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moins, comme dit M""' deSUu'l, « le philosophe do l'antiphilosoplue », et ses amis eux-îiuhncs lui reprofheiil souvent de mettre dans ses écrits trop de métapiiysicpie. Lui, de très bonne foi, se dit philosophe, et non pas théologien ; il pense ne se servir que de sa raison, qui d'ailleurs se trouve toujours d'accord, comme par miracle, avec les dogmes du christianisme, sans avoir besoin de se plier ni de se fausser pour cela. Les titres de ses ouvrages le rappellent avec insistence: en 1796, Théorie du pouvoir politique et relif/ieux dans la société civile « démontrée par le raison/ieuie/it et par l histoire » ; en 1802, Législation primitive considérée dans les derniers te?nps «. par les seules lainières de la raison » ; en 1818, Recherches « philosophiques » sur les premiers objets de nos connaissances morales ; en 1830, Démonstration «^ philosophic/ue » du principe constitutif de la société^ sans parler de son livre de 1802 sur le Divorce au XIX'' siècle, qui n'est pas celui où l'on trouve le moins de philosophie.
M. de Bonald, cependant, caractérise aiiisi, en 1830, la tâche ou plutôt la mission (|ue ses amis et lui se sont donnée dans leur commune croisade contre la société nouvelle : M. de Lamennais, M. de Maislre et lui combattent au nom des mômes principes ; seulement M. de Lamennais les applique à la philosophie, M. de Maistre à la religion, et lui, Bonahl, seulement à la politique. Voyons donc ses doctrines sur la législation et sur la constitution des sociétés humaines.
1. PmLosoruiE Tiiéolggiqle. — La détinitiun qu'il donne de rhonune dés 1796 est restée fameuse : « Une intelligence servie par des organes ». Il ne veut pas dire seulement les organes des sens, surtout la main, qu'un philosophe du xvm" siècle prenait pour la cause de l'intelligence humaine, mais encore tous les instruments que llionnne fabrique par son industrie, afin de suppléera la faiblesse ou à l'impuissance de
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son corps. Ronald coniplMe ainsi, ou iccomiaissant comme prinript' rinldlif^ence, une (It'finilion tout ntiliLiin; (l(; Franklin : •> l/li<iMinie est nn animal ipii se fait liii-m(^mc ses outils. > Mais Monald vise suitont Saint-LamborI, qui a dit : ■ L'IiMiiiiiit' est iiiif masse or<f;inis(''e et sensible (|iii reçoit l'esprit de tout ce (pii l'environne et de ses besoins. >> Celle façon de présenter d'abord la parti<! matérielle comme étant, on peu! s'en faiil. le tout de l'bomme, et de mentionner ensuite coiiinie une addition poslérienie resjjiit. r<''\olte noire pliilosoplie chrétien. L'homme est dahord intelligence; c'est là ce (pi'il faut mettre en avant et faire bien ressortir ; le reste, c'est-à-dire la masse des organes, n'est qu'un accessoire. Tandis (|ue Saint-Lambert commençait par nommer ce qui est inlV-rieiu', en y ajoutant, cummeà regret, le supc-rieur, Honald re|)lace le supé'rienr en son l'ang, qui est le premier, el y subordonne avec justice l'inférieur. Ainsi on ne sera plus tenté, dans un moment d'humeur contre l'intelligence ou la pensé-e, (pii vient s'ajouler si malencontreusement au corps, de dire avec Rousseau : l'homme qui pense est un animal dépravé. .Mais celle intelligence, ipii esl ce (pie Ibonime a de meilleur, coniMieiit la considé'iail-on en ce tenq)s-là ? Ronald accuse les |)hilosopbes de mettre Ibomme tout entier hors de lui-même, dans ses sensations et dans ses organes. Ne mettent-ils |)as aussi toute la pensée dans le langage, toutes les idé'es dans les nu)ts ? C'est la tendance de l'école idéologi(jue, el Ronald la signale l'ncorc dans un récent ouvrage d'un disci|)le de Condillac, /^'\ .S'////<^.s- r/ de Irur influonrr sur Tort dr intiisor, par Degérando. En outre, la j)ai()Ii' humaine n'est plus |)omeu\ (ju'une invention des honunes, une (euvre tout arlilicielle. té-moignage de leur industrie el aussi de lein* fanlaisje. Cepeiidaiil. si res|)rit biim.'iin. au dire des mêmes |)liilo.>,o|)hes, esl sans activité pidpre, sans inilialive el sans énergie, où trouve-t-il la foice d'inventer, la [)uissance de
