.

La grammaire ne peut procéder par définitions a priori comme le font des sciences déductives et exactes telles que les mathématiques. '< U est impossible de réunir dans une phrase juste tous les emplois multiples d'une forme de langage », déclare avec raison M. Brunot. La définition grammaticale est nécessairement vague, ou incomplète, ou erronée, car la fonction et la forme du mot sont choses essentiellement mobiles et changeantes comme la vie, glissant à travers les mailles les plus serrées des filets dans lesquels on veut les emprisonner. Défînira-t-on le radical « la portion du verbe qui ne change pas » ? Mais il faudra constater l'instant d'après que certains verbes changent jusqu'à trois fois de radical à l'intérieur du même temps {prends, prenons, prenn-ent), et qu'à tel temps ,il se réduit à deux consonnes (pr-w)? N'est-il pas plus rationnel de (( faire observer simplement que dans tous les verbes, les terminaisons s'ajoutent aune portion qui renferme la signification propre du mot et qui, tantôt change avec les temps et les personnes et tantôt ne change pas? »K U est d'une probité scientifique élémentaire de remplacer par V appellation empirique la définition dogmatique que la science est impuissante à donner et qu'on est obligé de ruiner

l'instant d'après par des contradictions et des exceptions, négation même de la pédagogie.

Il n'est pas superflu de répéter aux maîtres de l'enseignement secondaire et primaire que « l'idée de l'exception est vraiment trop grossière »^ Si la grammaire n'a pas à s'occuper du « pourquoi », en revanche elle doit toujours — quand elle le peut — expliquer le « comment » des phénomènes, même lorsqu'il s'agit de règles, irrationnelles qui portent en elles leur propre condamnation. Et l'explication, il faut toujours la demander à l'histoire, qui rendra raison des pluriels al-aux, parce que jadis la vocalisation en u afl'ectait / devant s et non l final — question de phonétique; l'a; était une graphie conventionnelle de la finale us : chevax était donc l'équivalent de chevaus^ le jour où on ne le comprit plus, on rétablit I'm; et ainsi se trouve expliquée la forme chevaux. Et il faut bien dire, quitte à faire descendre l'orthographe de son piédestal, que la règle des sept pluriels en oux est absolument arbitraire et n'a d'autre raison d'être que la fantaisie des grammairiens.

C'est encore pour asservir les faits à la raison que les grammairiens ont torturé la langue dans les « analyses logiques », voulant à toute force ramener la multiplicité des locutions et des phrases à une forme type et intangible : sujet-verbe-attribut. On connaît les étranges raisonnements qui consistent à • dire « je marche » est pour « je suis marchant » et qui aboutissent à découvrir — à inventer — des propositions dont tous les termes essentiels sont sous-

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