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MOYENS INDIRECTS. DE LA DISCIPLINE

En d'autres termes^ vous devez la décerner sans l'avoir promise, sans la rendre fréquente ou régulière^ sans que Tenfant la reçoive comme quelque chose qui lui est dû.

Examinons maintenant quelle doit être la nature de la récompense pour qu'elle exerce une salutaire influence sur le développement moral de celui qui l'obtient.

Le plaisir que vous causez à l'enfant tient toujours à la satisfaction de quelqu'un de ses goùts^ que vous excitez en le flattant; si ce goût appartient à la tendance personnelle, s'il peut devenir un vice, son excitation est dangereuse; si au contraire ce goût réside dans l'activité naturelle et légitinie à laquelle l'homme doit son développement en tout genre, ou bien s'il appartient à la tendance sociale et s'il conduit à la vertu, son excitation est salutaire.

Ainsi, ne récompensez point votre enfant par des distinctions honorifiques, vous l'exciteriez à l'orgueil; ne le récompensez point par des friandises, vous le pousseriez à la sensualité; ne le récompensez point par un don pécuniaire, vous le porteriez à l'avaricp, vous lui feriez croire que l'argent est le prix ordinaire de la vertu.

Mais récompensez-le en lui donnant les moyens d'activité, les instruments de travail ou d'étude qui lui manquent, et vous exciterez son goût pour l'activité, pour l'étude et pour le travail; récompensez-le par le témoignage de votre joie et de votre approbation, et vous augmenterez son désir de vous voir content de lui; récompensez-le en lui procurant l'occasion de faire du bien aux pauvres, et vous fortifierez ses dispositions charitables.

Nous avons cherché à exposer les principes fondamentaux d'une discipline vraiment moralisante, principes qui sont encore la conséquence naturelle de la loi de l'organisme formulée dans la première partie de cet ouvrage. Mais nous ne pouvons aller au delà; nous ne pouvons ni entrer dans tous les détails, ni donner des règles absolues, ni tracer aux parents une ligne de conduite qui convienne à tous les cas particuliers. L'éduca-

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tion n'est point susceptible d'être l'objet d'un manuel; elle demande constamment les soins, le tact, l'appréciation d'ao bomme de cœur et d'intelligence, qui ne perde jamais de vue les principes essentiels de la loi qui préside au développement de l'bomme sur la terre.

Mais ces principes suffisent toujours pour diriger sûrement

dans ses moyens de discipline celui qui veut leur rester fidèle :

qu'il n'adopte aucune mesure sans s'être rendu compte de

l'influence qu'elle exercera sur le cœur de son élève ; que pour

diacun de ses actes il se demande quel est le goût, quel est le

mobile, quelle est la disposition qa'il met en œuvre et qu'il

excite. Si cette disposition est mauvaise de sa nature, si en se

développant elle conduit au vice, alors l'action du maître qui

la met en œuvre serait funeste pour l'éducation, et il faut y

renoncer. Si au contraire cette disposition est bonne, si elle

améliore le cœur dans lequel elle est vivante, si elle le conduit

au bien, alors l'action du maître qui l'excite est elle-même

salutaire et ouHralisante, et il faut y persister.

Nous venons d'examiner tour à tour les divers éléments de notre vie morale ; nous avons exposé les moyens^ soit directs^ soit indirects, par lesquels l'éducation peut agir sur leur développement de manière à en faire résulter notre perfectionnement et notre bonheur.

Mais ces éléments^ que nous avons dû séparer dans notre étude et dans notre exposition, sont intimement liés dans l'organisme moral de Thomme. Aussi les voit-on plus ou moins combinés dans chaque fait, sitôt qu'abordant la pratique de l'éducation on se trouve aux prises avec la vie réelle.

Ainsi, lorsque dans une circonstance donnée vous voudrez examiner les mobiles qui déterminent la conduite de votre enfant, afin d'en apprécier l'influence sur son développement moral, une investigation attentive vous fera presque toujours découvrir plusieurs motifs divers qui contribuent à le décider : tantôt l'acte qui ne parait dicté que par le sentiment religieux, est en même temps un effet de l'exemple ou de l'habitude ; tantôt celui qui parait résulter uniquement des vertus de la ^ tendance sociale, est pourtant aussi une satisfaction donnée à quelque penchant de la tendance personnelle.

Cette complication des mobiles de la volonté est souvent une difficulté pour l'éducateur; elle peut Tempécher de voir clairement si telle pratique met en œuvre et exerce, dans le cœur de son élève, de bons ou de mauvais sentiments; si elle doit être adoptée comme salutaire, ou repoussée comme funeste. Il est cependant pour lui un moyen de dissiper ces doutes, et nous devons l'indiquer ici.

