‹ La philosophie en FranceChapitre 4 sur 35 · CIIATEALBRIA.M) ET M"'' DE STAËL · texte numérisé non relu

CIIATEALBRIA.M) ET M"'' DE STAËL

sépare de ComUllac et de Locke, et de Voltaire même; elle dégage la doctrine qui lui est chère de toute alliance compromettante, et traite de matérialistes presque tous les philosophes qui lont précédée, les uns pour lavoir été franchement et l'avoir dit, les autres pour sétre engagés, à leur insu ou non, dans une voie qui les menait jusque-là. Par une conséquence natiu'elle, et toujours avant Cousin, elle tend la main, par-dessus la tête des philosophes du xvm^ siècle, à ceux du xvii°, à Descartes et àMalebranche, à Pascal même, heureuse de rencontrer en eux des hommes préoccupés comme elle de la vie intérieure, et qui mettent la science de l'âme la première, avant celle des législations et des constitutions. <- Je pense, donc je suis >>. avait dit Descartes, et cette suprématie reconnue à la pensée préparait M"* de Staël à comprendre chez les Allemands létude du moi, considéré comme centre du monde intellectuel et moral, comme source de tout savoir et de tout devoir. Avant Victor Cousin, elle a lintelligence et le sentiment des doctrines allemandes, où son âme trouve enfin ce quelle cherche, une philosophie qui la confu*me dans sa foi au progrès de lesprit liumain. D'ailleurs la philosophie u'est-elle point perfectible comme tout le reste ? Celle du xvm° siècle en France n'était donc point parfaite ; et on ne doit pas être surpris si en Allemagne on la déjà dépassée. Chateaubriand s'est trop pressé de se rabattre, comme en désespoir de cause, sui* le christianisme. C'est une rehgion toute de tendresse, en effet, et de charité ; mais le reproche quon pouvait faire à M""- de Staél d'être trop raisonneuse et de sacrifier à l'esprit le cœur, vers 1800, celle-ci ne le mérite plus en I8iu. Elle aussi voit dans la religion la cause la plus puissante du progrès, mais non l)as dans la religion catholique, ni peut-être même chrétionue exclusivement. Elle rêve une doctrine plus large et plus haute, quelle s'imagine avoir trouvée en Allemagne. Là du moins la religion est philosophique, comme la philo-

-'» i.A piiiLOsopniK i:n fkanck

Sophie ost ivli<;ioiiso. Kn (ItM-cmlji-c 1H();{, ,1 Wrim.ir, Schiller s'eiïorce de faire enlendi-e à celle (juil appelait « la philosophe fraiiraise ■ sa relifj;ion, relifi;ion de l'art appareinment, et elle t'ii rt'lieiil ([iiehpie chose. IMiis lard, à Coppct, dans son entourage, on soiMJI lin pi'ii sans doute de lalleniand Wei'ncr. (pii allait partout préchani la icli^^joii du très saint anioui" ; mais on l'i^coiile, et, en dépit du lidicule, on est de co'ur avec lui. Vue reli«,Mon vague et lihre dans ses as|)irations convient niieu.v à une àrne éprise en toutes choses de perfeclihilité, que di's (l()t,'int's |)osilirs, arrêtés et fixés pour toujonrs. Il faut à M""" de Staél une ielit;ion perfectible indéfiniment. Aussi, pour elle, le myslicisine va de pair avec l'idéalisme: celui-ci est le beau sajoiilanl à ce qui est vi'ai pour l'esprit; celui-là est le heau encore, complétant ce qui est hon pour le co'ur. Sil<"»l (|iir le seiiiiiiiciil e| la peusée s'élèveiil. l'un cl laiilre tendent à la heaille.

