Premiers principes, p
sion indivise du passé scientifique et philosophique de rhumanité.
Par contre : que la philosophie puisse être considérée non seulement comme une espèce du genre « connaissance », mais encore comme une espèce qui se séparerait d'une autre espèce appelée « science », et d'une troisième appelée <c connaissance vulgaire », par le caractère plus général de ses propositions, et rien que par ce caractère; qu'elle puisse, en conséquence, s'assimiler à la mathématique ou science des propriétés les plus générales qui se distingue de toute espèce de connaissance, sauf, peut-être, de la connaissance philosophique elle-même, précisément et exclusivement par l'universalité absolue de ses axiomes ou propositions; qu'elle puisse aussi se placer, dans la hiérarchie du savoir, immédiatement avant les mathématiques, comme une sorte de science initiale et fondamentale contenant la vérité ultime dont les autres vérités ne seraient que des corollaires, ou comme une sorte de philosophie première d'où les philosophies de plus en plus spéciales des sciences découleraient ainsi que d'une source unique; qu'elle ne puisse se distinguer de la science proprement dite par ses procédés ou sa méthode; qu'elle puisse adopter indistinctement toutes les généralisations, axiomes et lois, ou vastes hypothèses; qu'elle puisse jouer un rôle actif dans la découverte scientifique; que ses propositions universelles puissent, comme le dit textuellement M. Spencer, être non seulement des produits, mais encore et simultanément des outils, des instruments de la science particulière; enfin, qu'elle puisse devancer la marche spon-
tanée et naturelle de Tesprit scientifique vers l'unité ou la réduction finale des phénomènes, et se poser dès aujourd'hui comme un savoir complètemeiit unifié^ comme Tunité déjà atteinte ou la réduction déjà accomplie : — voilà ce que nous ne saurions admettre, et ce que nous croyons devoir reprocher à la conception de l'école évolutionniste. Cette part d'erreur est à son tour considérable; mais, formant Tapanage commun de la philosophie entière du siècle sans distinction de systèmes, elle est à son tour un legs ou une survivance du passé. Mélangée, confondue avec la part de vérité signalée plus haut, elle ne tarde pas à la corrompre et à produire une conception de la philosophie que nous n'hésitons pas à qualifier comme Tune des principales illusions de la pensée moderne.
D'ailleurs M. Spencer ne déguise nullement Taspect transcendantal, le côté apriorique de sa doctrine. Il le dit ingénument lui-même : s'il étudie successivement les plus hautes généralités du savoir, c'est dans le but avoué de tirer de cette vaste encyclopédie une conciliation de la foi et de la science, « qui ne sera ni un expédient, ni un compromis, mais une paix réelle et permanente, sans restriction mentale, sans l'ombre d*une concession * ».
Or, dans ce programme philosophique, que devient la philosophie? Réside-t-elle, comme chez Comte, dans les philosophies spéciales des différentes sciences? Mais les généralités scientifiques jouent manifestement, chez M. Spencer, le rôle de simples matériaux, de points de départ ; ce sont des germes qui ne se développent et ne