‹ La philosophie du siècle [microform]; criticisme--positivisme--évolutionismeChapitre 57 sur 69 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

l'évolution de la philosophie

Le siècle qui a vu naître la sociologie était particulièrement qualifié pour élaborer de nouvelles conceptions sur la marche historique des idées d'ensemble et des doctrines générales. Aussi voyons-nous la philosophie actuelle se préoccuper beaucoup du problème de sa propre évolution. C'est là un des traits les plus significatifs du mouvement philosophique contemporain.

Dans un autre ouvrage ', nous avons essayé de montrer que les théories courantes sur le développement de la philosophie pouvaient se ramener, soit à l'explication psychologique préconisée par les criticistes et les évolutionnistes, soit à l'explication hybride, moitié psychologique et moitié sociologique, dont Auguste Comte tira sa célèbre loi des trois états. Nous avons insisté, à ce propos, sur la vanité du procédé qui cherche dans les lois psychiques la clef de phénomènes dont les causes immédiates s'identifient avec des

i. L'Ancienne et la Nouvelle phUosojjh'œ, Pari;*, Alcan, 188".

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faits manifestement sociaux. Et nous avons fait voir que si le positivisme échappait, en partie, à l'illusion commune, il tombait, en revanche, dans une série d'erreurs d'un genre différent.

Enfin, à rencontre de telles idées fausses ou incomplètes, nous avons proposé une conception purement sociologique qui conduit à la loi générale de corrélation entre les sciences et la [)hilosophie, et à la loi qui en dérive, celle des trois types de la métaphysique.

Nous ne reviendions pas ici sur les points débattus dans notre précédent travail. Mais dans un si vaste sujet il reste toujours des questions non soulevées ou à peine efileui'ées. Aussi des méditations ultérieures nous ont-elles suggéré les réflexions qu'on va lire. Elles poursuivent la solution d'un problème qui, à notre sens, prime aujourd'hui la plupart de ceux agités par les philosophes.

Au lieu d'une action immédiate de l'ensemble des sciences positives sur les conceptions du monde, la majorité des penseurs modernes admettent qu'une partie minime de notre savoir, la théorie de la connaissance, suftit pour expliquer la marche du développement philosophique, Cette inconséquence semble résulter de l'imperfection notoire des études sociales.

Les influences qui déterminent l'état de la philosophie et les caractères dilï'érentiels des systèmes, ne peuvent, à notre avis, comporter de réduction aussi sommaire. La théorie psychologique tronque et, par suite, dénature l'évolution qu'elle prétend expliquer. On verserait néanmoins dans la plus grosse des erreurs en lui opposant la théorie sociologique comme une

négation ou une antithèse absolue. On attribuerait ainsi à la première une valeur indépendante qu'elle ne saurait réclamer. Car, loin d'exclure la théorie sociologique ou d'y contredire, la théorie psychologique y est plutôt virtuellement contenue et tend à la corroborer.

On s'en convainc bien vite dès que, passant de la théorie à l'application, on considère les essais tentés jusqu'ici pour classifier d'une façon systématique les courants généraux de la pensée. Ces classifications ont pour point de départ, soit des postulats visant la connaissance pure, la connaissance en général : elles relèvent alors de la psychologie; soit des suppositions visant l'ensemble, la totalité du savoir possédé à une certaine date : elles relèvent alors de la sociologie. Mais la conclusion finale, les résultats obtenus sont identiques dans les deux cas.

Cela nous semble clairement ressortir d'un examen attentif des meilleures d'entre ces divisions, telles, par exemple, que la classification recommandée par llamilton ou bien encore la tentative récente de M. Renouvier. Partant des hypothèses générales à l'aide desquelles on crut longtemps pouvoir résoudre le problème particulier de l'extériorité de la conscience, le schéma hamiltonien range toutes les philosophies en trois classes : le monisme, le dualisme et le nihilisme. Mais une analyse plus approfondie découvre aisément sous ces rubriques les types ordinaires du matérialisme, de l'idéalisme et du sensualisme.

En elTet, les monistes de Hamilton tantôt font absorber le moi par le non-moi^ et le déclarent purement matériel; tantôt reconnaissent le « moi » seul, et

voient dans le « non-moi » un produit mental qui se dégage du « moi » ; et tantôt, enfin, nient Tantithèse et considèrent Tesprit et la matière comme des modifications phénoménales d'ime seule et même substance. Les dualistes forment deux groupes. Les uns fondent Texistenco de Tesprit et de la matière sur la connaissance immédiale attestée par la conscience, et réduisent tous les phénomènes à la sensation. Ils ne diffèrent donc en rien des sensualistes purs. Les autres « rejettent la véracité de la conscience au sujet de notre connaissance immédiate de IVxistence de la matière, et ne s'efforcent pas moins de soutenir, à coups d'hypothèses et de raisonnements, l'existence d'un monde extérieur inconnu ». llamilton les appelle « dualistes hypothétiques ou idéalistes cosmolhétiques » et leur attribue une majorité compacte parmi les penseurs des trois derniers siècles. Mais en quoi ces philosophes se distinguent-ils des sensualistes croisés d'idéalistes dont la prépondérance date, en effet, de l'époque indiquée par llamilton et qui rentrent, à leur tour, dans la grande classe des sceptiques dénommés par lui « nihilistes ou non-substantialistes » ? Il serait certainement difficile de le dire avec précision.

A des résidtats semblables aboutit la nouvelle distribution de toute la materia philosophlca du passé et du présent que propose un criliciste français, M. Renouvier •. Chez lui, l'histoire de la philosophie ne se résume pas, comme chez \ aihinger \ en cette brève formule :

1. Esquisse d'une classification s,jsténmtique des doctrines philosophiques, 2 voK in-8, Paris.

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