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CHAPITRE VI

Auguste Comte (1) (1798-1857)

1. Auguste Comte (p. 394), — 2. Loi des trois états et division des six sciences {\). 403). — 3. Sociologie [p. 409). — 4. Religion de l'humanité (p. 413). — 5. Conclusion (p. 419). ' ■

1. Auguste Comte. — Auguste Comte est né à Montpellier, le 19 janvier 1798, d'une famille catholique et royaliste. Mais il s'affranchit de bonne lieure, vers treize ou quatorze ans, dit-il, de tout royalisme et" de tout catholicisme. En 1813, à rÉcole polytechnique, il partage un moment les illusions de quelques jeunes gens sur la possibihté d'un empire libéral. Mais bientôt Napoléon est de nouveau renversé, et le gouvernement de la Restauration licencie l'École pour son libéralisme. Comte néghge de s'assurer, comme ses camarades, un avenir en France ;il espérait partir pour les États-Unis, où un général français, Bernard, proposait au Congrès de fonder une École polytechnique sur le modèle de la nôtre. « J'aimerais mieux, écrit Comte à son ami Valat, le 29 octobre 1816, vivre médiocrement en Amérique, que de nager dans l'opulence dans l'Anglo-Germano-Latino-Hispanico-Gaule. » Et encore: « Je t'embrasse en Washington et en Franklin. »

(1) D' Robinet, Notice sur l'œuvre et sur la vie d'Auguste Comte, 1 vol., 1860;^ — E. Littré, Auguste Comte et la philosophie positive, 1 vol., 1863; — Lettres d'Auguste Comteà M. Valat (1815-1844), 1 vol., 1870; — Lettres d'Auguste Comte à John Stuart Mill (1841-1846), 1 vol., 1877; — Testament d'Auguste Comte (pièces justllicatives, prières quotidiennes, confessions annuelles, correspondance avec Mi"e de Vaux), 1 vol., 1884; — Gmher,^.-i., Auguste Comte, sa vie et sa doctrine, 1 vol., 1889, trad. Mazoyer.

Le projet, n'a pas de suite. Auguste Comte alors complète son instruction scientifique de polyteclmicien par l'étude des sciences morales et politiques. La société humaine l'intéresse déjà autant que le monde physique, et elle deviendra le principal objet de ses spéculations. En 1817, il lit encore Monge et Lngrang<>, mais il médite aussi Condorcet et Montesquieu. En 1818, il a rompu déjà avec le Contrat social de Rousseau. Cette doctrine lui paraît « entachée d'une idée radicalement fausse, celle de l'absolu. Il n'y a rien d'absolu dans ce monde, dit-il, tout est relatif... Les connaissances humaines vont croissant de siècle en siècle, et les institutions politiques de chaque époque d'un peuple doivent être relatives à l'état des lumières che^ ce peuple à cette époque ». Donc la politique d'un siècle ne peut pas être celle du siècle précédent ; la politique du xvm" siècle, parce qu'elle convenait au xvni®, ne peut plus convenir au xix". Et il conseille à Valat de lire des ouvrages historiques, comme VHistoire d'Angleterre de Hume, VHistoire de Charles-Quint de Robertson. Plus tard, en 1821, il déclarera que de tous ses contemporains celui qui se rapproche le plus de lui est Guizot, à cause de la « positivité » qu'il sait mettre dans ses études d'histoire. Comte recommande aussi des livres d'économie politique, ceux de Smith et de Say. Mais surtout il s'attache, dès 1817, à Saint- Simon, et il reçoit pour toute sa vie la forte impression des idées de ce novateur.