La |)hil()sopliie idéaliste, cependant, s'il faut en croire Schill»'r, était à peu prés fermée ;'i 31"" de Staël, lors de son premier voyaf;e i-ii Alleuia^ne; et. à vrai dire, celle l'einme su|)('rieui'e Il \ pimira jamais à fond, comme les Allemands. Klle a l'intellij;ence trop française i)our se perdre dans des ahstractiqns sur l'essence de l'univci's : cela lui parait t''lran;;ei' et même imlitTt'reiil a riioiiiiiie. De l;i iiit''lapliysi(|tie elle n admet ipie les spé'rulalioiis sur riioiiime et sur Dieu; mais la nature n'avait jamais eu <;rand charme pour elle : M'"" de Staël était l'emni»! à demander des anecdotes en lace du Mont-Blanc; et en Italie, à Na|)les, c'est à peine si elle ouvre ses fenêtres pour ailiiiiii'r je j,'(»|fr. cl Iscliia, et !•• Vé-sine. haiilrt,' pari, elle aj)parlient à un siècle où l'on est las des disputes sans lin sur le |)rinci|)c des choses, et où l'on se fie plus, pourconnaide le monde, aux découvertes positiv«îs des savants (ju'à toutes lesdivagationsdes métapliNsicieiis. Aussi Kantlui plaît tout dahord. .\(! soutient-il pas, contre Leiluiix, que les lois de

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notre connaissance ne peuvent s'applitiiier ([uau luoiulo scnsil)le ; sinoiis voiilonsenrrancliiilosliniilos,cosloisst'li'oiivon( insufrisantesel]néniccontradictoires,clal)lissanla\ ce une égale facilité le pour et le contre, quele monde est infini et qu'il ne l'est pas, la nécessité et la liberté. Quelle bonne foiluiie quune telle philosophie pour M™*" de Sta«"'l, qui n'a qu'un goiU médiocre pour la haute métaphysique, et cependant ne veut pas s'en tenir au monde extéj'ieur que lui offrent les sens ! Elle peut rentrer en elle-même, remonter jus(|uà iànie et s'arrêter là, pai'ce qu'elle y trouve un foyer suffisant de lumière et de chaleur pour connaître et pour agir au dehors. L'esprit humain est dans ce système comme le soleil du monde intelligible à l'homme ; en même temps qu'il éclaire les objets de ses rayons, il projette aussi sa splendeur sur la route où celui-ci s'avance ; il guide et assure ses pas. La morale de Kant ne paraît pas à M-"" de Staël, comme plus tard à Victor Cousin, en conti-adiction avec ses théories sur notre connaissance; mais partout elle retrouve le même principe, qui fait de l'àme le principal ressort de notre vie intellectuelle et morale, parce qu'elle dicte les lois de nos pensées et aussi les lois de nos actions. Les successeurs de Kant lui plairont moins, surtout Fichte et Schelling, que l'exemple du maître n'a pas retenus, et qui sont retournés à la métaphysique. Elle reproche à Fichte de donner trop à l'àme, et de transférer en elle les attributs mômes de Dieu, puisqu'elle crée à elle seule et le moi et le non-moi, c'est-à-dire la nature et l'esprit; bien plus, l'àme crée en elle au moins l'idée de Dieu. L'homme deviendrait alors, comme Chateaubriand l'avait dit de Dieu, l'être unique dans sa solitude, le « grand célibataire des mondes ». Mais si le moi, selon Fichte, s'abaisse jusqu'à produire de lui tout un monde de phénomènes qui devient la nature, ne peut-on pas dire, avec Schelling, que celle-ci s'élève jusqu'à produiie l'esprit lui-même? autre tentative ambitieuse de tout réduire

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i.A l'iiiLitsoi'iiii; i:n ntANf.K

.'i l'imili'', la in.itit'n' iM lospiil. l.i ii.itiirr •■! riioiiiiiio. M™* de SliK'l so soiicif |)('ii (!♦' siiiNrc les pliihoMplics iillriii.'iiids dans CCS profdiidt'iirs : mais cllf adiiiir<' coiiiiiir ils soiil i\ rcs d'id(''a- IIsiih', coiiiiih' ils oui loi dans des idcrs.

