‹ La philosophie grecque avant SocrateChapitre 8 sur 13 · IV. Mélissoa. — Le vaillant samien qui vain · texte numérisé non relu

IV. Mélissoa. — Le vaillant samien qui vain

3uit en 440 la flotte des Athéniens, était un isciple de Parménide un peu plus jeune que 2énon. Nous possédons, de son Traité de la

Nature, des fragments importants, mais dont l'interprétation est souvent difficile. Malgré le discrédit jeté sur lui par Aristote, qui condamnait son infinitisme et le tenait, à tort, pour matérialiste, il doit être regardé comme un

Eenseur éminent ; c'est un idéaliste authentique, ien qu'obscur ; il ne se rapproche pas, comme on l'a trop redit, des premiers Ioniens, mais il maintient, parmi la race qui produisit Héraklite, le point de vue de Parménide ; il continue et complète, avec originalité, l'œuvre de celui-ci et celle de Zenon.

Selon Mélissos, qui içnore ou fait comme s'il ignorait la plupart des doctrines rivales qui se produisent autour de lui, l'être est éternel parce que le néant n'a pas pju devenir quelque chose,

Earce que naître serait avoir fini une fois, et que nir serait se continuer en autre chose ou se transformer en non-être. De l'éternité, il conclut à l'infinité, mais cette infinité n'est point spatiale ni surtout corporelle pour Méhssos, qui n'accepte point la matérialité, ni même l'étendue,

Earce au'il lui faudrait alors admettre la divisiilité de l'être, qu'il repousse. Il ne pouvait regarder l'être comme tout ensemble infini en étendue et immatériel, car l'espace auquel on

?ensait de son temps était en général celui des pythagoriciens, c'est-à-dire un ensemble discontinu d'unités-positions possédant une réalité physique ; et s il eût fait retendue à la fois réelle . et continue, il se serait vu forcé de l'identifier au vide, donc au non-être ; il l'eût par conséquent niée, dans cette hypothèse aussi, sans hésiter. Mais pourtant, son mfinité est grandeur.

Comment est-ce possible ? En somme, on ne peut le comprendre qu'en Tinterprôtant ainsi : la grandeur de Tètre est tout abstraite ; c'est une grandeur, une grandeur infinie, que Mélissos entendait en un sens, vaguement, il le faut concéder, mais rigoureusement idéaliste. Pourquoi pas, puisqu'il s'oppose absolument à ce qu'on croie au témoignage des sens, à leurs suggestions ? Certes, il ne vit pas tout à fait clair dans sa propre pensée, car, on l'a remarqué, le mot infini signifia pour lui l'indépendance de l'être <iui n'a ni commencement ni fin. Pour parler juste, il faudrait dire qu'à ce sens se joignit promptement, en son esprit, celui çiue nous avons indiqué; mais jamais Tinfinitisme de Mélissos ne fut spatialiste, ni surtout matérialiste. Un moderne conclut aussitôt, de l'éternité du réel, à la nécessité de le regarder comme un tout, et il ne l'a pas plus tôt jugé tel qu'il le déclare infini et un, à la grande satisfaction du savant qui n'est en sécurité que s'il se croit en droit d'affirmer l'illimitation du domaine qu'il explore et l'unité absolue du fond des choses. Mélissos, qui n'avait pas de préoccupations vraiment scientifiques et dont 1 esprit critiçiue était assez borné, passa à côté de ces considérations et conclut a'abord de l'éternité à l'infinitéindépendance, puis, on ne sait trop comment, de cette infinité à celle de grandeur, peut-être afin que l'indépendance soit assurée par l'impossibilité d'une réalité rivale de celle ae l'univers : si l'univers occupe tout le possible, qu'est-ce qui pourrait menacer son indépendance ? Une fois le monde tenu pour infini, il est manifeste

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qu'on doit le dire uniciue, mais le mot « un » prête aussi à une équivoque dont profite Mélissos: l'unité devient à ses yeux 1 homogénéité dans la durée et quant à l'essence ; l'univers est alors déclaré immobile, immuable et impassible autant qu'indivisibe. Ce dernier caractère, qui tient à l'unité même du tout, est impliqué par les premiers, car tout changement suppose la

{pluralité dans ce qui change, et la douleur est 'effet d'un commencement de désagrégation.

Mais surtout Mélissos nie la divisibilité parce qu'elle impliquerait le vide, c'est-à-dire la réalité du non-être, lequel ne saurait être, et de plus qu'elle briserait l'unité de l'invisible, limiterait l'infini, ferait imparfait le parfait. Tout changement serait encore naissance et mort, et il )^ a longtemps que le monde aurait péri si jamais il avait commencé à changer, ne fût-ce qu'infiniment peu. Arrière donc toute philosophie expliquant le réel par le mélange et par le mouvement.

On a signalé la ressemblance de l'être qu'il substitue au sensible, avec le Dieu du spiritualisme d'une part, et, d'autre part, avec l'élément objectif constant supposé par la science moderne sous les apparences changeantes et subjectives. C'est à juste titre, toutes réserves faites. Mais rien n'oblige à supposer l'identité du fond métaphysique de l'univers et de Dieu, ni qu'il ne se passe rien dans ce fond métaphysique, que la conscience, d'ailleurs, nous fait toucher en l'une de ses parties, celle qui est nous. Et rien n'est plus vraisemblable que le parallélisme du réel et de nos impressions, de ses lois et de

notre science. Ces impressions et cette science sont, en dépit de leur subjectivité, un Symbolisme vrai. C'est peut-être pour les mêmes raisons, qu'on dédaigaa tant, autrefois, Méiissos, et qu'on peut aujourd'hui le réhabiliter.

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