L'ATTITUDE NOMINALISTE . ET - PRAGMATIQUE
Si la discussion entre empiristes et innéistes paraît oiseuse et vieillie, une autre lui a succédé qui n'en est peut-être qu'une forme nouvelle; en tout cas, elle peut lui être reliée par un lien' de filiation au moins logique. Il s'agit de savoir si les mathématiques nous apprennent quelque chose, que, sans elle, nous ignorerions, dont la privation laisserait déçue notre curiosité intellectuelle au sens le plus élevé et le plus désintéressé du mot, et nous diminuerait en diminuant notre puissance spirituelle ? - On bien, au contraire, sont-elles un art technique, un instrument commode dans la pratique, pour certains buts, dans certaines conditions déterminées? Nous retrouvons là, semble-t-il bien, une des conséquences particulières du problème qui nous a paru être le problème central de la philosophie moderne. La pratique n'est-elle que la conséquence, en elle-même surérogatoire et secondaire, du savoir? ou notre science qu'un secours accidentel à la pratique, et qu'à la rigueur la pratique pourrait remplacer par
r A niILOSOPHIE MOnERNE
il aulres arlifiees. U science est-elle logiquement anl(^rieiire à la pratique, ou la pratique à la science?
Pour soutenir cette dernière opinion, il ne mnnque pas de bons arguments. La mathématjquesertun peu partout et un peu à tout: elle joue donc bien lerôled'un inslrumont. très souple, tns bien inventé, à vrai dire, mais enfin d'un instninuMit dans to.ile la force du torme. — IJ autre part, que pourrait-elle bien nous apprendre puisqu'elle ne semble pas porter sur des objets? - Ne la voit-on pas enrnre bistoriquement sortir des nécessités commerciales et économiques, donc des nécessités pratiques? Le géomètre est d'abord un arpenteur, et, dans le langage vulgaire, il l'est resté. - Le symbolisme opératoire lui-n.éme ne devait-il pas fatalement faire naître cette idée que hi matliémali(iue n'est qu'artifice ? Elle ne se contente même pas de nous donner des formules qui puissent guider notre activilé en face des objets réels. Art combinatoire et construclif au [•lemier chef, comme tout art, elle inhu^ne des dispositifs absolument étrangers à la réalité. Elle a devant elle tout le cbamp du pos- •^ihle et peut-être de l'impossible. De m.Mne que Fart industrieux et industriel du chimiste crée des corps inconnus à la nature, de même l'art du mathématicien crée des relations, des
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combinaisons de relations, que la nature ne saurait réaliser. Art admirable par son ordonnance, et sa logique, mais art depuis les fondements jusqu'aux problèmes les plus spéciaux, voilà la mathématique. Elle ne nous apprend rien, ne nous fait rien connaître sur le réel, si ce n'est certaines manières de nous comporter avec lui : elle n'a pas plus de rapj^ort avec la connaissance de ce qui est, que l'instinct butineur de l'abeille avec la connaissance de la fleur— des philosophes diront même : beaucoup moins, car l'instinct est connaissance active immédiate, tandis que la mathématique n'est que moyen détourné pour agir. Parmi les preuves que l'on a essayé d'apporter à celte thèse, il en est une bien intéressante, car elle a un fond incontestable de vérité. C'est aux corps solides que se heurte constamment notre activité pratique. Ce liont les objets solides qui sollicitent cl surtout qui ont sollicité dans l'humanité primitive l'intérêt, la curiosité et l'attention. Nous agissons presque toujours sur des solides et avec des solides. Si l'intelligence scientifique est vraiment fille de la pratique, elle a donc dû avoir, elle doit avoir encore pour principes les artifices qui peuvent réussir avec les solides. Elle doit être tournée tout entière vers l'utilisation et la considération des solides. Or,Ies mathématiques, comme la logique avec laquelle elles ont d'étroits rapports, nous per-
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LA ri:iM)soriiiE Aioni:u\E
mellraient précisément de vérilier(iuc ce sont l)ien les corps solides qui nous ont intéressé avant tout dans la nature. Elles porternicnt la nianiue indéléhile de cet intérêt pres.iue exclusif accordé aux corps solides. Les idées claires eldislindes, les concepts sur lesquels opère notre lo^nque, ses opérations elles-mêmes (|ui toutes impliquent délinition et classi(ication, ne sont possibles tpie si Ton se fait de chaque objet une notion bien arrêtée, immuable, aux contours nets et lixes. Cette notion se rè-lc par conséquent sur le modèle de la notion iiue no'ljs nous faisons du corps solide. Le nombre, à son tour, ne provient-il pas de la considération de corps isolés et impénétrables les uns aux autres, de corps tels ipie sont les solides? Et la géonnUrie ne suppose-t-elle pas, du commencement à la lin. des figures absolument rigides et indéformables dont seuls les solides sont susceptibles de nous donner ridée? Enfin, la mécanique et la phvsique atomistique ne ramènent-elles pas tout ce qui existe a des solides, ou à des systèmes rigides de solides articulés ?