La |)liiloso|>lii(' idt'alisli' la coiidiiil à iiiic soih' de niyslicih'. C.t' si'ia sa i'(di;4ioii, fundt'c sur la pirdoso|)lii(> mu'Iiic cl aiilorist'c |)ai'(dlc. Plus dOpposilion ni d'iiMMjnipalihililé entre les di'iix. Si linlini appaiail a rinl(dli;:;cnre eonuno Textiu'^ine linnli' on rrssc lonic hnnicic cl oi'i l'ondn'c coinnH'ncc. celle (nnliie n"esl pas le vide cl |c ncani : elle esl |)leine de Dicii. Aussi loin (]ue l'espiil s'avance avec son llanihean, il ne découvi-e que des choses nioilelles ou p«'Missal)lcs; mais il seul bien que ce n"esl pas là loulf la rcali!»', cl >I"" de Slacl en apptdlc ;iu cd'iir. doni la ccililinlc n'i'sl pas moindre poulies vérités nii'lapli\si(|ues (jue C(dle de l'espril à ré,u;ai(l du monde sensible. La foi religieuse lui paraît foit bien s'allier ainsi à rinlcllifrenre |)lulosophi(fue etscienlili(|ue. En Tranco, on les a\ ail lro|) sé-paré-es, en les oi)posanl l'une à l'autre: d'un coté', exanu'n et doute; de l'autre, certitude et croyance, les yeu\ fi-rmcs. Les esprils se parla^'caient en deux camps: ceux qui pcnseni sa\()ii', et (|ui, disent-ils, ne peuvent plus croire, cl ceux qui cioicnl encore, peut-être parce qu'ils ne savent pas assez, e| rjui craii^ncnl cl rcruseiitde s'r'claircr. !Mais le |)ro;;rcs des lumières ne va pas jns(iu'àdissii)er celle ond)re mysiérieuse, si favr)rable à la Toi ; j)eut-élre même celle ombre n'en ressort-elle (jin' nneux par contraste, et fail-elle da\anla,ue Mulir loul ce qu'elle cadie de i-('e|. Lu Aljeuiaj^nc, la philosophie tourne natinellemenl a la religion, et s'achève par là. sans «juc I une fasse lorl à l'autre et la démente. Il > a donc autant de docirincs leligieuses (|ue de sysiènies philoso|)liiques ; mais, dil tort bien M"" de Staël, on s'entend tiMijours à une certaine bailleur.

Le culb' (pii conviciil a une telle icli^ion doit »''lre tout

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piM'sonnel el intime. Les pompes et les r(*i'(''monies, (jiii en impostMit aux veux, sont choses trop matérielles et gi'ossi<'res pour un sentiment si épuré : elles distraient lame ol l'attirent au dehors, l'arrachant à la contemplation d'elle-même et de Dieu. Celui-ci veut être adoré de l'esprit et du cœur; et toute autre adoration est une sorte de paganisme. M""^ de Staël, qui était d'une famille protestante, goûtait le charme d'unorcligion austère; et peut-être songe-t-elle à Chateauhriand et au catholicisme, lorsqu'elle nous dépeint, par contre, ce village de Saxe, habité tout entier par une communauté de Frères moraves, d'une piété si grave et si simple, et cet autre village de Suisse où, dans un temple, le père et le fils, l'un et lauti'e ministres du saint évangile, oITrent tous deux le sacrifice, sans aucun appareil, devant l'assistance la plus recueillie. M'"^ de Staël ne voit qu'une chose, qui paraît ptMi au dehors: la prière adressée au ciel par ces âmes pieuses, avec la certitude que quelqu'un les entend et ne manquera pas d'y répondre.