Ses premiers écrits paraissent sous le nom de Saint-Simon, en juillet 1819 et surtout en avril 1820 : Sommaire appréciation du passé moderne. On y trouve déjà ses théories sur la marche de l'humanité ; mais lui-même préfère les dater de la publication suivante, en mai 1822 : Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société. Ce travail paraît de nouveau, sous son nom cette fois, en avril 1824, avec le titre plus significatif de Système de politique posi

tivc. Comte aimait à rappeler qu'il reçut à ce propos l'approbation et les encouragements de Carnot exilé à Magdebourg. Il faut bien comprendre d'ailleurs ce titre ûe politique : c'est déjà philosophie positive que Comte veut dire, comme il l'écrit à Gustave d'Eichtlial ; mais il annonce par là que la tâche principale de la philosophie nouvelle sera la réorganisalion de la société. Saint-Simon, cependant, fait ses réserves sur cette publication de son « élève » ; il déclare sans doute qu'elle sera pour le xix« siècle ce qu'a été pour le siècle précédent le Discours de d'Alembert et de Diderot en tête de \ Encyclopédie ; mais la partie scientifique de sa propre doctrine est la seule qu'ait exposée Comte : il a totalement omis la partie sentimentale et religieuse. Une rupture éclate bientôt entre ces deux esprits, et l'élève oublie un peu trop tout ce qu'il doit à son maître ; il est vrai qu'à force de -t^openser de nouveau pour son compte les idées d'alitrui, il le"s fait siennes, et s'imagine ensuite, de bonne foi, ne rien devoir à personne. Après la mort de Saint-Simon, Comte donne quelque temps des articles au Producteur, qui est la revue saint-simonienne : Considératioîis philosophiques sur les sciences et les savants, en novembre 1825 ; Considérations sur le pouvoir spirituel, en mars 1826. Mais il ne tarde pas à rompre avec les saint-simoniens eux-mêmes, et n'a que des sarcasmes pour leur « sentimentalisme » et 'cette « sorte d'incarnation de la Divinité en Saint-Simon ». « Il ne reste plus qu'à dire la nouvelle messe, écrit-il le 9 décembre 1828, et cela ne tardera pas. » Quant à lui, il s'est rejeté du côté des sciences, et s'y enfonce seize années durant, de 1822 à 1838, sans perdre de vue cependant l'étude de l'organisation sociale, à laquelle il doit revenir un jour; mais auparavant une longue et forte préparation scientifique lui paraît nécessaire. Il va donc marcher seul désormais, et se fraver lui-même sa voie.

En avril 1826, il commence h Paris un enseignement orali auquel assistent des hommes tels que Humboldt, Blainville et Poinsot; llippolyte Carnot y vient aussi, sur le conseil d'Enfantin lui-môme; puis Thiers et Mignet, etc. Mais un effort cérébral que Comte avait dû faire (quatre-vingts heures de méditation continue, disent ses disciples), afin de comprendre dans une seule vue d'ensemble toutes les sciences, amène chez lui une véritable crise de folie, le 17 mai 182G, dont il ne se remet qu'en avril 1827. Toutefois la guéi'ison est réelle, et il se sert même de l'expérience acquise pendant sa maladie, pour un examen du traité de Broiissais sur l'irritation, qu'il publie en août 1828. Il recommence donc l'exposition de son système, dans une série de leçons publiques, à partir du 4janVîer 1829, et il retrouve des auditeurs comme le mathématicien Fourier et le naturaliste Blainville, tous deux derAcadémie des sciences, comme les médecins et professeurs Broussais, Esquirol, chez qui il avait été en traitement lors de sa maladie, etc. Il expose une seconde fois la même doctrine, à lAthénée, dès le 9 décembre 1829, devant un auditoire plus nombreux encore; et c'est seulement après cette double exposition orale qu'il se met à écrire son Cours de philosophie positive. L'ouvrage a six volumes et comprend soixante leçons. Comte le dédie à ses « illustres amis », Fourier et Blainville, qui sont alors, dit-il, les deux maîtres de la science, l'un en cosmologie, l'autre en biologie; et voici le titre des trois premiers volumes : Philosophie mathématique en 1830, astronomique et physique en 1835, chimique et biologique en 1838. Celte année enfin Auguste Comte, après une longue parenthèse qui n'était pas inutile, revient à sa science de prédilection, la sociologie, comme il l'appelle; elle fait à elle seule l'objet des trois derniers volumes, c'est-à-dire la moitié de tout l'ouvrage. Voici les dates et les titres : partie dogmatique de la philosophie sociale en 1839, partie histo-

inqiœ en 1840, enfin complément de la philosophie sociale et conclusions en 1842. Mais Comte n'a encore achevé par là que la première partie de son œuvre.

