L^ Évolution créatrice f passim (Paris, Algan
3. Die Wfilt als Tat, RarVm^iSdQ;— Philosophie der Botanik, Leipzig, 1905.
4. t)ie organischen BegulcUionen^ Leipzig, 1901 ; — Der Vitatismus als geschicMe und als Lehre^ Leipzig, 1905.
chimiques : les dominantes et les entéléchies. Afin de débarrasser ces éléments d'une nuance par trop métaphysique, ils les insèrent en quelque sorte dans la trame physico-chimique qui les sous-tend. Ils donnent une importance particulière à certains phénomènes et à certains éléments par rapport aux autres. Par suite, ils établissent entre les phénomènes qui concourent à former un être vivant, une subordination, une organisation qui se traduisent en fin de compte par une évolution orientée vers certains buts caractéristiques de la vie.
D'autres savants, Bohr et Hendenhain, trouvent parmi les phénomènes biologiques des qualités spécifiques, des formes et des modes d'exécution inconnus dans les phénomènes purement matériels. Par exemple, dans les échanges gazeux qui s'accomplissent au milieu des poumons entre l'air et le sang, la membrane qui sépare le gaz du liquide ne se comporterait pas comme une membrane matérielle. Il n'y aurait pas une simple diffusion s'opérant suivant les lois de la physique, mais une véritable sécrétion obéissant à des lois physiologiques spéciales.
Seulement, du finalisme, tous les antimécanistes repoussent à peu près cette idée qu'il faut dans les explications biologiques faire entrer l'idée d'un plan général de la nature préétabli d'une façon
intelligente. Ils répugnent également à admcllrô que Têtre vivant est, ou a été, intelligemment conscient d3 Tadaptation qui doit assurer sa vie. Si l'on retient quelque chose du flnalisme, c'est donc une idée de finalité inconsciente. Elle est débarrassée de toute conception anthropomorphique qui assimilerait les actes de la vie aux actes de la volonté humaine. Elle ne ressemble en aucune façon à l'activité de Tartisan qui emploie son outil pour réaliser un but intelligemment conçu.
'C'est plutôt création toute spontanée, par suite toujours fortuite et dans une certaine mesure aveugle. La multiplicité de ces créations permet seule de lire dans leur ensemble une évolution progressive. Les avatars s'éliminent peu à peu; subsistent seules les créations heureuses.
Aussi ce flnalisme est-il plutôt en somme un vitalisme qui marque énergiquement les limites du mécanisme physico-chimique et, sinon une différence absolue entre la matière et la vie, au moins une différence absolue entre ce que peut expliquer la mécanique physico-chimique et les phénomènes de la vie.
La seule divergence importante qu'on puissd remarquer dans les théories néo-vitalistes actuelles, c'est que les unes (Bergson, Lodge, Reinke) croient que le monde vital n'a pas d'analogie dans le monde matériel pur, caractérisé par son inertie et
expliqué entièrement par la mécanique, la physique et la chimie; tandis que les autres (néothomistes) croient que ces dernières sciences n'expliquent que certains aspects superficiels de la matière et que celle-ci dans son fond nécessite déjà pour ôtre comprise des principes auxquels la Tie ne fait que donner une place beaucoup plus considérable et une évidence particulière.
Ce néo-vitalisme a encore une très grande importance parce qu'il s'appuie au moins en apparence sur des faits et non sur Tinierprétation métaphysique. Il se recommande de la méthode expérimentale et non de la dialectique. Mais sa résistance et sa vitalité n'ont pas pu rcmpôcher de rétrograder. Nous avons vu tout à l'heure qu'il y avait un finalisme grossier dont on ne parlait plus. Nous allons voir maintenant qu'il y a toute une catégorie de phénomènes physiologiques que le vitalisme abandonne au mécanisme. P. Vignon*, qui revient jusqu'à l'aristotélisme thomiste, accordera très bien que seule la biologie physicochimique et mécaniste permet de décomposer en ses éléments la courbe de la vie, car elle est 1?. méthode analytique par excellence. Elle démonlç au moins très bien les rouages, si elle est impuis^ santé à les remonter. A un autre bout de li
