‹ La philosophie du siècle [microform]; criticisme--positivisme--évolutionismeChapitre 25 sur 69 · La Phi/o.s^opJne dr ItmniUon, p · texte numérisé non relu

La Phi/o.s^opJne dr ItmniUon, p

-^ Cf. Ribot, Psijcholofiie allemamlc contemporaine, \). Vô.

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LA PHILOSOPHIE Dl' SIÈCLE

science et ne se confondra pas avec elle. Elle s'en distinguera, au contraire, de plus en plus.

Mais la plnIosoj)hie cessera-l-elle un jour d'être du « bon sens rélléclii »? Des esprits très sérieux, des penseurs versés dans riiisloire des systèmes philosophiques soutiennent avec énergie que la nature même de notre intelligence condamne fatalement la philosophie à rester toujours une connaissance vulgaire et chaotique, un savoir initial et préparatoire. « Quand un corps de doctrines, un système de thèses, dit M. Clay, satisfait le sens commun, il prend le nom de science; quand il convient au sens commun, sans lui donner pleine satisfaction, il se range parmi les théories philosophiques; quand il acquiert le supplément d'évidence nécessaire pour satisfaire le sens commun, il passe de Télat philosophique à l'état scientifique. Ainsi la philosophie est à la science ce que l'eau-mère est au cristal.... De là résulte une méthode pour la recherche du vrai.... Il faut se lancer hardiment à la découverte d'hypothèses qui enrichiront plus tard le sens commim '.... »

Cette théorie offre, à mon gré, un exemple absolument topique d'une erreur vers laquelle Tahus de certaines méthodes strictement applicables aux seules sciences du monde inorganique entraîne les ^ociologistes modernes. L'erreur consiste notamment à prendre ce </ui a été pour le type immuable de ce qui sera, à nous présenter le passé comme le miroir fidèle de l'avenir ^

1. L'AUevnalice. lra«l. Biinloau. p. 8. Cette opinion avait déjà été défendue avec beaucoup de talent par M. Rolierl Ardigo , l'un des chefs de l'école positiviste italienne.

2. Je me borne, dans le texte, à cette seule critique; mais je crois utile de relever, en une brève note, une autre vue de M. Clav. .. Il

La philosophie se composa toujours de proposilicns qui offraient seulement <• de la cohésion eldeTatlrail » sans pouvoir satisfaire le raisonnement rigoureusement scienlitique. Elle est restée, comme dit M. Clay « à l'état liquide », « à l'état de bon sens réfléchi », — état primordial de loule connaissance, même la ilus systématisée (ou solidiliée). De là on conclut que rien ne changera, que la philosophie est à la science ce qu'une source est au fleuve qui en dérive. Mais voilà une double et funeste erreur, aussi fâcheuse, en somme que la confusion directe et plus grossière de la philosophie avec la science, - confusion dont elle n'est d ailleurs qu'un simple pastiche. Car, au lieu d'assimiler la philosophie à la science actuelle ou future comme on tend de plus en plus à le faire aujourd'hui,'

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DE ROBERTY. — pliil. du siècle ,

elle l'assimile à la science du passé, aux premières étapes de la connaissance. Elle interverlit le rôle vérilable des deux termes qu'elle compare entre eux, elle fait de la pensée philosophique, de la connaissance générale une condition de la pensée scient iliciue, de la connaissance particulière. Elle néglige volontairement d'admettre que la science et ses progrès successifs doivent être envisagés comme la cause constante de C(M effet concomitant : une philosophie, une conception du monde essentiellement corrélative à l'état donné de nos connaissances.

Une faudrait pourtant pas se méprendre à la portée de la thèse que je défends ici. Je suis, pour ma part, très disposé à considérer comme une vérité, malheureusement encore incomplète, la théorie qui identifie tout effet avec sa cause. En ce sens, j'incline fortement à soutenir l'équivalence générale de la science et de la philosophie. Mais cela, je suppose, ne m'oblige en aucune façon à reconnaître l'équivalence de leurs manifestations de moins en moins abstraites eX de plus en plus concrètes. Je ne saurais identifier la science rudimentaire des premiers âges avec la conception supranaturaliste du monde, la science plus avancée et déjà ditîérenciée des époques suivantes avec les conceptions rationalistes et également différenciées comprises ordi-