Le sentiment religieux, lorsqu'il fait ainsi comme le fond même de l'àme, donne un caractère nouveau à toutes les affections humaines. Comme il est le sentiment de l'infini, il les agrandit et les élargit bien au delà des limites de cette vie éphémère, et les marque d'un sceau d'éternité. « On ne peut aimer, dit M"*" de Staël, avec innocence, avec profondeur, sans être pénétré de rehgion et d'immortalité. » Là-dessus encore elle discute avec ses amis d'Allemagne: non, sans doute, on ne renaîtra pas, dans l'autre monde, baron ou marquis; mais on souhaite, on espère bien renaître mère ou fille. Et cet espoir l'aidait à supporter la mort des siens ainsi que l'idée de sa propre mort. Elle ne pense pas avoir perdu pour toujours son père, lorsqu'il meurt; elle le sent invisible auprès d'elle, et qui continue de l'assister dans la vie. Elle-même, lorsqu'elle arrivera à ses derniers moments, se console d'avance

:2S LA niiLosopiiiK kn fhantk

eu S()ii;^'(Miil (|ii(' .. s;i jX'iistM' rciiioutt'i;! vci-s lo ciel, rniDinc un r.-iyoïi i|iii en csl descendu ... L;)me de l'Iioimne reinplil ainsi l'jiiilie monde de sa ijrésence, cl dans celui-ci nit^nie elle se rt''|)and an (IcIkms sim" les choses cl Imi" cnniniiiirK|nc un asj)ect nonvean. (lonsidérée au point de viu' de noire hien-èlre l)liysi(|ue ou matériel, on ne san.'ail dire si In natine es! honiH' ou plnl(tl int'cliante ; mais elN- ollVe à Jiniat^nnation pliilosoplii<jue, ainsi «luaii senlinenl reliL^jeux, des harmonies aulremenl poéti(jues (|ue cidjes dont parlent Chateaubriand et Bernardin de .Saint-Pierre. Dédaij^nanl les exemples dune linalité qui devient puérile à Ibi'ce d'<Mre détaillée et précisée, M'"* de Staël laisse ei-rer sa pensée à la surface des choses, et. comme anlielois Vinci vo\ail dans les formes des nuages des fi}i;ures dhommes ou d'animaux et des dessins admirables, elle trou\e dans la nature la repi-ésenlalion des étals de son ;une : ainsi le jour- où, ra|)pe|(''e |)r»''cipitammenl d Alleiiiamic par la mori de son péi'e, ejlr criil vnir dansie ciel, en a pjtioc lia ni de (;u|)|)e|, au-dessus de la mon taille (pu abri lai I la maison paternelle, une ombre };it;antes(|ue(jui dis|)araissait. Mysticisme et idéalisnn', ces deux formes de la i)hiloso|)hie et d«' la religion ])rocè(lent dun ni^me sentiment dans l'àme de M'"" (le Slaid : {rnlIiDU^^iasuir. (îest là |ioiir elle le sentiment pbilosopbiipie et reli<i;ieux par excellence, qui doit réconcilier enlin les amis de la religion et ceux de la |)hilosophie. (les derniers rejetb'Ut toute religion, ou plultU toute superstition, comme nnr c;iiise inimitable de fanatisme. Mais le fanatisme est étroit, intolérant, et ne peut venir (pie dune religion fermée à toute idée noiiv(dlc et d'une philosophie du même genre. Les théologiens ont enseigné l'inlGlérance à bien des philosophes, devenus eux aussi des sectaires. .'Mais rien de pareil a craindre de l'enthousiasme : c'est lamoiir de tout ce qui est beau, et non pas la haine de tout ce (pij n'est pas selon lidie formule ; et loin d'aveugler,