La loi de rorganisme nous apprend que^ dans Tordre moral aussi bien que dans Tordre intellectuel et dans l'ordre physique^ l'organe le plus excité^ celui qui remplit le principal rôle, et qui par là même est le plus exercé, est aussi celui qui se développe et se fortifie le plus. Or, parmi les mobiles qui peuvent concourir à une détermination de notre volonté, il en est toujours un qui domine les autres dans notre cœur; c'est le goût que nous sacrifierions le dernier s'il fallait choisir, c'est le penchant qui occupe le plus nos pensées, qui excite le plus nos désirs, et dont la satisfaction s'identifie pour nous avec la conduite que nous avons adoptée. C'est là le mobile principal de notre action, c'est celui qui va être le plus exercé et le plus fortifié. Si ce mobile est bon, nous ferons des progrès vers le bien, s'il est mauvais nous en ferons vers le mal.

Dans tous les actes de votre élève, dans toutes ses déterminations, et même dans tous ses désirs, il est nécessaire que vous sachiez quel est son mobile principal. Ce ne sera pas toujours celui qui est le plus en évidence, ni même un de ceux que l'enfant avoue, et il faudra que vous connaissiez bien sou caractère pour démêler le fond de sa pensée; quelquefois même il vous trompera sans le vouloir, il se fera illusion sur ses propres motifs, et il considérera comme les principaux ceux qui ne sont qu'accessoires; alors il ne vous suffira pas de lire dans sa pensée, vous devrez encore sonder les derniers replis de son cœur pour y découvrir un penchant, peut-être déjà bien fort, qu'il ne s'avoue point encore à lui-même.

Quand enfin vous aurez découvert ce mobile principal, votre conduite sera nettement tracée; selon que ce mobile sera bon ou mauvais, vous favoriserez ou vous combattrez les actes qui lui donnent satisfaction.

Et cependant, ce mobile principal, celui qui se montre le plus fort dans un moment donné, n'est pas toujours celui auquel vous devez attacher la plus grande importance ; vous devez aussi examiner, d'nprès sa nature même, le rôle qui lui appartient dans le développement moral de l'enfant.

Ainsi^ dans le premier àge^ il est souvent des passions très vives qui durent peu et qui disparaissent en quelque sorte d'elles-mêmes, soit avec les circonstances qui les avaient provoquées^ soit par l'effet du progrès des années; ce n'est point là sans4oute une raison de sécurité suffisante pour vous engager à en abandonner entièrement la direction^ mais bien pour vous autoriser à la subordonner^ s'il le faut^ aux soins que réclament d'autres dispositions dont les effets doivent s'étendre sur la vie entière.

Enfin dans l'appréciation de l'importance des mobiles qui dirigent votre enfant^ vous devez considérer surtout le défaut le plus saillant de son caractère^ soit la vertu qui chez lui parait sans force, soit le vice qui menace de le subjuguer. Cette vertu est la plus nécessaire à développer^ vous favoriserez donc de préférence tout ce qui lui est occasion de s'exercer. Ce vice est le plus nécessaire à combattre, vous éviterez donc par-dessus tout les circonstances qui le mettent en œuvre. * Maintenant nous avons exposé les vrais moyens, les moyens efficaces d*éducation morale. Mais nous avons reconnu que l'éducateur ne peut pas les employer à son choix et à son heure, parce qu'il n'est pas en son pouvoir de décider d'un exercice moral comme il décide d'un exercice intellectuel ou d'un exercice physique. Il est donc réduit à profiter de son influence sur les circonstances de la vie de son élève pour faire naître ou favoriser celles qui exercent en lui de bons sentiments, et pour éviter ou repousser celles qui mettent en œuvre des penchants vicieux. Mais quand et comment se présenteront ces circonstances, et quel sera dans la vie de l'enfant le temps où l'on cherchera ces occasions de culture morale?

Nous avons réparti la journée de nos élèves entre les exercices du corps et ceux de l'intelligence, et à l'exception de quelques instants consacrés à la prière, nous n'en avons rien attribué à l'éducation morale. Et cependant celle-ci doit être tout dans les soins des parents comme dans la vie de l'enfant* sous peine de n'être rien dans la réalité ; en vain vous réus*

siriez à occuper de morale les trois quarts de sa journée, si pendant l'autre quart vous laissiez libre cours aux passions mauvaises; il faut que le développement du cœur pénètre la vie entière; il faut qu'il s'associe à Tétudo et au plaisir, au travail et au repos.

Dans le fait, il en est toujours ainsi; seulement, si vous n'y prenez garde, ce développement peut être celui du vice et point celui de la vertu. En effet, nous l'avons déjà remarqué, rhomme ne fait rien sans y être poussé par quelque mobile moral, bon ou mauvais; il n'est donc rien dans la vie de l'enfant qui ne mette en œuvre quelque goût, quelque sentiment appartenant à Tune ou à l'autre de ses tendances, rien par conséquent qui ne soit pour vous une occasion de travailler à l'amélioration de son cœur.

