‹ La philosophie en FranceChapitre 13 sur 35 · LA l'IlII.ii^OI'llIK i:.N KHANCE · texte numérisé non relu

LA l'IlII.ii^OI'llIK i:.N KHANCE

lilii-iMlisint' : il \()il, (rtiiif pari, pour la sociôlt^' ilaiis des ass^ cialioiis vtiloiitaiiTS, foiuh'cs sur le travail et la religion, l remède h la plaie de rindiviilualisme, et, d'autre part, il y voit pour l'Kiîlise un moyeu de se d(^gager bifiilôl de ce fàclieii\ " eugi-t'*uemeut » dans le(piel, par le concordat, elle se trouve prise à l'égard de l'i'Ual. La séparation des deux sociétés, civile et rt'ligieusf, lui parait nécessaire pour assurer leur iMiilut'iJi' indépendance, celle de l'Église surtout, (ju'il a tant réclamée de is;{0à IH.'U, d'un commun accord avec Lamennais et Montalembert. Celui-ci («jui complète l'œuvre de restauration monastique de Lacordaire, en racontant \'Ilisfui/r des moines dOccident), affranchit de même sa foi catholique de toute considération politiqu(» ; il icnd aux diverses formes de gouvernement l'indifférence que celles-ci affectent i)Our les diverses formes de religion ; il leur laisse toute liberté de se corjstituer à leur manière, pourvu que l'Église aussi soit libre. « L'Eglise, lui disait le i)ape Grégoire XVI, dans un(» auilience du 12 lévrier 18:n, où il blûma l'hostilité de larclii véijue de Paris, M. de Quélen, k l'égai-d du roi Louis-Philip|)e, l'Kglise est amiede tous les gouvei'uements, quelle qu'en soil la forme, pourvu qu'ils n'oppriment pas la liberté de l'Église .

4. LujKHALisME DANS l'église. — Que dcvieiit cependant le gouvernement intérieiH' de l'Kglise en présence de ces théories nouvelles 7 Les catholiques libéraux peuvent se donner libre carrière dans la société civile ; mais dans la sociét*religieuse ils rencontrent devant eux les évéques et le pape: contre ceux-ci vont-ils revemliquer encore la liberté, comun; ils le font contre les pouvoirs politiques? A vrai dire, ils montrent d'ab(U-d assez peu de souci de la hiérarchie eccle siasti(jue : le journal I .ltr;<//' est lu surtout dans les près bytères de campagne, et bienIcU même dans certains diocèses, un ordre de lévéché l'interdit aux prêtres. L'épiscopat, qui

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est encore gallican, n'approuve pas ces lri''qiienls appels à la liberté, et dans un langage par trop démocratique. Puis les évéques se croient seuls préposés à la garde des intérêts religieux ; pourquoi do simples prêtres, parfois même des laïques, se chargent-ils, sans mission, de les défendre ? Ce concours, qu'ils n'ont pas demandé, ils ne l'acceptent qu'assez tard ; et l'incertitude et la déiiance sont telles qu'il faudra, pour lever tous les scrupules, deux lettres de l'évoque de Langres, M»"" Parisis, adressées à Montalembertle 25 mai et le 13 août 1844. Celui-ci d'ailleurs avait bien défendu le clergé contre les mépris des hommes politiques : «Non, avaitil dit en pleine Chambre des pairs, mille fois non, l'évêque n'est pas fonctionnaire, le prêtre n'est pas fonctionnaire. Elle est fausse, elle est erronée, lopinion de ceux qui ne voientdans un évoque qu'une espèce de préfet en soutane, un commissaire de haute police morale. Les évéques sont commis par Dieu au gouvernement de l'Église ; ils ont reçu mission d'en haut pour diriger nos consciences et pour les troubler au besoin... Le roi les désigne, les choisit ; mais ce n'est pas de lui qu'ils tiennent leur autorité : ils ne la tiennent que de Dieu. » L'épiscopat aurait eu mauvaise grâce à repousser un tel défenseur. Il comprenait aussi que désormais, ne pouvant plus compter sur l'appui du pouvoir civil, il n'aura de force et de dignité que s'il est soutenu par Rome. Le gallicanisme est une doctrine morte, enterrée, « une momie, dit Montalembert, semblable à ces animaux qui servaient aux Égyptiens de dieux et qu'ils adoraient encore après les avoir embaumés... La doctrine du gallicanisme s'étant faite trop longtemps la servante de l'État, il est juste, il est naturel, ajoute-t-il, qu'elle soit souffletée et congédiée comme une servante. » L'État, en effet, ne soutient le clergé que pour le tenir dans sa main ; celui-ci ne peut avoir d'indépendance que s'il se soumet d'autre part à l'autorité de Rome. Le pape,