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ci'éer le Inngago ? L'esprit en liii-iiiéine esl par eux réduit .^i rien ; ce sont des sensations transformées en idées qui le constituent, et, lorsque cette transformation s'arrête et que les idées manquent, on y pourvoit à laide de signes ou de mots. Mais Fliomme-statue, l'homme-machine, l'homme-animal même ne saurait être cause de rien, et prétendre qu'il est cependant l'auteur du langage, c'est dire que le langage est un effet sans cause. Or Bonald se fait la plus haute idée du langage, ou, comme il dit, de la parole : ce n'est pas un signe de convention, à peu près comme le papier-monnaie, qui désigne tout ce qu'on veut et par lui-même n'équivaut à rien ; « la parole est dans le commerce des pensées ce que l'argent est dans le commerce des marchandises, expression réelle des valeurs, parce qu'elle est valeur elle-même ». Dire, par conséquent, que c'^st l'effet d'une invention de l'homme, qui est incapable d'inventer, c'est inviter à en chercher la cause ailleurs, non plus dans l'homme et encore moins sans doute dans les choses ; mais où donc alors, si ce n'est en Dieu ? Ainsi les excès mêmes de l'empirisme ont pour conséquence logique de ramener d'abord, non pas nu rationalisme, mais plus loin, jusqu'au mysticisme. Bonald ne manque pas de le proclamer : « L'idéologie, dit-il, tuera la philosophie modeine. »
La parole est donc chose naturelle, nécessaire, divine, et non pas un simple artifice, une convention des hommes. Ne peut-on concilier ainsi deux thèses jusque-là opposées ? Descartes et surtout Malebranche réduisent la pensée vraie aux idées innées dans le pur intellect, presque sans mélange de sensation : c'est spiritualiserà l'excès la question de l'origine des idées. La môme question, en revanche, se trouve matérialisée à l'excès par Locke et surtout Condillac, qui ne voient l'origine des idées que dans les sensations, et se demandent môme si l'on ne peut pas attribuer celles-ci à la matière
Ch. Adam. 3
38 i.A niiuisoi'iiii: i:n fhanck
oi\i;;uiis('e. BoiiiiM cioil. .ivcc les |)i('iiii(.'rs, (jtie riioiiiine par liii-miMiH' (»sl «mj possession de la pensée ; njais il n'en a, pour ainsi dire, la jouissance (jiie lois(iii'il parle, et la parole esl une chose (|iii s"ac(|iii('i1. l-cs i(l«''es seraient comme la pari (le l'i-spiii, mit! p.irl inroiiiic et presijue sans vie, Jiisqu'ci ce ((irclles preiini'iil corps (l.ins les mois, qui sont la |)ail des orj;ancs cl dr la ni.itii'rt'. Lf prohlènie de la pensé(î et de la parole, el de leur civalion couinuine, est, sous une forme particulii-re, celui de l'union de lànie el du corps. La pensée toute scidf ii'csl pas possilili- dans N^s conditions de la vie pr<''sente ; il laiil (pielle se double d'une imaj^e dans le cei'veaii et dans les orp^anes de la vue, d'un son dans ceu\ de l'on il'. [)reniière réalisation el e.v|)ression d'elle-même, preniii r lan<îage tout intérieur encore. Quecelte image soit reproduite au dcdiors par nu dessin ou une pciiilun', (pic ce son soit proféré par la voix, alors le langage esl complet, et la pensée aussi a sa pleine existence. Comme l'Ame a besoin du corps poin- |)rendrc connaissance (relle-méme, les pensées égalenienl oui besoin des noms ou des molscpii les signifient. |)oiu' a|)parailre, claires el distinctes, aux aulres et à nous-mêmes, poiu- sortir de celle obscm-e confusion où elles demeureraie^jt sans <-ela. ('.'est un chaos vi'rilable ius([u';i ce que le Verbe, connue au joiu' de la création, y apporte l'ordre cl la lumière. I,c nom iiiciiic de Verbe. Iradiiclioii laline du mol grec lotjos, (pii veut dire à la fois pensée el parole, ex])rime ici la cause de I une cl de laulie en nous, et de l'une par l'aulre, l'homme parlant sa pefisée avant de j)enser sa i)arole. Le problème de r<u'igine du langage et celin de l'origine des idées reçoivent la même solution inysti(fue, el ne sont, en réalité, <pi un |)roblème. celui de linlclligence même, «pii, résolu une fois poiu" toutes au couMuencement des cbost's, laisse place ensuite à la Iradilioii |»ar laquelle les idées primitives et le fond même du |
langage se soid Iransnus justpi'à nous, ('e problème d'origine
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est poiii'Bonald le problème de la ciéation, quil lésoul iialurelleiiient par le Dieucréateur du christianisme et du judaïsme. 11 ne croit pas en cela invoquer de mystère : c'est la raison qui le conduit à ce point, et, s'il parle quelquefois de révélation, ce mot signifie pour lui, il a soin d'en avertir, un enseignement que Dieu donne à tous les hommes, autant dire a la nature humaine. 11 ne prétend pas être théologien, et veut rester philosophe ; seulement, dans le langage, où l'on ne voyait qu'un artifice de l'homme, il montre quelque chose de naturel et de nécessaire, c'est trop peu dire, quelque chose de divin.
