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SOLUTIONS TRADITIONNELLES

Le problème de la vérité est le problème capital de la philosophie. C'est lui qui, à la fois, résume et commande tout le reste. La philosophie a, en effet, avec la science, et en anticipant sur elle, puisque lascience est loin d'être achevée, l'ambition de nous faire connaître la vérité. C'est donc au fond la notion que nous avons et que nous nous faisons de la vérité qui préexiste, d'une façon latente, aux résultats que nous obtenons et aux solutions que nous entrevoyons.

Les savants, purement savants, se préoccupent, à vrai dire, assez peu de cette question de la vérité.

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Il leur suffît d'arriver à des affirmations qui réunissent le consentement universel et qui, par suite^ apparaissent comme nécessaires. Pour eux, toute expérience, mélhodiquement conduite et dûment contrôlée, est vraie. La vérification expérimentale, voilà, comme on dit, le critérium de la vérité. Et les savants ont plèiilénient faîébiï, 'pUréque la pratique a toujours juâliflécetlé^ttitude. Ce serait imaginer Tabsurde, douter pour le plaisir de douter, que supposer qu'elle ne la justifiera -^^îs 'toujours.

Mais, quoique les résultats -ïjrathiues dbfvent être le point de départ de toutes les recherches spéculatives^ il semble difficile, pour légitimer une atlitude, de s'en tenir uniquement à ses résultats pratiques. En particulier, quand il s'agit de la vérité, nous sommes portés par tout notre être à chercher quelque chose de plus. Nous vouions connaître les conditions et la nature de la vérité : de là, toutes les théories delà cçnnaissance, imaginées par les philosophes. Et il serait peut-êire téméraire de ne trouver là (ju'un souci métaphysique. Est-il bien sûr que la science n'ait pas besoin, pour se développer, pour vivre, d'avoir un point d'appui solide, qui l'impose, non seulement en fait, mais encore en droit ?

Et, d'autre part, n'y a-t-il pas un intérêt, cette fois pratique, à chercher les conditions normales

et positives de la vérité? Il semble bien que les savants eux-mômes aient répondu par Taffirmative.

De là la notion d'une science spéciale, la logique, qui se propose pour objet les conditions de la vérité. Certes, il eh a été de cette science comme de toutes les autres. Elle est d*abord restée ou très superficielle, ou nuageuse et métaphysique. Mais les efforts que les savants ont fait récemment, pour se rendre compte des procédés qu'ils emploient, de leur valeur et de leur portée, permettent, nous venons dé le dire, d'entrevoir une logique plus positive et plus utile. Et peut-être verrons-nous bientôt s'organiser cette logique qui nous expliquera, en mênie temps que la formation de la notion de vérité, la lente évolution des principes qui doivent orienter la recherche de cette vérité et des méthodes qui permettent de l'obtenir.

En attendant, il n'est sans doute pas impossible, tout en restant positif, de se représenter en gros le sens du mot « vérité » et ses conditions générales. Il est, en tout cas, possible de prendre un rapide aperçu de l'état actuel de la question.

C'est précisément, nous Tavons vu, parce que de tout temps la science a senti le besoin d'un point d'appui solide et inébranlable que le rationalisme a été conduit à imaginex la théorie de la raison éternelle et absolue dont tous les esprits

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humains participent : principes universels et nécessaires, directeurs de la connaissance, vérités éternelles, idées innées et a priori^ — autant de noms pour désigner les mêmes choses, et autant de choses pour répondre à la môme préoccupation.

Les rationalistes modernes se sont énergiquemenl défendus contre les attaques du pragmatisme, lorsque celui-ci a prétendu que la raison des rationalistes avait en somme pour résultat de garantir à notre esprit la copie fidèle de la réalité. Le pragmatisme en effet a reproché au rationalisme de dédouhler la connaissance en deux parties synchroniques : les objets ou choses en soi et les représentations que s'en fait l'esprit. La vérité consisterait dans la conformité parfaite de cette représentation avec les choses représentées, dans Vadéqualion de la pensée aux choses.

Or, il semble bien que la critique pragmatique ne soit pas si absurde que cela, et ce dualisme grossier, remarquablement déguisé, il est vrai, avec l'idéalisme, laisse quand môme des traces profondes dans la façon dont les métaphysiques ont toujours posé le problème de la connaissance.

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