‹ La philosophie et la pratique de l'éducationChapitre 66 sur 67 · MOYENS INDIHBCTS. DE LA DISCIPLINE · texte numérisé non relu

MOYENS INDIHBCTS. DE LA DISCIPLINE

grande partie de leur journée est consacrée à Tétude; mais si l'instruction que vous leur donnez est bien dirigée^ la privation d'une leçon, imposée avec tact et en temps opportun, n'en sera pas moins pour eux une véritable punition.

Lorsqu'on veut punir ainsi un enfant léger, et qui n'a pas encore pris beaucoup de goût pour l'étude, il faut le faire rester dans un coin de la salle pendant que la leçon continue, afin que son inaction soit réelle et qu'il ne puisse pas se consoler en allant jouer ailleurs; cependant, grâce à vos soins, un temps viendra où ce même enfant sera suffisamment puni par la perte d'une leçon, lors même que vous lui laisserez toute sa liberté.

La liberté de l'homme est une condition nécessaire de l'exercice et par conséquent de la puissance de toutes ses facultés; c'est pourquoi elle est indispensable à son développement moral comme à son développement intellectuel et physique. Il résulte de là, d'une part que la privation de liberté est une punition pénible à l'enfant, de l'autre que l'emploi trop fréquent de ce moyen compromettrait le but même de l'éducation.

Lorsque votre élève a abusé de sa liberté, il est naturel, il est juste, il est utile de le punir en restreignant ceite liberté dans des limites qui préviennent le retour de l'abus; mais cette punition ne doit durer que le temps nécessaire pour produire l'impression favorable que vous en attendez, et vos soins doivent tendre à l'abréger le plus possible.

La privation complète de liberté présente de graves inconvénients; elle nécessite l'emploi de la prison, du cachot; elle n'est point sans danger pour la santé de l'enfant, pour son imagination, pour sa moralité; puis, en le familiarisant avec les peines que la société inflige au criminel, elle diminue dann son cœur Tborreur salutaire que celles-ci devraient toujours lui inspirer.

On emploie dans les écoles enfantines une ptmition qui prive l'enfant de liberté sans l'exposer aux dangers que nous

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venons de signaler : on le place dans un coin de la salle^ fermé d'une cloison par-dessus laquelle Tinstituteur peut seul le voir, et qu'on appelle le cabinet de réflexion. Si réellement il y réfléchit sur sa faute^ s'il y forme de bonnes résolutions, si plein de confiance dans son maître qui l'interroge avec affection après le châtiment, il lui dit sincèrement quelles ont été ses réflexions, alors la punition est excellente; mais si Tenfant sort de là irrité ou boudeur, il est à craindre qu'elle ne lui ait fait plus de mal que de bien.

En résumé, nous dirons aux parents et aux instituteurs : Vous pouvez punir votre enfant en le privant pour un peu de temps d'une partie de sa liberté, de celle surtout dont il a abusé; vous pouvez encore, dans des circonstances graves, lui ôter momentanément toute sa liberté, pourvu que vous soyez sûr de le placer en même temps dans une position sans danger pour luî^ et propre à lui inspirer de salutaires réflexions; mais point de prison, point de cachot; en un mot, point de ces punitions qui ressemblent aux peines infamantes de la justice sociale, sauf dans ces cas exceptionnels, et heureusement bien rares, où il n'est point d'autre moyen de dompter un forcené.

L'homme a besoin de société autant que de liberté; l'expérience a même prouvé que la peine de l'isolement est celle que sa raison supporte le moins; et c'est pendant l'enfance que l'instinct de sociabilité se manifeste le plus vivement. Ainsi l'éducation trouvera dans la privation de société une punition qui peut être très dure, et dont elle retirera de grands avantages si elle sait l'employer avec discernement et avec prudence. Cette manière de punir l'enfant est d'ailleurs naturelle et émi» nomment juste, dans les cas si fréquents où sa faute est une atteinte portée aux droits et à la tranquillité des personnes dont la société est un bienfait pour lui.

L'isolement aggrave les autres punitions en s'y associant: lors même qu'il n'est ni bien complet, ni bien prolongé, ilcoo* stitue souvent, sans que nous nous en rendions compte, la principale peine des ch&timents que nous infligeons.