L'éducation morale commencera donc chaque jour au réveil de l'enfant, elle présidera à son lever, elle le suivra dans ses soins de propreté, elle ne l'abandonnera point, ni à table, ni à la promenade, ni pendant la leçon, ni dans ses jeux, ni dans son travail, jusqu'au moment où recommencera son sommeil; mais elle ne sera pour lui ni tyrannique ni inquisitive, elle lui laissera en général toute la liberté nécessaire pour que ses actions soient bien à lui, pour que sa conduite ne soit dirigée que par des mobiles éveillés dans son propre cœur.

Pour accomplir une œuvre pareille, ce n'était pas trop sans doute de toute la tendresse, de toute la sollicitude, de toute la persévérance d'un père ou d*une mère. Et ceux-ci cependant sont ordinairement obligés de confier à des mains étrangères une partie souvent bien grande de l'éducation de leurs enfants. Gomment alors ce développement moral, qui est leur tâche essentielle, recevra-t-il tous les soins que nous avons demandés pour lui, et que sa nature même exige?

Et d'abord, nous devons le répéter, il faut que les instituteurs, par leur dévouement, par leur amour de l'enfance, par l'élévation de leurs sentiments, soient dignes de remplacer les parents dans la charge si importante qu'ils ont acceptée. Mais aussi.

leur tflcbe sera singulièrement facilitée si elle a été bien commencée dans la maison paternelle^ car ils auront pour eux cette force de Torganisme qui pousse à leur développement tous les germes qui ont eu un commencement de vie. C'est pourquoi aussi cette continuité de soins moraux^ indispensable dans la première période de Tenfance^ devient de moins en moins nécessaire lorsque le progrès des années amène à la fois un plus grand développement de vie^ un plus grand besoin de liberté^ une plus grande force intellectuelle et morale contre Terreur et contre le mal.

C'est donc un devoir pour les parents de faire eux-mêmes la première éducation de leurs enfants ^ et de ne point se séparer d'eux avant que leur caractère soit formée avant que le développement de leur cœur ait pris une bonne direction. Nous avons reconnu^ il est vrai^ la grande utilité de Téducation publique pour la culture morale de l'enfance; mais^ pendant le premier ftge^ il faut qu'elle s'associe à l'éducation paternelle et non point qu'elle la remplace entièrement. Une brusque et complète substitution d'une influence étrangère à celle de la famille serait toujours dangereuse^ et c'est peu à peu que l'enfant doit être accoutumé à ce changement.

Dès que son ftge permettra de lui faire commencer des leçons régulières^ quelques heures chaque jour passées dans une école bien choisie contribueront beaucoup à ses progrès de tout genre; ces heures s'augmenteront plus tard^ et pourront finir par occuper la très grande partie de la journée quand l'exigeront les besoins de l'instruction et des travaux corporels.

La séparation complète à laquelle doivent se décider tant de

parents pour envoyer leurs enfants dans un collège ou dans un

pensionnat^ est un dernier sacrifice auprès duquel les autres

ne sont rien; on ne le fera que s'il est vraiment nécessaire^ et

on le différera le plus possible. Nous ne saurions fixer un ftge

auquel le jeune homme sera assez développé pour qu'il soit

raisonnable de lui laisser affronter les dangers de cette sorte

d'abdication de l'influence domestique, cet ftge variera selon

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diverses circonstances; mais nous croyons désirable que l'enfant demeure dans la maison paternelle jusqu'à ce que son instruction religieuse puisse être considérée comme achevée.

Nous avons dit que l'éducation morale doit être associée à l'éducation intellectuelle et à l'éducation physique. Quand bien même cette combinaison ne serait pas^ comme nous l'avons montré^ une condition essentielle de l'heureux et complet développement des qualités du cœur^ encore devrions-nous la demander dans l'intérêt d'un exercice fructueux et d'une application bienfaisante des forces de l'esprit et du corps.

En effets l'homme ne réussit dans son étude et dans son travail que lorsqu'il y apporte un zèle consciencieux^ une volonté ferme et persévérante; voilà donc des qualités morales indispensables au succès des exercices intellectuels et physiques. Et si ce zèle et cette volonté doivent résulter ordinairement de la satisfaction attachée à l'exercice même des organes dans la sphère de leur activité actuelle^ souvent aussi ils ont besoin d'être un effet de l'éducation^ afin d'avoir par eux-mêmes la force de soutenir l'homme contre les difficultés et les obstacles, dans l'accomplissement d'une tâche qui ne saurait être toujours également attrayante pour lui.

Les faits nous ramènent donc encore à cet organisme qui unit dans un même développement général les trois grandes sphères de l'activité humaine : le cœur^ l'esprit et le corps. Plus on s'occupera de cet important sujet de l'éducation de l'enfance, plus on l'approfondira, soit par la réflexion, soit par la pratique, et plus on se convaincra de la nécessité d'en réunir les diverses parties dans une œuvre commune où chaque sentiment, chaque faculté, chaque organe devra son développement à son propre exercice, tout en contribuant aux progrès de l'organisme entier, mais où le développement moral conservera toujours la prééminence qui lui appartient.

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