1. La Notion de force ^ in Causeries scientifiques de la Sod^ zoologique de France, Pafis, année 1900, n« 7.
chaîne Bçpg£K>n, qui veut dépasser à la fois le mécanisme et le finallsme dans une théorie plus compréj^ensive et plus profonde, bien plus voisiae d's^illeurs du ftnalisme que du mécanisme, arrive 4 des conclusions du même ordre, mais d'une autre envergure. Il se sert constamment contre les continuateurs du fmalisme classique, fort amendé du reste, des arguments mécanistes. Pour lui aussi la méthode physico-chimique est une excellente méthode analytique. Et comme toute vie suppose matière, elle excelle encore dans Texplication de ce qui est condition matérielle de la vie. Enfin Driesch et Rcinke, comme jadis Claude Bernard, sont absolument partisans de pousser aussi loin que possible la description mécanique et physico-chimique de la vie. Seulement, si loin qu*on la pousse, ils prétendent qu'on trouvera toujours une limite, une barrière, infranchissable pour qui veut rester l'observateur scrupuleux de Texpérience et du monde tel qu'il est donné en fait. Ils proclameront, Reinke en particulier, le divorce absolu des mouvements physicochiipiqnes et des forces organisatrices de la vie. Le premier grand trait du vitalisme actuel c'est donc de n'être pas un vitalisme intégral, mais d'admettre avec le mécanisme certaines compromissions. Elles nous apparaissent tout de suite très graves, car le néo-vitalisme professe qu'il faut
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jousser les applicalions de la méthode physico- Oûimique aussi loin qu'il est possible, toujours plus loin par conséquent. Ceci nous fait immédia* iemcnl comprendre pourquoi, sur le terrain des faits scientifiques, le mécanisme semble constamment faire rétrograder et effectivement fait rétrograder le vitalismc. C'est la conséquence même du point de vue vitaliste, tel qu'il se formule de nos jours.
Mais n'oublions pas, si nous restons placés à ce point de vue, qu'en poussant toujours plus loin i*cxplication mécaniste, il doit arriver, d'après les vitalistes, un moment où il faudra nécessairement s*arrèter. Si nous parvenions à déterminer ce moment, nous aurions déterminé du même coup et assez exactement la formule générale du néovitalîsmo.
Bien entendu il ne s'agit pas de dire dans chaque ordre de faits botaniques ou zoologiques, physiologiques ou morphologiques, ce en quoi, d'après ses adver.<^aires, le mécanisme peut suffire, et ce à quoi il sera msuffisant. Non, il s'agit de tracer, hi on le peut, une ligne de démarcation générale enlrclas deux ordres d'explication, ligne de déma> cation qui sera plutôt en puissance et dynamique rjiie fixe et définitive»
§ 3. — LA LIQNE DE DÉMARCATION ENTRE LE MéCANISME ET LE NÉ0-V1TALI8ME.
Si nous essayons de synthétiser en quelque sorte le néo-vitalisme, à travers ses principaux représentants, savants ou philosophes, voici, ce semble, à quoi nous arrivons : La critique que les néo-vitalistes font du mécanisme biologique se relie intimement à la critique que les philosophies pragmaliste, anti-intelleclualiste, ou agnostique, ont faite des sciences mathématiques et des sciences physico-chimiques. Nous croyons changer de problème, en passant de la matière à la vie. Au fond, nous nous trouvons de nouveau, comme nous l'avons fait pressentir au début, en face du même problème fondamental, et ce problème est toujours le prablème de la valeur de la science en tant que savoir. Seuls changent les termes particuliers dans lesquels en Tespèce il se pose.