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Ainsi ^ nous avons montré les inconvénients de la privation de nourriture considérée comme moyen de punir; mais on peut obliger un enfant à prendre son repas seul; cette peine convient particulièrement à celui qui se comporte mal à table; elle lui sera très sensible^ lors même qu'on ne retranchera rien de son ordinaire.

De même aussi ^ la privation d'amusement , de travail ou de liberté sera surtout pénible pour l'enfant^ lorsqu'en même temps elle lui fera perdre la société de ses Compagnons de jeu^ de travail ou d'étude.

L'examen que nous venons de faire des divers genres de punitions nous montre combien il en est peu qui soient sans danger pour le caractère de l'enfant qui les subit; c'est pour les parents et pour les maîtres une raison puissante de chercher à prévenir^ autant que possible^ les fautes qui exigent un châtiment. Mais enfin, quand il faudra punir, c'est dans les privations imposées à l'enfant qu'on en trouvera les meilleurs moyens. On le pri^ vera momentanément des jeux, du travail, de la société; plus rarement de sa liberté. La privation de nourriture et le châtiment corporel seront considérés comme des mesures extrêmes réservées à ces cas exceptionnels où tout autre moyen paraîtrait inefficace. Enfin si l'eafant dpit être modeste et humble de cœur, s'il est bon que souvent il s'humilie devant la loi de Dieu et devant la voix de sa conscience, son humiliation forcée devant ses semblables n'est pour lui qu'une cause de démoralisation, c'est un genre de punition auquel on doit renoncer complètement.

Il est pénible d'avoir à punir, mais il est doux de pouvoir récompenser. C'est cette jouissance du cœur qui souvent nous entraine à donner une récompense à notre enfant, alors même que le plaisir passager dont il va jouir peut nuire à son perfectionnement et à son bonheur futur. Pour Féducation, la récompense est beaucoup moins nécessaire que le châtiment, et elle ne présente pas moins de danger.

L'inconvénient le plus général de la récompense est de s'of-^

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frir à l'enfant comme un motif de faire le bien^ et de se substituer ainsi au vrai motif qui devrait le diriger^ à ce motif supérieur qui doit absolument suflSre par lui-même^ puisque bien souvent il agira seul dans son cœur^ à la voix de la conscience, au sentiment du devoir, à la loi de Dieu. On conçoit quels seraient les funestes effets de cette substitution; pour les éviter, il faut décerner la récompense sans qu'elle ait été ni promise ni prévue, et comme un témoignage extraordinaire de satisfaction.

Dieu a voulu qu'en général notre vertu fût récompensée môme par ses effets sur notre vie terrestre; et récompenser un enfant, ce n'est souvent que le faire anticiper sur les heureuses conséquences qu'il ressentira plus tard de sa bonne conduite. Cependant l'accomplissement du devoir ne procure pas toujoui*s à rhomme des avantages extérieurs semblables à vos rémunérations; trop souvent la société se montre injuste et ingrate; et votre élève serait exposé plus tard à de cruelles déceptions si vous l'aviez accoutumé à compter sur autre chose que sur la satisfaction de sa conscience. Il faut donc encore que vos récompenses soient assez rares et assez irrégulières pour que l'enfant ne s'y attende jamais.

Notre conscience, d'accord avec .l'Evangile, nous apprend que nos meilleures œuvres sont imparfaites, et que notre cœur recèle toujours quelque tendance vicieuse; il importe à la piété de l'enfant qu'il soit bien convaincu de cette vérité; il ne faut donc pas qu'il reçoive vos récompenses comme quelque chose qui lui est dû, et qu'il a pleinement mérité. C'est pourquoi vous devez les lui offrir plutôt comme un encouragement, comme un témoignage de satisfaction sans doute, mais en même temps d'affection et d*espoir dans la continuation de ses efforts pour le bien.

Nous venons de faire voir que la récompense ne doit être^ ni un mobile substitué au sentiment du devoir, ni un avantage auquel l'enfant s'attende comme à une suite constante de la bonne conduite, ni un prix qu'il croie avoir pleinement mérité.

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