Après la « systématisation des idées », en effet, il tente, comme il dit, « celle des sentiments », Le savant seul a parlé jusqu'alors ; mais ce savant est aussi un homme qui connaît les besoins du cœur, qui est sensible à la poésie, à Tart, et surtout aux affections humaines. A partir de 1838, c'est-à-dire au moment où il se donne tout entier à la sociologie, il change son régime intellectuel : comme lectures, plus de livres scientifiques, mais seulement des poèmes, ou même des ouvrages de piété. Il consent, non sans peine, à faire une exception pour Stuart Mill, qui lui avait envoyé son Système de logique, et se déclarait aussi positiviste : encore ne le parcourt-il qu'à la faveur du répit que lui laisse, en 1843, l'achèvement de son Cours de philosophie positive, et avant de se remettre à l'œuvre qui doit le compléter. Mais il ne cesse pas de lire en italien Dante et Pétrarque, l'Arioste et le Tasse ; il lit les Espagnols, Calderon et Cervantes, et, parmi les Anglais, Milton et Shakspeare ; quant aux Allemands, «< le fameux Schiller » ne lui paraît qu'un gauche imitateur du grand Shakspeare, et surtout il ne peut supporter « sa niaise sentimentalité métaphysique, réchauffée par l'influence de Rousseau ». Comte à peu de goût pour les littératures du Nord, et il conseille aux jeunes positivistes les poètes des langues méridionales. Mais il leur recommande siirioul T Imitation de Jésus-Christ, dont lui-même médite chaque matin quelques pages. Un empereur musulman le faisait bien jadis : pourquoi pas aussi un homme dégagé, comme lui, de tout christianisme? Rien n'est plus efficace pour entretenir cette douce chaleur de l'àme, qui est le seul bienfait que Comte voudrait conserver de la religion. La musique n'est pas moius favorable à cette bonne santé du dedans ; et le philosophe, toujours par régime, mais aussi par

goût, allait régulièrement entendre « ses chers opéras italiens ».

11 en ressent d'autant plus le besoin qu'il n'est pas heureux dans ses affections privées. Comte a dabord son petit roman de jeune homme (que veux-tu, écrit-il à Valat, « c'est notre âge, mon ami »), roman fort peu moral, on doit s'y attendre; cela commence en 1817 avec nne Italienne, de cinq ans au moins plus âgée que lui, mariée d'ailleurs à « une très bonne pâte de mari, » et déjà mère d'une petite fille de sept à huit ans « qu'il ne faut pas scandaliser ». La dame a bientôt un second enfant, dont Auguste Comte se croit naturellement le père; aussi retarde-t-il, en galant homme, la rupture d'une liaison qui n'a plus pour lui le charme de la première heure. « Quant à mon amour, écrit-il à Valat, le 24 septembre 1819, tu sens qu'ayant déjà deux ans d'existence, il doit être bien caduc; mais enfin Tamitié en tient lieu, et l'attachement que m'inspire ma fille, donne un caractère particulier à cette amitié-là... Je commence néanmoins, ajoute-t-il, à sentir ma liberté un peu gênée par l'assiduité à laquelle j'ai accoutumé mon amie, assiduité que je me crois, par conscience, par probité et par délicatesse, obligé de continuer, même depuis qu'elle ne m'est plus aussi agréable ». Le 6 septembre 1820, il fait encore une allusion discrète à ses « dépenses de ménage ». Il n'est pourtant pas riche, et a besoin de travailler pour vivre, mais il continue de prendre sur son temps et sur sa bourse, pour donner quelque chose à ces nouveaux devoirs, par fidélité à l'enfant encore plus qu'à la mère. Une lacune de quatre ans dans sa correspondance nous fait perdre la trace de cette première « initiation » sentimentale, et lui-même paraît l'avoir oubliée lorsqu'à la fin de 1824, il annonce à Valat son prochain mariage avec une jeune Parisienne « fort spirituelle, fort aimable et jolie », sans autre dot que « son bon cœur, ses grâces, son esprit d'une trempe peu commune, son