Que reprochait-on en effet dans la philosophie nouvelle aux sciences mathématiques ou physicochimiques? D'être un symbolisme, arbitraire et utilitaire, fait pour les besoins pratiques de notre intelligence, de notre raison, lesquelles sont des facultés d'action, et non des facultés de connaissance. Or, quand nous transportons aux faits biologiques la méthode physico-chimique, nous trans-
portons naturellement aussi dans les résultats qu'elle nous permet d'acquérir, les conséquences qu'elle implique concernant la valeur de ces résultats. Le mécanisme physico-chimique sera donc une excellente formule pour nous donner une prise pratique sur les choses de la vie ; il sera totalement impuissant à nous apprendre ce qu'est la vie elle-même. Gomme les sciences physico-chimiques dans le domaine de la matière, le mécanisme physico-chimique, dans celui de la vie, nous permettra d agir, et jamais de savoir.
Sur quoi pouvons-nous agir? Nous ne pouvons agir que sur le prévisible. Car toute action supposant réalisation d'un but, et réussite suppose prévision et attente. Mais il ne peut y avoir possibilité de prévision et d'attente que là ou il y a inertie. Plus exactement, il ne peut y avoir possibilité de prévision et d'attente que dans la mesure où il y a inertie, car nous concevons très bien qu'une même chose doive son existence, partiellement, à des éléments inertes, et partiellement à des forces actives et organisatrices qui créent à l'aide de ces éléments une existence originale et nouvelle. Par suite, la possibilité de la prévision et de l'attente, caractéristiques de toute application de la méthode physico-chimique, implique toujours, comme l'application de celte naéthode ellemême, un objet absolument inerte. C'est pourquoi
les sciences physico-chimiques se sont conslituécs avec Galilée en déQnissant la matière par rinertie.
Au contraire, tout ce qui est force organisatrice ou créatrice, par suite tout ce qui est vivant, d'après la doctrine vitaliste, est, par définition même, de l'ordre de Timprévisible et de l'actif. Gomment y aurait-il création, là où Von peut prévoir? Prévision implique continuation de ce qui est déjà commencé, de ce qui s'est déjà vu. L'objet de la prévision n'est jamais qneff*et;\ai création est cause. Si la vie, si l'évolution sont créatrices, elles ne peuvent donc qu'échapper par elles-mêmes, et dans leur essence, dans leur véritable nature, aux prises d'une méthode tournée tout entière vers le prévisible et l'inerte, aux prises de la méthode physico-chimique.
Lorsque Bergson, dépassant le pioint de vue nominaliste et agnostique, admet à la limite l'objectivité absolue des sciences physico-chimiques, c'est qu'il admet en même temps que la matière tend à la limite vers l'inertie absolue. Elle descend la pente de l'évolution, tandis que la vie remonte cette pente. Aussi notre physique peut-elle nous fournir une science complète de la matière, mais ne pourrons-nous jamais par contre emprisonner complètement la vie dans nos formules biologiques.
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Si, pour les pragmatistes et les agnostiques, les Fciences mathématiques et physico-chimiques ne sont même pas des sciences, au sens plein du mot, mais seulement des techniques utilitaires, c'est que déjà la matière n'est pas épuisée par la définition que ces sciences en donnent, par le tableau descriptif qu'elles en présentent. A leur insu, et sous la pression des nécessités de Faction utilitaire, qui dépend forcément de la prévision, elles ont uniquement retenu de la matière ce qui est inerte et prévisible, ce qui est susceptible d'être travaillé par cet instrument, cet outil qu'est notre intelligence rationnelle.
Les néothomistes réintègrent la force, l'aspiration, le désir dans la matière, la réaniment au souffle, païen pourtant, de l'hylozoïsme, dont les Grecs et dont Aristote, en particulier, ne semblent jamais s'être complètement départis*. Ils déforment d'ailleurs la doctrine hellénique. Pour eux, la matière n'a d'activité que la force qu'y a déposée le créateur : le souvenir, pour ainsi dire d'avoir été créée, et la marque indélébile qu'elle en porte. Son activité n'est donc pas essentielle, mais empruntée, et elle n'est créatrice que par mandat. * Mais par là-même, elle n'en échappe pas moins t à l'emprise complète du mécanisme.