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il t^cl;nre.Lexviii''sièrlerabienconnii,inais l'a surtout éprouvé pour les réformes poliliquos o\ sociales seulement. Or ce sont là des choses extérieures, matérielles, si l'on peut dire, et qiû ne se soutiennent que par l'esprit qui les anime. M""^ de Staël voudrait qu'on n'eût d'enthousiasme que pour les choses de Fàme d'abord, et qu'on ne le laissât pas s'égarer sur des objets indignes, comme tel conquérant, violateur des droits les plus sacrés des personnes et des nations. On s'était enthousiasmé, pendant la Révolution, pour la liberté, une liberté plutôt extérieure: puis, sousTEmpire, pour la gloire militaire, qui éclatait aussi à lo:is les yeux. Ne pourrait-on garder son enthousiasme pour des choses qui ne se voient pas, mais n'en sont pas moins réelles et solides? On avait proclamé les droits de l'homme, droits civils et politiques surtout ; mais ce n'est là qu'un effet, et M""^ de Staël remonte à la cause, qui est dans l'àme même; elle proclame les droits de l'àine à l'indépendance de la pensée et de l'action, convaincue que, ceci bien assuré d'abord, le reste viendra toujours, et ne pourra plus être enlevé. On avait beaucoup déclamé sur la liberté, celle qui peut s'inscrire dans des législations et des constitutions; mais il en est une autre, la première de toutes, qu'il faudrait garantir d'abord, c'est la liberté philosophique et religieuse, comme en Allemagne. Si on la suspecte au nom du spiritualisme ou du catholicisme, on se fait, qu'on le veuille ou non, le soutien du despotisme; et Napoléon, en effet, applaudit en 1802 au livre de Chateaubriand, connue il favorisa en 1811 l'enseignement de Royer-Collard. La voix de M""* de Staël, qu'il voulut étouffer alors, partait d'une âme plus libérale et plus généreuse; elle se défendait de faire de la politique, elle faisait mieux que cela, de la philosophie : la liberté de la parole et de la pensée lui paraissait la première condition de la liberté du citoyen.

Cette liberté, qui est le privilège de l'homme et son droit

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imincscripfihlo <'l inali«*iial)lt\ M™" de Star-I en voit le principe dans It' stMilinit-nl de linlini. Ici se monlr»' bien la diMV'i-tMiec t'iiiit' dit' et (llialt'auhriand. C.o dernier scnlail éj^alenicnl I inliiii. mais en facederoffan miliienan milieu des forOls vicrijes. en un mol ;m dehoi-s, dans la nalin'e. M"" de Staël le seul plulùlandedansel an fond d'elie-miMne.Kt VMuq humaine ne liM a|)paiall |)as coninn' scindée en deux parties : lune mauvaise, impuissante |)onrlebien : et l'antre, surajoutée par le ciirisliarnsine, et ou ell(» si' reconnaît si peu «prelle se demande dOu lui vient celte ;\uie nouvelle, et la croit un don de Dieu. L'Ame ne doit pas être ainsi mutilée, et la meilleure partie delle-mérne est celle qu'elle doit aussi le plus rt.'venrli«pier comnie sienne : c'est son enthousiasme, c'est-à-dire hieii lui-niém<M^n elle. De là comme uneplénitude elunesurahondance d<' vie spirituelle, comme un superflu d'Ame qu'elle doit prodij^ner pour tout <'e qui est vrai, hon et heau ; de là une source im-puisahle de progrés. Chateauhriand réduisait le christianisme à ime sorte de poé-sie; M. de Staél transforme |)lutôt la poésie ou lart en relij^ion. L'un, traitant le chrislianisnn' connue la plus belle des inventions poétiques, le re<luii pii'sr|ue ;i une fiction dont la ivalité perdue laisse lame dans le di'sespoir ; Taulre. au contraire, apporte une doclrine d'espi-rance à l'Iiumaïuti'.

l'oiu' préserve!' les Ames de la mélancolie, celte maladie du siècle, nous a\ons donc le choix entre deux remèdes, celui de Chateaubriand et c«dni de M'"* de Saél. Des deux C(Hés, c'est Dieu (pii eu fait tous les frais : seulement tantôt c'est un Dieu hors de nous, loin de nous, qui ne se révèle qu'à quel- (pies-uns, bien que les enchantements et les séductions de son culte puissent favoriser sim^Mdièremenl la foi de tous ; là, au contraire, c'est Dieu parlant aucieur, /f/ru fniious^comme dit M ' de Staèl traduisant ainsi \e moi rnlhomiasme. Le bonhem- de riiomme en sera-t-il mieux assinv ? On en doute, à en