amabilité, son heureux caractère et ses bonnes habitudes, » et il n'a pas tout dit encore : « je t'en parlerai plus amplement une autre fois. » Le 19 février 1825, il épouse donc M"^ Caroline Massin, au civil seulement d'abord. Il est heureux. Dès le 16 novembre, cependant, son ami reçoit de singulières confidences, que Comte regrette et rétracte d'ailleurs presque aussitôt, le 27 : « Je ne souhaite pas, disait-il, à mon plus cruel ennemi un pareil bonheur. » Sans doute ses besoins intellectuels sont pleinement satisfaits; mais ceux de son cœur? Il se soucie moins désormais de l'esprit de sa femme, et se consolerait « de n'avoir pas le plaisir d'une dissertation plus ou moins spirituelle et plus ou moins juste sur le mérite dételle pièce, de tel roman, de telle actrice et de tel poète » ; l'essentiel chez une femme n'est-il pas « l'attachement, le dévouement du cœur, et la douceur de caractère, avec le genre de soumission que peut lui inspirer la supériorité morale de son époux » ? C'est à sa femme pourtant qu'il doit, l'année suivante, son salut; elle le retire de l'étabUssement d'Esquirol, où son état ne faisait qu'empirer, elle le ramène à la maison, le soigne elle-même et réussit à le guérir. Il en convenait volontiers plus tard avec Ch. Robin, par exemple, en 1848; et le 2 octobre 1837, comme il venait de visiter un ancien ami à Marseille, dans l'hospice des ahénés, il écrit à sa femme que ce malheureux est beaucoup plus guéri qu'il ne l'était lui-môme quand elle le tira de chez Esquirol : « Malheureusement, ajoute-t-il, il n'a point de Caroline pour achever la cure ». Mais à partir de 1838, entre Comte et sa femme la mésintelligence s'aggrave; elle aboutit, le 5 août 184:2, à une séparation, « par suite du départ volontaire et probablement irrévocable de M""" Comte. » Le philosophe se trouve d'abord soulagé, dit-il, après dix-sept ans d'intimes souffrances; la paix qu'il goûte ressemble, à vrai dire, lui-môme l'avoue, à celle de la tombe ; c'est une paix froide et triste, dans la solitude. Mais

AUGUSTE COMTE iOl

bienlùt il se lie avec une jeune feninio, qu'une condamnation infamante de son mari laissait aussi dans labandon, M""' Clotilde de Vaux. A en juger par des lettres du o août 1845, du Il et du 25 janvier 18iG, et par des effusions mystiques en son honneur, le 2 juin 18 î5. jour do la Sainte-Clotilde (il ne craint pas de les communiquer à Stuart Mill), Auguste Comte, qui a déjà quarante-sept ans, trouve enfln « dans une chaste union » le bonheur que réclame son âme aimante. Il n'en jouit pas longtemps, dix mois à peine : le 5 avril 1846, M"'" Clotilde de Vaux, au début de sa trente-deuxième année, expire sous les yeux de son ami. Et peut-être cela vaut-il mieux : l'image de cette jeune femme demeure pure en lui ; il peut même embellir encore l'idéal que s'était forgée son imagination, la réalité n'étant plus là pour le démentir, et le souvenir délicieux qu'il en garde précieusement répand sur les dix ou onze années qui lui restent à vivre beaucoup de charme et de douceur. Ses lectures aidant, il se croit, comme Dante, favorisé d'une vision céleste, et il avance désormais dans son œuvre, les yeux fixés sur sa Béatrix. Le 10 janvier 1847, ne s'avise-t-il pas d'annoncer à sa propre femme, pour qu'elle n'en soit point surprise ni émue, que son nouvel ouvrage philosophique sera dédié à cette jeune dame, devenue « son éternelle collègue et sa véritable épouse », M™° Clotilde de Vaux !

