‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 5 sur 73 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE CRinaSME

On a cherché à caractériser celle philosophie en (lisaDt qu'elle était éclecliqoe de sa nalare et en lui reprocbant, comme à ton! éclectisme, aoe certaine pauvreté d'esprit, qd défaut marqué d originalité. Cette appréciation ne manque pas de justesse. Il est malheureusement yrai que le critieisme laisse fort souvent le champ libre aux plus rieilles illusions de Tesprit humain.

Oq y jette, non en dépit du scepticisme propre à sa théorie de la connaissance, mais précisément à cause de ce scepticisme, un coup d'œil curieux sur le monde des choses en soi; on y défend Findestructibilité des idées Ihéologiques et le bien fondé de rinspiraUon métaphysique; on y cherche la rérilable patrie de notre être intime et on a'^ rabat sur la trinité éclectique du vrai, du beau el au \^\en;oii y prêche, entre autres accords, l'accord de \a sden,, ^^c la foi reUgieuse et on y préfère celle «mW^^ » à la vérité empirique qui, dil-on, ne m^j^^ ^^^,.

Od y oppose enfin couramment le monde moral au monde physique, et on y affirme l'insolubilité radicale de cette antinomie. Le noumène psychique est pour le criticiste consciencieux le seul « inconnaissable », l'objet d'une abstention au moins aussi respectueuse que celle professée par l'école positiviste à Tégard du noumène physique.

Ces traits, on le reconnaîtra facilement, sont communs au criticisme et à' l'idéalisme le moins contesté. Mais la similitude entre les deux doctrines va plus loin et touche à un ordre de considérations plus générales. En effet, la philosophie actuelle confirme, à son tour, cette hypothèse suggérée par Texamen attentif du passé^de la métaphysique : que le caractère spécifique ou le type d'une conception du monde se révèle nettement dans son action inhibitoire exercée sur tes sciences qui lui fournissent ses données fondamentales et ses principaux points de départ *. Action souvent vaine, fort heureusement pour la science; mais la tendance à l'inhibition n'en existe pas moins, et il parait à peu près certain que le matérialisme a toujours été, bien malgré lui, plutôt un obstacle qu'une incitation au développement de la mécanique, de la physique et de la chimie, que le sensualisme a retardé les progrès de la biologie et qu'enfin l'idéalisme a influencé de la même manière la sociologie et la psychologie. Or, de tous les systèmes modernes, le criticisme fut toujours, croyons-nous, le moins propice au développement des branches supérieures du savoir. C'est le positivisme qui défendit avec

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