‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 53 sur 73 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DR LA PSYCHOLOGIE. — LA PSYCHOLOGIE CHEZ LES CfUTiaSTES

La philosophie s'essaya toujours à comhler lacunes de la science. L'inconnu attirail et fasci l'esprit du philosophe, l'iDconnu cosmique et sur l'inconnu psychique, les questions morales, les { blêmes humains par excellence.

Cela est vrai de l'époque lointaine où la philoso; se présentait comme une sorte de physique très g raie et très vague, sans bornes précises, confondai monde inorganique avec la nature vivante et éleoi ses hypothèses à l'ensemble indistinct des phénomèi Et cela est vrai encore des époques postérieures, a que l'évolution lente des sciences, sans altérer la na intime des recherches philosophiques, leur inipri à plusieurs reprises, une nouvelle direction et char peu à pen l'aspect de la philosophie.

Chaque grand progrés, chaque pas en avant d science contraignit à ud amoindrissement le ce

des investigations philosophiques. Ainsi, lorsque furent établies les limites de la physique, la philosophie se porta spontanément du côté des problèmes mystérieux de la vie. De même rentrée en scène de la biologie détermina un mouvement de renaissance très appréciable des hautes études psychologiques. La théorie du monde se renferma dans les limites étroites de la théorie de la connaissance. Enfin aujourd'hui, et c'est là un des traits les plus apparents de la philosophie au xix^ siècle, rinconnu psychique et Tinconnu social qui lui est connexe semblent, à leur tour, vouloir échapper aux spéculations du philosophe. La psychologie tend visiblement, elle aussi, à devenir une science exacte.

Mais la réalisation de ce but demeure lointaine, et les beaux jours de la métaphysique ne sont pas près d'être comptés. La philosophie reste encore maîtresse de la majeure partie des faits que les savants spéciaux lui disputent avec plus de zèle que de véritable succès. Les grands systèmes contemporains continuent à introduire dans la recherche psychologique leurs points de vue et leurs méthodes de prédilection. Chacun d'eux façonne cette science naissante à sa propre image. Autant de doctrines dominantes, autant de conceptions de la psychologie.

On constate, à la vérité, entre ces conceptions un air de famille indéniable. Elles répudient avec une égale énergie les vues traditionnelles mais démodées de Tancien et naïf dualisme, et elles se rangent avec un égal empressement sous la bannière delà méthode somatique. Mais cela n'empêche pas la psychologie, et plus particulièrement la théorie de la connaissance, de répéter,

LA. PSYCHOLOGIE CHBZ LES CRITICISTBS

avec des variantes et des formules nouvelles, le s. insuffisant des vieilles écoles. Rien de plus instruc cet égard, que de relire, à la lumière des écrits réci certains philosophes glorifiés avec une confiance d'ai plus grande qu'on consulte plus rarement leurs ouvn Les mêmes thèses sont défendues, souvent à l'aida mêmes arguments, par Aristote, Platon, Socra Démocrile, par Descartes, Spinoza et Leibnitz, Locke, Hume, Reid et Kanl, par Comte et Mlll Hamilton, Spencer, Bain, Wundt et Huxley. Mais unanimité ne porte pas la marque de la vérité : toi plus est-elle le signe auquel se reconnaissent la vivance de certaines idées et l'hérédité de cert) tendances de notre esprit.

Le criticisme soutient volontiers que la psycho forme une science abstraite fondamentale. Mais, pai contradiction qui semble lui échapper et sur laq nous avons déjà attiré l'attention, il travestit en a temps les données el les lois psychiques les moins testables en données immédiates et en formules { raies de la philosophie. Le criticisme est absolu typique sous ce rapport. La transmutation métaphyi de la psychologie en philosophie se produit che d'ime façon à peu prè^ complète. Il ne laisse rie presque rien à la science spéciale.

En tant que psychologues cependant, les critii

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occupent une des plus niauvaises positions qu'on puisse imaginer. Elle leur fut^imposée par Kant et sa Critique de la fmson pure, cette singulière physiologie cérébrale qui est à la véritable physiologie du cerveau ce que les écrits d'un Raymond Lulle ou d'un Paracelse sont à la physique ou à la chimie modernes. Kant se fourvoya grossièrement dans la question de Torigine de certaines idées très abstraites qui, selon lui, constituent les conditions primordiales de tout savoir, car elles surgissent en dehors de Texpérience externe et lonctionnenf ensuite comme des lois ou des normes de notre intelligence. II ne vit pas que c'était là une hypothèse particulière, à établir solidement sur des faits particuliers; et il n'a pas connu les faits particuliers qui rinfirment, tout en expliquant ce qu'elle présente de spécieux. Il n'aperçut pas le rôle de l'hérédité, cette mémoire de l'espèce, ni celui de certaines autres influences purement physiologiques, sous l'action desquelles l'expérience inconsciente et lentement accumulée entre en jeu pour produire l'illusion de Tinnéité. Il ne comprit pas non plus que l'expérience, ofirant un aspect particulier de la conscience, obéit, en définitive, aux mêmes lois, et qu'il existe un « seuil de l'expérience », comme il existe un « seuil de la conscience », un point qui semble un commencement au sujet illusionné, bien qu'en réalité il forme un centre autour duquel se déroulent des phénomènes identiques par essence. Et naturellement aussi, Kant ne conclut pas que les expériences situées au delà de ce zéro dans l'échelle expérimentale, c'est-à-dire les minima d'expérience échappant à l'évaluation ordinaire ou connais-

LA PSYCHOLOGIB CBEZ LES CRITICISTBS

sance moyenne, suffisent pour faire naître en a idées très générales, les « protoconcepts » qu'i lail des « catégories ».

Eotratoé par son idéalisme métaphysique, K dans cette question, presque inférieur à la psycl pourtant bien rudimentaire encore, de son épo semble l'avoir vaguement senti lui-même. Il en effet, l'emploi des idées a priori dans la spl l'expérience sensible. Il déclarait hautement qu ploi <( transcendantal » des idées est une pure ii bilité, une contradiction dans les termes '. « montre clairement, dit-il, que toutes les catég( tous les principes qui en sont formés sont dans h cas {c'est-à-dire que leur application à des ol: peut être cherchée, en définitive, que dans hence}, c'est que nous ne pouvons définir une s ces catégories sans en revenir aux conditions de sibilité.,.. Otez en effet ces conditions, les cal n'ont plus de sens, plus de rapport à aucun obj n'y a plus d'exemples qui puissent nous rendre sable ce qui est proprement pensé dans ces conc N'est-ce pas là, de la part de Kant, une défait aveu? Car une définition ne peut, en somme, < quer les éléments réels ou supposés d'un agré; conséquent, si rien d'expérimental, nul élément riel n'existait dans les catégories, leur définition recourt pas à ces éléments s'imposerait d'elle au lieu d'être impossible. Guidé par cette notion mais inhérente à tout idéalisme, que l'idéf

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