‹ La philosophie du siècle [microform]; criticisme--positivisme--évolutionismeChapitre 64 sur 69 · Voir partie II, chap. u, m cl iv · texte numérisé non relu

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LA SÉRIE INTELLECTUELLE

religion?

- non pas au point de vue de nos ancêtres, assurément fort peu qualifiés pour y répondre, mais à notre point de vue moderne, assistés, comme nous le sommes, de toutes sortes de connaissances scientifiques, historiques et exégétiques. A cette question, une seule réponse demeure actuellement possible : Une religion est toujours une ignorance de la véritable unité, de la véritable svnthèse universelle des choses, une ignorance qui, de grossière et répugnante à son premier degré, va s'affinant et se subtilisant sans cesse, enrayant de moins en moins les forces vives qui travaillent sourdement à la faire disparaître, et permettant, en conséquence, à l'œuvre sociale de se poursuivre, aux évolutions nécessaires de s'accomplir. Pourquoi continuerions-nous donc à employer cette phraséologie qui, si elle ne sert pas à obséder l'esprit par les plus étranges filiations, semble vide de tout sens et n'a plus de valeur même en poésie ; cette déclamation qui consiste à faire sortir, avec la Bible, la lumière des ténèbres, avec quelques moralistes, la vérité du mensonge ou de l'erreur, avec les philosophes ioniens, le chaud du froid et le sec de l'humide, et avec les historiens modernes, la culture intellectuelle que nous possédons, des croyances religieuses que nous n'avons plus ou que nous n'avons guère? Le sophisme classique du post hoc, ergo propter hoc pourrait, croyons-nous, nous être épargné, au moins en si importante matière.

La formule de Comte se ressent non seulement de cet abus de langage, mais encore d'une autre erreur qui va souvent de pair avec le sophisme contre lequel nous luttons, et qui augmente la confusion des idées.

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A l'époque même où Comte créait sa philosophie, cet autre préjugé du passé servit à Cuvier pour combattre Lamarck. Il consiste à tirer des lignes de démarcation tranchées entre des faits naturels qui s'enchaînent d'une façon insensible.

La loi des trois états ne se contente pas d'accorder aux conceptions synthétiques du dernier et suprême degré une préséance fictive sur les conceptions analytiques et les généralisations de la science, en laissant presque entendre qu'il y eut une époque où les premières étaient tout et les secondes n'étaient rien. Il ne lui suffit pas non plus de faire procéder celles-ci de celles-là et d'intervertir ainsi, quant au passé, l'ordre naturel de filiation constamment observé dans le présent. Mais elle décrit en outre la théologie et la métaphysique comme deux régimes intellectuels essentiellement distincts, ou deux modes de philosopher qui, s'ils ne sont pas irréductibles l'un à l'autre (puisque Comte admet lui-même que la métaphysique est une modification de la théologie), restent du moins nécessairement incompatibles entre eux.

Le lecteur comprend bien que nous ne saurions partager cette façon de voir. L'évolution intellectuelle dont il s'agit résulte d'une suite de changements lents, de transformations à peine perceptibles. La théologie — ne nous lassons pas de le dire — est une métaphysique primitive, imparfaite et surtout plus homogène ou moins différenciée; et la métaphysique est une théologie plus affinée, plue subtile et surtout plus hétérogène ou plus différenciée. En ce sens il existe entre elles une parenté manifeste. On a toujours vu la métaphysique

s'ajouter simplement à la théologie. Plus hospitalière aux différentes erreurs générales qui peuvent germer dans un cerveau humain, l'intelligence du métaphysicien n'est pas pour cela fermée aux erreurs spécifiquement théologiques. Bien au contraire, et un métaphysicien se double presque toujours d'un théologien. Comte en fait incidemment la judicieuse remarque à propos des penseurs athées qui rendent un culte inconscient à la déesse Nature. Et les agnosticistes modernes apportent, à leur tour, une preuve éclatante de celte vérité. N'invitent-ils pas, en toute candeur, les hommes à venir humblement courber leur front devant le Deus ignotus des religions, passées, présentes et futures? Il faut constater, d'ailleurs, que Comte fournit luimême quelques-uns des meilleurs arguments qui servent aujourd'hui à battre en brèche sa thèse fondamentale et favorite : que l'intelligence humaine est organisée de façon à passer successivement par trois phases, l'état théologique, l'état métaphysique et l'état positif, dans tous les genres de spéculations, sans en excepter celles de la science proprement dite \ A lui, en elTet, appartient cette réflexion si juste et qu'on a trop peu citée : « La philosophie théologique, même dans la première enfance individuelle ou sociale, n'a jamais pu être universelle, c'est-à-dire que, pour tous les ordres de phénomènes, les faits les plus simples et les plus communs ont toujours été regardés comme assujettis à des lois naturelles, au lieu d'être attribués à la volonté d'agents surnaturels. Adam Smith a très heu-

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