\'1H i.A riiii.nsoriiii; kn rnA.\CK

ih' son c6U\ coiul.imiio, dans ri'iiryrli(|u»» du 15 août 18:J2, los llu^orios lie YAirnir ; il traite iiK^tiic la liberté de la presse et (.•elle (le la pensée île • liherh'-s ftincsles, et dont on ne peut avoir Irop horreur ■>. Le 1.") juilU'l 1S:{4, il condamne aussi les Piiruh-s d'un crui/ant, \\\\ \(jliiinc bien mince parle nombre df paires, mais ,i;ros par la malice et la pervcrsit(^'. Df'fenseui" de la doctrine, il Ifst (^^alemeiit delà bi(?rarchie; et lorscpie sur la lin de IHiH rar(liev(î((ue de Cologne est emprisonné par ordre (le son maître, le roi de Prusse, Grégoire XVI proleste hautement. Lacordaire saisit même cette occasion de publier le !"■ janvier 1838 une Lettre sur le Sainf-Sirgr^ écrite par lui dès le mois de février précédenten réponse àLamennaiset à son livre Des A ffuires dr Home. Grégoire XVI ne venait-il pas de se monirer le digne successeur de ces jioulifes, qui depuis (ii\-liuil ceuls ans faisaientprévaloir l'esprltsiir la force? Mais les catlioli(|ues libérau.x ont bienl(M une autre occasion de ^e n''jouir : en 1840, aju-és la mort de Grégoire XVI, IMe IX entn^- |)rriid (rétablir liii-uh'^me dans les Klats poulificauN un i-i'-^iinc de libei-lé. Li'ur joie est grande alors, mais elle ne dure guère; et même leur libéralisme re(,'oit bientôt un tel coup, que chez |)lusi('m's il ne s'en relève pas. Kn effet d(>s 1848, la république est proclamt'-eà lîdme. cominr elle vient de lélre ;'i Paris; ctil ne faut rien moins qu'une expédition fran(;aise pour faire rentrer le pape dans sa capitale. Louis-Napoléon, le prince-président, s V est di'cidé, cnnq)lant gagner par là le parti catholique eu rraiice. Mais en même temps, par nue singulière inconsé(juence, il reprend, ou |)eu s'en faut, à Home le programme des r(''|)ublicains(hassés par lui, cl prétend im|)oser au souverain pontife tout un plan de réformes libérales dontceluici ne veut plus. Tliiers et Monlalemberl, le polili((ue et le catholique, également soncieuxde sauvegarder la souveraineté du pape, se rencontrent alors dans un ménie nn)uvement de l)roiestalion : on ne fait jias ainsi, disent-ils, payer ses ser-

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vices. D'ailleurs, tant d'atrocités et surtout de fautes ontété commises un peu partout en ces derniers temps au nom de la liberté, que la confiance de Montalembert en elle se trouve fort ébranlée. Il ne pardonne pas aux nouveaux Montagnards sur les bancs de l'Assemblée nationale d'avoir compromis pour longtemps, par leurs excès de langage et encore plus par leurs actes aux sanglantes journées de juin, « la belle, lafière, la sainte, la pure et noble liberté ». « Vous avez détrôné quelques rois, c'est vrai; mais vous avez détrôné bien plus sûrement la liberté. Les rois sont remontés sur leurs trônes, la liberté n'est pas remontée sur le sien. Elle n'est pas remontée sur le trône qu'elle avait dans nos cœurs ».

Pie IX, de son côté, juge le moment venu, après cette courte et malheureuse expérience, d'en finir même avec tout reste d'aristocratie dans le gouvernement de l'Église, et d'établir résolument l'absolutisme. Le pouvoir temporel des papes est de plus en plus menacé, après avoir été souvent entravé soit par FAutriche qui lui dicte des ordres, soit parla Fiance après elle, en attendant qu'il soit diminué, puis supprimé par l'Italie ; le devoir du souverain pontife n'est-il pas de mettre en revanche au-dessus de toute atteinte son autorité spirituelle ? Pie IX est encouragé dans cette voie par une fraction du parti catholique en France, les ultramontains avec Veuillot pour chef, Veuillot à qui l'archevêque de Paris, M'"" Sibour, un gallican sinon un libéral, écrit le 10 septembre 1833 : « La nouvelle école uUramontaine nous mène à une double idolâtrie : idolâtrie du pouvoir temporel et idolâtrie du pouvoir spirituel. » En effet, quand on accepte la dictature dans l'État, comment ne pas préférer aussi l'autorité absolue dans FÉglise? Par contre, les catholiques libéraux, qui aiment la liberté dans FÉtat, en conserveraient volontiers aussi quelque chose dans FÉglise; et ils ne peuvent se défendre d'un premier mouvement de révolte à la pensée

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