nairement sous la dénomination de métaphysique, enfin la science hiérarchisée (mais non unifiée) de notre temps avec les systèmes plus ou moins mixtes et encyclopédiques de l'heure présente. Car, pour que la relation de cause à effet se résolve finalement en un rapport d'identité, une certaine somme de caractères communs doit constamment réapparaître dans la cause aussi bien que dans l'effet. Le mot identité ne signifie rien de plus. Il désigne une généralité supérieure qui, d'après la loi de l'identité des contraires, réduit les oppositions, assemble les afïîrmalions et les négations. Effet signifie, par définition, non-cause, et cause veut dire non-effet. Il s'ensuit, d'après les principes posés dans mon livre sur l'Inconnaissable, que la cause m abstracta s'identifie nécessairement avec l'effet considéré également comme une abstraction pure. Nulle classe plus générale ne contient ces deux abstractions ou, du moins, une pareille classe, par exemple le phénomène, n'est qu'une généralité verbale, un expédient de l'esprit, une imitation des généralités réelles, une véritable tautologie.

La cause et l'effet sont identiques comme l'être et le néant, le noumène et le phénomène, l'univers et Dieu. Ces termes se valent, dans leur acception la plus élevée (nt/mma fiomina). Mais il y a plus. Un jeu de substitution curieux s'observe dans la sphère des hautes abstractions et explique un grand nombre d'illusions célèbres dans l'histoire de la pensée. Les abstractions dernières, cause et etret, peuvent se remplacer non seulement par des synonymes évidents. Dieu et l'univers par exemple, mais encore par des synonymes

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voilés. Elles se déguisent alors sous des termes ne présentant pas, en apparence, ce degré suprême de généralité qui forme Fesscnce même do la notion d'identité. Ou bien elles se travestissent sous des termes qui, employés dans une multitude d'autres cas, sont déjà, en réalité, des abstractions d'un degré inférieur. Ainsi, par exemple, nous pouvons substituer à la cause — - la science en général, et à l'effet — la philosophie en général. Si nous ne déterminons pas d'une façon plus précise ce que nous entendons par science et philosophie, si nous n'avons en vue, dans leur opposition, rien, absolument rien que leur relation de cause à effet, nous pourrons légitimement transporter aux nouveaux signes représentatifs le rapport d'égalité constaté dans les anciens. >ous pourrons attribuer à la traduction les qualités du texte original. Il nous sera permis d'affirmer Tidentité de la science et de la philosophie, et cela directement, sans user de termes intermédiaires phis généraux, d'idées de classe telles que « pensée, intelligence, sujet », etc.

Par contre, si nous descendons d'un seul degré réchelle des généralités, nous ne pourrons plus opérer cette substitution sans violer les règles les plus élémentaires de la logiqiie. Cette impuissance se manifeste surtout pour les termes moyens de l'échelle; par exemple, la science et la philosophie d'une époque donnée. Ici la séparation de la cause et de l'effet, en tant ({Vi'espèces di/Jércntes d'un même genre abstrait, devient une condition inéluctable de la pensée au même litre que leur identification dans le cas précédemment examiné. En d'autres termes, l'effet ou la

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philosophie représente ici une négation vraie de la cause ou de la science '.

Mais faut-il admettre ces vues en conclusion du débat? En un sens très général et, par conséquent, très vague, l'affirmative est certainement impliquée par la loi de corrélation entre l'évolution de la science et le développement de la philosophie. Cependant, une fois qu'on accorde à ce rapport une signification exacte et précise, on s'aperçoit facilement que, l'effet se modifiant toujours avec sa cause, ni le contenu de la philosophie, ni sa conception générale ne demeurent immuables. On constate qu'un changement déterminé et profond dans un terme du rapport, un changement tel que la constitution définitive de la série des sciences par exemple, entraîne fatalement une modification analogue dans le second terme, de sorte qu'une nouvelle méthode philosophique et une nouvelle forme de la philosophie deviennent non seulement possibles, mais

