‹ La philosophie du siècle [microform]; criticisme--positivisme--évolutionismeChapitre 52 sur 69 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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commo élément directeur, ordonnateur et générateur dans la sensation, Kant n'osa pourtant pas, après Hume et ses successeurs en Angleterre et en France, appuyer trop fort(Muent sur la distinction entre Va priori et Va posteriori, m renoncer d'une façon claire'. Depuis, ses disciples abandonnèrent complètement un point de vue qui écpiivalait à une véritable pétition de principe.

l*our une autre assise de la théorie de la connaissance que pose cet esprit subtil, les choses prirent malheureusement une tournure ditTérente. « Nous ne pouvons sortir d(; nous-mêmes; tout ce qui nous est permis, c'est d'analyser notre constitution mentale », affirment aujourd'hui les conlinualeui's de Kant. Soit; mais encore faudrait-il ne point inaugurer cette analyse par une véritable aventure métaphysique, et surtout ne point l'arrêter dès ses premiers pas par ce postulat discutable : qu'il nous est et nous sera toujours impossible de savoir si une vérité objective correspond à certaines idées. Voilà précisémerit la conclusion à laquelle il s'agit d'arriver. En faire un point de départ constitue un illogisme qu'on pouvait éviter, et facilement.

Présenter l'analyse de notre constitution mentale comme la fonction la [)lus importante de la philosophie; réduire « ses plus grands problèmes à la détermination de la part qui, dans l'acte total de la connaissance, revient au sujet connaissant et de celle qui revient à l'objet connu », c'est, dit Ilamilton -, « suivant la part

1. 11 a fallu passer par les atermoiements de Kant pour retrouver, dans quelques systèmes qui touchent à notre époque, celte sorte d'idéalisme.

2. Lectures, I, p. 148, cité par Mill, La Philosophie de Hamilton^ p. 30, 31.

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faite à l'un ou à l'autre des deux facteurs de la connaissance, tomber dans les extrêmes de l'idéalisme et du matérialisme, ou tenir la balance entre eux ». Mais par là on attribue en outre à la philosophie un rôle qu'elle ne saurait assumer. Les criticistes ne l'ont jamais soupçonné.

La décomposition de l'acte de la connaissance est un problème d'ordre essentiellement particulier ou scientifique. Quand elle se l'approprie, la philosophie ne peut le poser qu'en employant des termes d'une absurdité évidente. Ainsi que le remarque avec beaucoup de raison Stuart Mill, « le fait même de croire possible, pour la philosophie, de déterminer la partie de notre connaissance qui provient de l'objet et celle qui provient de l'esprit », équivaut à Taveu « qu'on considère certains attributs des choses comme la contribution de l'objet exclusivement, et certains autres comme celle de l'esprit exclusivement; car. si chaque attribut était le produit de deux facteurs, il n'y aurait aucun moyen de déterminer l'elfet de chactm d'eux, pas plus qu'on ne peut distinguer, dans un sel neutre, l'acide de Talcali \ » La chimie moderne repousse, comme entachée d'absurdité, la question qui consiste à demander quelle partie d'un sel est due à l'alcali, et quelle partie provient de l'acide. La science spéciale ne se comportera pas autrement à Tégard de certains problèmes psychologiques, lorsqu'elle succédera enfin à la philosophie qui a si longtemps occupé sa place et rempli son office.

\. Ibid., p. 34.

1* il

Le crilicismc, celui de Kant et celui tle ses successeurs, se laisse entièrement ramener à une connaissance vague et superficielle, incomplète et souv('nt fausse, concernant un ordre de faits très particuliers. On a pu longtemps estimer un tel savoir à Tégal d'une philosophie, précisément parce que, au lieu do reposer sur des ohservations nomhreuses, exactes et contrôlées, il se déduisait de subtilités logiques et de distinctions verbales. Ces dernières cependant ne composent pas le fonds de la pensée abstraite, mais son cortège usuel et obligé. Le philosophe est condamné à se mouvoir au milieu des signes ou symboles conventionnels des choses, à peu près conmie le physicien ou le chimiste à perdre son temps et ses forces dans des manipulations absolimient insignifiantes par elles-mêmes. Toutefois, le criticisme s'est trop complu aux futilités du raisonnement pur. De tous les systèmes contemporains, il a le moins bien saisi la distinction capitale entre le contenu et la forme de la philosophie, et trop souvent il a pris les accessoires pour le principal.

Cette appréciation s'appuie d'un fait significatif dans l'histoire du criticisme. La Critique de la raison pure, l'édifice imposant de la théorie kantienne se fonde sur la simple opposition des jugements analytiques et des jugements synthétiques. Kant Tatteste solennellement lui-même : « Si la métaphysique, dit-il, est restée jusqu'ici dans un état d'incertitude et de contradiction, la cause en est que le véritable problème de la raison pure renfermé dans cette question : Comment des jugements synthétiques a priori sont-ils possibles? et peut-être même la différence des jugements anahj-

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tiques et des jugements synthétiques, ne se sont pas présentés plus tôt aux esprits. C'est de la solution de ce problème ou de l'impossibilité démontrée de le résoudre que dépend le salut ou la ruine de la métaphysique '. » Or qu'y a-t-il au fond de cette opposition? Tout au plus, comme on l'a prouvé à satiété en invoquant les arguments mêmes de Kant (et surtout son célèbre exemple de 7 -f 5 = 12), une distinction entre les faits plus généraux, les expériences plus anciennes en date d'une part, et les faits plus particuliers, les expériences plus récentes d'autre part; soit une double différence de degré dans la généralité d'une idée ou dans l'accoutumance qui nous la rend peu à peu familière.

Les attributs les plus communs ou ceux qu'on constate d'une façon régulière s'associent indissolublement au signe nominal qui connote le phénomène correspondant : le jugement est alors analytique. Au contraire, les attributs plus particuliers ou ceux observés rarement, malgré leur caractère général, n'offrent pas une idée aussi nette sous le même signe : l'affirmation de l'atlribiit, le jugenjent nous apparaît alors comme synthétique. La proposition : ce corps est étendu, pesant et blanc, contient un double pléonasme, puisque le mot corps sous-entend les caractères d'étendue et de pesanteur. Cependant cela n'est plus vrai pour l'enfant ou l'esprit inculte qui voient dans cette proposition un triple jugement synthétique. On considère les axiomes comme des jugements analytiques par excellence. Mais

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