INTRODUCTION
La société moderne est lancée dans des voies nouvelles; en appliquant la science à Tindustrie^ elle réalise Timpossible ; en mobilisant la richesse par le crédit^ elle la centuple. Etonnée et fière de tout ce qu'elle a conquis de pouvoir et de jouissance matérielle^ elle se complaît dans le spectacle de ses progrès^ qui lui paraissent sans limite. Mais une tache hideuse grandit chaque jour sur le fond de ce brillant tableau.
L'homme n'apporte point à son propre perfectionnement cette ardeur^ cette activité incessante^ avec lesquelles il perfectionne les instruments de son pouvoir sur la nature. Il gagne sans doute beaucoup de science^ beaucoup d'aptitudes diverses ; et, cependant, il fait défaut à son œuvre, il en compromet les résultats pour le bonheur de l'humanité.
Sous le rapport physique, il néglige ses propres forces pour l'usage des fofces étrangères qu'il s'est assujetti ; il perd sa santé, soit par les excès, soit par les privations ; les populations ne peuvent plus fournir leur contingent de soldats valides; elles semblent perdre chaque jour en vigueur ce que la société gagne en puissance industrielle.
Sous le rapport intellectuel, ses préjugés, ses superstitions, sa sottise, sa crédulité pour ce qui est petit, et son incrédulité
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pour ce qui est grande font le plus étonnant contraste avec le progrès dont notre siècle s'enorgueillit. Il n'est pas de système absurde qui n'ait ses prosélytes^ pas de charlatanisme grossier qui ne fasse de nombreuses dupes ; et l'on est affligé de voir^ au milieu des merveilles de l'esprit humain^ tant d'intelligences mortes pour tout ce qui ne conduit pas à la fortune.
Sous le rapport moral , l'homme ne peut pas compter sur l'homme ; les forces diverses de la société^ qui devraient concourir à son bonheur^ se font une sourde guerre ; les vices de l'individu détruisent sa propre félicité^ comme ils troublent la paix de la famille^ comme ils compromettent la prospérité de l'état social. Ne voit-on pas chaque jour régner dans les cœurs un orgueil impie^ un égoîsme qui se dissimule à peine^ un désir insatiable de jouissance^ d'éclat et de pouvoir ? Ne sont-ils pas bien rares de nos jours ^ les hommes qui ne cherchent point à sortir à tout prix de la position que Dieu leur a donnée ? ceux qui font le bien pour lui-même^ et non point pour une gloire mondaine ? ceux pour qui les vertus chrétiennes : l'humilité^ le renoncement, la patience parfaite, ne sont ni une chimère ni un masque ?
Ces faiblesses, ces défauts, cette insuffisance de l'homme, qui pourtant est le premier, le plus noble, le plus indispensable des instruments de la société, déploient leurs funestes effets jusque dans nos progrès les plus éclatants. Ainsi le vice, l'ignorance et la misère se propagent à côté de la religion, de la science et de la richesse; et dans toutes nos grandes villes, la barbarie coudoie la civilisation.
En vain des mains généreuses s'ouvrent pour distribuer d'abondants secours; en vain de bienfaisantes institutions se multiplient sous toutes les formes; trop souvent l'assistance
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favorise le vice et paralyse Tactivité; trop souvent la souffrance qu'on soulage est remplacée par cent autres souffrances; trop souvent, enfin, nos efforts contre le paupérisme ne font que l'augmenter.
C'est qu'on ne peut aider efficacement que celui qui s'aide lui-même; c'est que le bienfait, pour être salutaire, exige des vertus de celui qui donne et des vertus de celui qui reçoit ; c'est que Dieu a voulu que, pour chacun de nous, le bonheur fût attaché au travail et à la moralité.
Ce qui nous manque le plus encore, c'est donc la moralité ; et,hftton&-nous de le dire, il n'y a pour nous de vraie et solide moralité que celle qui est fondée sur la religion du Christ. Oui, de nos jours, c'est surtout le défaut de moralité qui arrête le progrès, qui compromet la liberté, qui menace la société, et qui empêche l'homme de jouir du bonheur tranquille que Dieu avait mis à sa portée.
Le remède, c'est une éducation morale partout répandue et vraiment efficace. Mais, dira-ton, en fait d'éducation, n'a-t-on pas déjà tout essayé î et où sont les résultats ?
Voyez ces écoles des divers degrés, soit publiques, soit privées ! n'y trouve-t-on pas des instituteurs respectables, habiles et dévoués, qui, par leur exemple et par leurs préceptes, s'efforcent de déposer dans le cœur de leurs élèves le germe de toutes les vertus? Et cependant, cette précieuse semence, combien de fois n'est-elle pas perdue? Et la conduite des jeunes gens qui sortent des classes n'est-elle pas le plus souvent en opposition complète avec les instructions qu'ils y ont reçues ?
Voyez les efforts du clergé pour répandre dans les ftmes cette foi chrétienne qui seule peut les remplir d'une joie pure au milieu même des afflictions de ce monde ! Voyez les dignes