1. La même Uièse s'exposerait encore d'une autre manière. Ainsi l'on peut dire que la substitution complète de la science à la religion et à la philosophie ne se réalise, comme tout idéal (le terme l'iudicjue assez), que dans la sphère abstraite pure, et non tlans le monde des existences concrètes. La science demeurera fatalement imparfaite. Destinée à progresser et à se perfectionner, à se tromper et à redresser ses erreurs, elle continuera à marcher dans la voie des suppositions dont la majeure partie devra nécessairement s'éliminer. Par suite, élever la science au rang d'une conception du monde est une solution qui engagerait la philosophie dans toutes les luttes scientifiques et l'ouvrirait largement à toutes les hypothèses, à toutes les divisions, à tous les dissentiments. La philosophie se verrait de nouveau assujettie aux lamentables conditions qui signalèrent son passé. En fait, cette solution é(|uivaudrait à supprimer simplement toute vraie philosophie. On pourrait affirmer en tout cas, comme nous le faisons aujourd'hui, que le corps de doctrine assumant ce nom ne répond en rien à ridée d'une conception de l'univers basée sur la connaissance exacte des lois qui le gouvernent.

absoIuiueiU inévitables. Elles s'imposent toutes deux à l'esprit, comme une nouvelle phase dans cette évolution grandiose qui, après avoir débuté par la religion et le savoir rudimenlaire des premiers Ages delà civilisation, continue par la mélapbysique et le savoir brusquement arrêté au seuil des [phénomènes les plus complexes et les plus intéressants, pour arriver enfin à des conditions scientifiques essentiellement différentes.

Des difficultés insurmontables retardèrent jusqu'ici révolution de la philosophie en Fempéchant d'ériger ses principes sur la série achevée des sciences et la série de leurs philosophies particulières. Ces obstacles néanmoins ne doivent pas être considérés comme des phénomènes ou des causes exerçant une action permanente et que rien ne saurait enrayer. L'évolution accomplie par le savoir humain, la dislance qui sépare du philosophe moderne le penseur fétichiste des premières périodes, ne laissent à cet égard aucune place au doute. Il est aisé de se rendre compte des changements déjà survenus et de se mettre ainsi en situation de prévoir les changements probables dans un avenir plus ou moins éloigné '.

i. Bornons-nous à rappeler ici la distinction établie parle prétléeesseur fran(;ais de Hegel, le bénédiclin dom Deschamps, entre le tout qui a des parties, et tout (jui n'a pas de parties, c'est-à-dire entre le concret et l'abstrait, le déterminé et l'indéterminé, le « tout », négation vraie de « rien », et le « tout », négcftion fausse «le « rien ». — Ne voit-on pas aussi que l'axiome mathématique : « une somme est égale à ses parties », ignore délibérément qu'un fait nouveau, inconnu, résulte <le l'addition successive des parties, quelque chose qui n'était pas dans ces dernières avant l'opération ou i\m n'y était qu'à l'état latent, à savoir le rapport entre elles des parties juxtaposées? Et ne doit-on pas en conclure, par analogie, que le tout philosophique est autre chose que la simple juxtaposition ou addition des sciences particulières?

La philosophie est la systématisation générale et abstraite des sciences, ou, d'après la définition du mot système par une fraction de la nouvelle école psychologique française *, — leur coordination en vue d'une fin unique, leur finalité f/énérale et abstraite. Cette finalité a commencé par être inconsciente, incomplète, fragmentaire. Les religions et les métaphysiques représentèrent les divers degrés de cette inconscience, de cet état imparfait de finalité, de cette incoordination relative du savoir humain. Mais, sauf ces imperfections si naturelles aux premiers stades du processus évolutif, la nouvelle philosophie constitue, à son tour, une finalité générale et abstraite des sciences, leur harmonisation en vue de cette fin unique et dernière — une conception du inonde. Seulement, cette finalité tend à devenir complète et intégrale. Le savoir abstrait acquiert conscience de son état plus parfait.

Le mot finalité perd ici son ancienne signification téléologique.

Il veut dire simplement dernier terme d'une évolution. Ainsi ridée, par exemple, est une fin pour la sensation. En ce sens quantitatif et physiologique en même temps, la philosophie marqua toujours la fin des sciences. Telles sciences, telle conception du monde, voilà la loi suprême de l'évolution philosophique.

Il nous faut encore brièvement élucider ce point, à ' savoir si la philosophie a été l'instigatrice du mouvement scientifique, ou, en d'autres termes, %\ finalité est synonyme de causalité^

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