La société, pour le xvm* siècle, est aussi d'institution humaine. L'homme à l'état primitif vivait isolé ; puis, par une convention, dit Locke, un contrat, dit Rousseau, il s'est engagé à vivre avec ses semblafbles sous de certaines lois, et alors seulement la société prit naissance. Elle est donc aussi une chose artificielle, qui contrarie souvent la nature ; et si l'homme est naturellement bon, comme on se plaît à le supposer, la société est parfois mauvaise, et c'est d'elle que vient en ce monde tout le mal. Rousseau le répète en mainte occasion : l'homme est naturellement bon, mais la société le déprave.
Bonald soutient le contraire : le peu que l'homme a de bon, il le doit à la société ; mais par lui-même il est enclin au mal. Et ce sont des sarcasmes continuels à l'adresse de ces philosophes qui, s'empara nt de la société humaine, ce corps plein de vie et de santé, se mettent, dit-il, à le hacher menu; mais ils ont beau rapprocher ensuite les morceaux, ils ne peuvent les réunir et les faire revivre. Assemblez une nudtitude d'individus, vous n'aurez pas pour cela une société tant ({ue manqueronl les rapports qui font de chacun d'eux une personne dans la famille, une personne dans l'État, une personne dans la religion, une personne pensante et par-
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lanlc. c't'sl-;i-(liir loiil ;iiitit' cliosc (lu'iiii individu, simple îiloiiit' du inoiidf iiioial, .iiissi iiii.M^iii.iiii' cl, cxislàt-il, aussi iiKM'lc cl inipiiissaul (|uc les (uclcudus aloiiics du monde |)hvsi(|uc. Km vain ou associe eulie eux ces individus par des couvcnlinus, des coulials, couimc si l;i socicHt' domesliquc cl. aussi la so<'i«''lt'' |)(»lili(|uc étaient (•()Mi|);iialtlcs à une associalion conimcirialc; connue si c'élaicnl seulement des luLf'rtMs mal(''i-iids (iiToii inellail eu coumuuu, et non pas des senlinieuts moraux ; comme si l'on soufijeait à se i"e tirer de là |)lus l;ii'd eu cmpoil.iiil des htMiidices sli|)uli''S (Tavauce, ,'iii lien de se (lonniT lout enlier cl pour toujours. Houald ne jH'ut souffiii'. en pareille cause, ces leruies de la iau'^ue des alVaires, bons, dit-iL pour des polili(iues de comptoir, (|uand il s'aj^it de sp(''cu!,i!i(iiis mei-c,iuliles, cl (pi'on a eu tort d'emprunter aux Au,Li;lais. Cerl.iins pliilosoplies comptent les hommes à peu [)rès comme des li'les de InHail d;ius un lr{»u|)eau ; mais c'est la une lacoii par trop arilliuKHiipie de traiter la nature humaine, ci llonald rel'use (!(• ne voir dans nos semhlahles (pie des nnili'S uumeii(|ues : \;\ socit'tt'' consiste surtout dans l'union <''l;d)lie cuire ses mend)res ,^M-àce a di; certains ra|)- |»orts.
pour réfuter llousseau et Locke, llon.ild inlerpiète autrement (pi eux un mot (pii i't;iil fort eu lionneur au wiii" siècle, cihii de ii.iliire. La vraie n.itiirc de riiomme ser,iit-ellc. p.ir hasard, rimperfeclion dans hupielh; il se trouve d'aiiord .' Ou n'est-ce |)as pliit(')t cet état relativement parfait aiupnd il s'élève par l'étahlissement de la socii'-té doiiiesliipie l't polili(|iieV Antaiil \aut demander si la nature du ^dand est de devenir chêne, onde restei" gland ? celle du Iddiis, de demeurer informe, a peine \iahle, ou d'arriver au terme de son de\eloppemi'nt .' l/homme naturel est donc riiMiniiic de 1,1 N(»ci(Ht'' ; celui-là seul est dans sa nature, et, tant <|u il ne se trouve pas en société, on peut dire qu'il est