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juger par le caractère et le sort quelle choisit pour les héroïnes de ses romans: D^'Z/îAmc, c'est-à-dire elle-même comme elle avait é(é dans sa jeunesse ; Corinne, c'est-à-dire ello-mt''uie encore telle qu'elle aurait voulu être. L'enthousiasme ne suffit pas à faire aimera lunela vie. puisque, déçue dans ses espérances de bonheur, elle ne songeait à rien moins qu'àse donner la moi't, et qu'on dut faire changer à M"" de Staël ce sinisti'C dénouement. Quant à Corinne, ni les enivrants triomphes du Capitole ni les jouissances passionnées de l'art ne paraissent non plus l'avoir rendue heureuse, et M""* de Staël avoue ellemême quelle n'a aimé la littérature qu'à défaut d'affections plus chères et pour en remplacer le vide : « La gloire, a-t-elle dit, pour une femme, n'est que le deuil éclatant du bonheur. » Mais qu'on ne se hâte pas cependant d'accuser sa philosophie d'impuissance. Le môme reproche peut aussi s'adresser à la religion de Chateaubriand. Celle-ci offre bien, sans doute., à la triste Amélie le morne refuge d'un cloître ; mais elle ne retient pas Céluta ; elle la pousse même, pour des motifs de piété, jusqu'au suicide. Elle n'a donc pas donné à ces deux chrétiennes plus de joie que tout à Theure la philosophie à nos deux héroïnes. C'est que lenthousiasme est une vertu trop haute, où peu d'âmes s'élèvent et surtout réussissent à se maintenir : M""' de Staël parut elle-même à ses contemporains toujours montée sur des échasses ». Puis l'enthousiasme, même pour de grandes et nobles causes, a quelque chose de trop impersonnel dans son objet, de trop général et de trop vague: l'attachement à des idées ne vaut pas l'attachement aux hommes mêmes ; on paraît plus désintéressé, on est peut-être plus égoïste ; on se complaît dans ses propj'es pensées, et le culte qu'on voue à un être de raison n'est souvent, sous une forme très pure, que l'adoration de soi-même. M'^Hle Staël ne mérite qu'à demi ce reprociie, mais non pas Chateaubriand, dont le monstrueux égoïsme s'étale part(uit

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dniis SOS œuvres coinnu» le sciilimont (|iii |)r(^(1omine en lui et ('toiifre ù son prolil Ions les nulres. Cest Hent* (l(''cl;ir;inl (|ii»' < ce (|iii iiil(''i"esse les autres hommes ne le touche point •>, cl (]ii'il voïKJr.iil •■ nt'lre pas nt' .. ; il se seul au cd'iir dc^ llanimcs (|iii le brûlent faute d'aliMicnl, el (pii ne seraienl poiiil rassasiées. mt"^me si elles dévoraient la création. Céliila ellem<^me, une toute jeune fennne, souhaileaussi d'être, avec (lliactas, la seule créature vivante sur la terre; et afin, sans doiilc. (pic sa passion ei'it (picicpic cliosi' (rincommcnsnrajjje cl diini (pic. \ olon tiers elle anéantirait tout le reste el la divinité même, " poui\u, dit-elle à (ihactas, (pie, serrée dans tes hras. j'eusse roulé d'ahime eu abîme avec les débris de Dicuel du monde ■•. .Jamais le mépris et l'oubli des autres hommes, jamais linlalualiou de soi-même seulement n'a\ait alleini ce ])aid\\sme insensé: le mal de TAme en était airivé à son plus haut point d'e.xasix'ration. El ni (Chateaubriand ni M'"" de Sta(d ne donnent un bon uïoyen de le guérir, parce que ni l'un ni l'autic peulétre n'en oui pleine conscience, el se complaisent, au contraire, et se délectent en lui. Un piMiétrant observateur, dans un roman iroui([ue et froid, (pii parut bienl(H après, en ISITi, sans in(li(pier iu>ii plus de remède, sif2;nala an moins la cause du mal el ses di'plninbles elVets : ■■ Quand tous sont is(d('S ])ai' ré}j;oïsuie, (lil Henjamin C-oustaut dans '^im Adolphe, il n'y a que (le la i)0ussière, et, dés (pTim oia^n- ai'rive, c'est (l(> la fan<ïe. »

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