‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 11 sur 73 · Clay, L^ Alternative, p · texte numérisé non relu

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gnant à la détermination des lois des phénomènes, abstraction faite de leurs causes » *. Cependant, si enraciné que soit dans notre esprit Tanthropomorphisme, il ne peut prétendre à une durée éternelle. Un jour viendra où cette maladie du bas âge de Yhw-x manité ne la menacera plus, et où le grand remède empirique du positivisme, la résolution de borner la spéculation à la simple recherche de la connaissance sans garantie, ne trouvera que des occasions de moins en moins fréquentes de s'appliquer.

On ne discute plus aujourd'hui ce point de l'histoire de la philosophie : la filiation étroite qui relie le positivisme aux penseurs matérialistes et sensualistes du xvni* siècle, dont Auguste Comte eut le grand mérite de renouer la tradition au moment même, dit Tun de ses récents biographes, » où la réaction et la peur venaient de s'unir pour mettre au monde, en France et un peu partout ailleurs, l'avorton de l'éclectisme ».

Cette reprise d'une évolution épuisée en apparence, mais ne subissant qu'un arrêt temporaire, constitue le grand titre de gloire d'Auguste Comte. On ne pourrait justifier les prétentions du positivisme à une autre originalité qui en eût fait, dans Tordre des produits socioidéologiques, une création absolument nouvelle et sem* blable, par exemple, à la reconstitution de l'astronomie et de la chimie sur les ruines de l'astrologie et de l'alchimie. Mais de telles prétentions, toujours très sincères chez Comte et ses disciples, les amenèrent à traiter de haut les svnthèses matérialistes et sensualistes

{, Cours, résumé par Rig, II, p. 133.

de leurs prédécesseurs. Cette illusion, d'ailleurs naturelle, induisit le positivisme à exagérer la portée de la loi empirique des trois états. Les positivistes ne comprirent jamais la liaison directe de l'ensemble du mouvement philosophique avec l'évolution scientifique. Leur aveuglement à cet égard fut excessif, et ils laissèrent échapper la fortune qui s'offrait aux fondateurs de la nouvelle science sociale, Toccasion unique d'en appliquer les méthodes à l'investigation des principaux faits de rhistoire de la philosophie.

Le positivisme, avons-nous dit, rentre dans la grande famille des conceptions métaphysiques qui ne sont ellesmêmes, comme Comte Ta si bien vu, qu'une modification nécessaire des concepts théologiques. Le positivisme n'est pas la philosophie des sciences, non seulement parce que la série de ces dernières offre des lacunes importantes, — obstacle matériel et extérieur, — mais encore et surtout parce que les philosophes modernes, positivistes aussi bien que criticistes et évolutionnistes, se font une idée fausse de la philosophie scientifique qu'ils prétendent avoir pour mission de fonder. Ils ne la distinguent pas nettement des sciences particulières et lui prêtent volontiers les méthodes de celles-ci.

C'est à rinjudicieuse application de la méthode hypothétique, employée concurremment avec les procédés directs du raisonnement vulgaire, que nous devons les grandes constructions métaphysiques et théologiques. La philosophie positive qui admet Thypothèse de l'inconnaissable, qui érige le relativisme de la connaissance en dogme fondamental de notre conception du

LE POSITITISXE â5

monde, quF prône les méthodes directes du bon $en$« qui aboutit à un monisme sociologique ou moral, se satisfait donc encore, comme le criticisme et révolutionnisme arec lesquels tous ces points lui sont communs, d'une nouvelle transformation des anciens modes de généraliser.

Par ses origines, le positivisme remonte, d'ailleurs, à la plus haute antiquité. Protagoras commençant le livre pour lequel il fut chassé d'Athènes par ces simples mots : c Quant aux dieux, j'ignore s'ils sont ou ne sont pas », nous donne déjà une des formules les plus populaires du positivisme moderne. Auguste Comte avouait volontiers lui-même notre ignorance sur Torigine de révolution des théories positives qui rallient d'abord les phénomènes astronomiques, ensuite ceux de la physique terrestre, etc. \ Mais, durant toute sa préhistoire et jusqu'au xvir siècle de notre ère à peu près, le positivisme demeura une aspiration vague, une tendance plutôt négative de l'esprit généralisateur qui sentait instinctivement le besoin de dépasser l'étape métaphysique, comme il avait déjà dépassé Tétape théologique. De ce besoin naquirent, d'abord, le mouvement encyclopédique, encore très superficiel, du xviu* siècle et, immédiatement après , les tendances philosophiques actuelles, plus profondes et plus systématiques.

La philosophie moderne cherche à secouer le joug de la loi de différenciation qui régit jusqu'à présent la métaphysique; elle ne veut plus être matérialiste, ni idéaliste, ni sensualiste. Mais, précisément par suite de

i. Cours, résumé par Rig, I, p. 7.

m LA PHILOSOPHIE DU SIÈCLE

son impuissance à atteindre ce but, le positivisme, comme le criticisme, comme l'évolutionnisme, comme toutes les créations philosophiques originales de notre époque, devint un système mixte, le produit du croise* ment des trois grandes vues qui divisaient Tancienne philosophie. L'action de la loi des trois types a souvent subi une modification semblable au cours de Thistoire des conceptions générales du monde; mais^ jamais celte déviation, déterminée par la lente croissance du savoir positif, ne fut aussi marquée qu'en ce temps où toutes les sciences expérimentales accomplirent des progrès considérables et annexèrent au domaine scientifique des possessions nouvelles, telles que la psychologie physiologique et la sociologie.

On a dit, et on répète encore à satiété, que le matérialisme est Tâmc du positivisme. Mais cette opinion n'exprime qu'une partie de la vérité. L'âme du positivisme, comme celle de l'homme contemporain, est beaucoup plus compliquée. Le sensualisme y entre pour une grande part, et l'idéalisme en forme aussi un des éléments. L'alliage matérialiste cependant prédomine sur tout le reste, et, à ce point de vue, on peut dire justement, avec un critique contemporain : « Malgré les prétentions du positivisme à la nouveauté absolue et à la génération spontanée, le matérialisme est son aîné, bien plus, son maître, et bien plus encore, son père *. » On ne saurait, en effet, mettre en doute la parenté intellectuelle de Comte et de Hobbes, pour ne citer que ce penseur pressentant la nécessité d'une

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