‹ La philosophie et le temps présentChapitre 22 sur 46 · DE ODELOUES TRAITS DISTINCTIFS · texte numérisé non relu

DE ODELOUES TRAITS DISTINCTIFS

cas donné, et cela dans un intérêt pratique : il y a une cause à plaider, une décision à provoquer. Si le \rai était le terme et la raison de toutes les démarches dans un ordre tout spéculatif, on aurait une œuvre de science ; et si, en même temps, Tesprit y procédait littérairement parco que rintérêt, quoique spéculatif, y serait humain, et, par suite, littéraire, comment nommer une telle œuvre ? Comment en marquer le sérieux, la force convaincante, la savante exactitude, et comment indiquer aussi le caractère personnel de la pensée? Quand c'est désintéressé, haut, serein, en même temps que sévère, précis et net à la façon de la théorie scientifique, et quand, d'autre part, le tour, l'originalité, la valeur propre du penseur se montrent et se font apprécier, louer, admirer comme dans un ouvrage littéraire, un mot réussit assez bien à rendre ce qui se produit alors, c'est le mot doctrine. Ni les idées d'un pur lettré, ni les théories d'un pur savant ne reçoivent ce nom : il ne conviendrait nullement à celles-là, il n'irait pas bien à celles-ci. La doctrine se laisse rapporter à son auteur. Ce qui est doctrine dans les sciences proprement dites consiste en des considérations non vérifiables ou non encore véri-

fiées par rexpérieiice sensible. La science faite est anonyme. La doctrine ne Test jamais. Seraitelle ce que tout le monde enseigne, elle a commencé par être ce que quelqu'un a enseigné.

Serait-elle parfaitement éprouvée et parfaitement prouvée, elle n'en garderait pas moins de son origine première un caractère personnel, et la magistrale autorité de celui d'où elle sort ne cesserait jamais de se mêler à la force des raisons et des preuves qui l'appuieraient. On dit : la doctrine d'un homme^ la doctrine de Platon, la doctrine de Descartes. On dit aussi : la philosophie de Platon, la philosophie de Descartes. Ce qu'ils ont enseigné, c'est ce qu'ils ont pensé. On ne dit pas : la physique de Galilée, l'astronomie de Newton, la chimie de Lavoisier, ou si ces mots s'employaient, ce serait pour désigner les vues propres des savants, ce qui a pu contribuer à faire la science, mais n'y est pas entré proprement, n'y a pas été reçu, n'en fait pas vraiment partie.

Il faut ajouter que l'on donne fréquemment aux travaux des philosophes un autre nom encore, et eux-mêmes en usent volontiers. Celui-ci est modeste, timide. Si la doctrine rappelle le maître,

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