Bientôt éclate la révolution de février 1848. Comte en profite pour reprendre son enseignement de 1829 et 1830. Il ne l'a jamais interrompu, à vrai dire : pendant dix-sept ans, il n'a cessé de faire un cours public et gratuit d'astronomie .populaire, où il glisse à l'occasion quelques-unes de ses idées philosophiques. C'est ainsi qu'un jour, en 1846, il glorifie Jeanne d'Arc devant son auditoire transporté, et flétrit en revanche Napoléon ; mais, sous la Monarchie de juillet, il ne peut pas tout dire comme il le voudrait, et à deux reprises,

en 1842 et 1844, il a des difficultés avec la police. En 1848, « dès rirrévocable proclamation de la République française », il fonde d'abord une « société positiviste », puis, en juillet, il prononce un grand Discow^s sw V ensemble du positivisme : ce n'est rien moins que Finauguration d'une religion nouvelle, la Religion de l'Humanité. Divers opuscules l'annoncent celle même année, et, en 1849, protégé par un ministre, M. Bineau, et surtout par l'ancien précepteur du prince-président, M. Vieillard, Auguste Comte fait enfin dans un local officiel, au Palais-Mazarin, une exposition libre et complète de sa doctrine, sous le titre de Cours philosophique sur l'histoire générale de l'humanité. Il prêche, en même temps qu'une religion, un culte privé et public, avec neuf sacrements sociaux, dont trois surtout, pour les événements solennels de la vie, la naissance, le mariage et la mort ; il les confère en

1850, notamment dans une occasion mémorable aux funérailles de Blainville, où il prononce un discours, le 7 mai. Son exposition orale de 1849, comme celles de 1829 et de 1830, préparait un livre qu'il publie en trois volumes, les ann(*es

1851, 1852 et 1854. Pour ce dernier ouvrage. Comte reprend eniin son titre de 1824 : Systè?ne de « politique » positive ; et de même que le Cours de philosophie positive est dédié à deux savants, Fourier et Blainville, il dédie cette seconde moitié de son œuvre « à la sainte mémoire de son éternelle amie, M"'^ Clo tilde de Vaux ». La dédicace est datée du 4 octobre 1846, six mois après la mort de celle qu'il avait tant aimée.

Les idées d'Auguste Comte lui ont valu, outre les auditeurs de ses premiers cours en 1829 et en 1830, des lecteurs et des disciples, plus nombreux qu'on ne croit et singulièrement fidèles, en France et à l'étranger. Le Cours de philosophie positive est à peine publié en entier qu'on en fait paraître en Allemagne deux traductions, à Heidelberg et à Berlin, l'année

1842. En Angleterre, Stuart Millet Bain lui envoyent, dès 1841 et 1843, leur adhésion, et c'est grâce aux subsides de quelques riches Anglais que Comte, privé de ses fonctions d'examinateur, en 18 i4, et, en 1852, de répétiteur à lÉcolc polytechnique, peut parer aux nécessités de la vie. Plus tard ses disciples en France sont obligés de faire chaque année une souscription en sa faveur. Littré est le plus célèbre d'entre eux. Littré, cependant, gagné dès 1840 à la doctrine du maîlre, refuse de le suivre dans la seconde moitié de son œuvre, et s'en tient toujours à la partie scientifique et proprement positive. Mais le mysticisme de la fin est précisément ce qui séduit d'autres disciples, comme Céleslin de Bliguières. Sur quelques jeunes enthousiastes. Comte exerçait une étrange fascination; un de ses anciens élèves, qui avait pris des leçons de mathématiques auprès de lui en 1836, raconte ainsi son étonnement, lorsqu'il revit le philosophe en 1851 : « Il y avait, dit-il, dans ses traits adoucis une tendresse qu'on aurait pu appeler idéale -plutôt quhumaiue, et à travers ses yeux à demi fermés éclatait une telle bonté d'àme qu'on se demandait si elle ne surpassait pas encore son intelligence. » Comte prit sur la cheminée un petit exemplaire bien usé de ïl/aita/ion, et dit qu'il en lisait quelques pages chaque matin. Enfin le visiteur, pour donner une idée de ce qu'il éprouve en sa présence : « 11 me rappelait, dit-il, une de ces peintures du moyen âge qui représentent saint François uni à la pauvreté. » Auguste Comte est mort le o septembre 1857, et tous les ans, à pareille date, ses fidèles continuent de venir pieusement sur sa tombe, en commémoration de celui qui reste pour eux le fondateur, non pas tant d'une philosophie nouvelle, que de la religion de l'humanité.

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