La science tout entière, on le voit, montre que ses origines doivent être cherchées dans la pratique, puisqu'elle s'est modelée sur les exigences les plus fréquentes de cette pratique. Elle ne sau« rait donc être qu'un ensemble d'artifices destinés à seconder notre action sur les choses.
LE IMlODLÎvMi: IM \oM|!Ui; KT DE l'ÉTI- \Dl E Gl
Bergson qui, plus (pie tout autre peut-être «, a contribué à lancer ces idées dans la littérature I»hilosophi(iue, n'accepterait pas, sans réserves, le mot « artifice ». Il croit (juc la science est j»lus et mieux (|u'un arlilicc, vis-à-vis de la matière. Mais la matière n'est pas pour lui la réalité véritable. Elle est une réalité diminuée, régressive et morte. Et, vis-à-vis de la réalité véritable qui est vivante, spirituelle et créatrice, la mathématique, la science tout entière, ne peuvent plus guère avoir qu'un caractère artificiel et syndjolique. En tout cas, il reste bien que c'est pour agir sur la matière, et non pour connaître ce qui est, que l'intelligence, ce premier instrument forgé par les nécessités de Tactivité pratique vis-à-vis de la matière, a créé la mathématique.
Uuant aux disciples de Bergson, ou aux pragmatistes purs qui suivent W. James, la restriction que nous venons de faire pour Bergson peut même être écartée. Mathématique, symbole pratique, artifice pratique, sont synonymes. Ne pourrait-on concevoir, n'a-t-on pas conçu une infinité de mathématiques qui toutes pourraient aussi bien représenter les mêmes relations entre les
1. Le Daritec a fait remarquer aussi que notre niatiiL-matiquc provenait de la considération des solides. Mais c'est en un tout autre sens que Bergson, et il tire de ce fait des conséquences bien différentes, n'étant rien moins que pragmatiste.
LA riIILOSOPMIE MODERNE
choses, c'est-à-dire résoudre également certains problèmes de la pratique ?
Le {^rand postulat du pra|t;matisme : « toute proposition, tout raisonnement, qui aboutissent pratiquement au même acte, sont également vrais >», jcc postulai qui fait de la conséquence pratique la mesure de la vérité, légitimerait identiquement toute mathématique, i)rise dans cette infinité des mathémali(iues possibles.
N'est-ce pas la mathématique qui, de toutes les sciences, aie plus fortement incliné de nos jours certains esprits vers le pragmatisme et vers cette sophistique du [.ragmalisme, qu'est l'agnosticisme scientillque? C'est dans la mathématique, en effet, que nous nous sentons le plus loin du concret et du réel, le plus près du jeu arbitraire des formules, du symbole, si abstrait qu'il en paraît vide.
Le montrer était après tout de bonne guerre, puisque les rationalistes ont toujours vu dans les mathématiques le savoir par excellence, la science désintéressée qui n'existe que pour la vérité, le type de la vérité, de l'absolue vérité. Toutes les vérités, à mesure plus relatives et moins approchées, que les autres sciences s'efforcent d'exprimer mathématiquement et dont elles cherchent à faire des promotions de la mathématique, tendent vers cet ab^solu comme les planètes vers le
LE PROBLÈME DV NOMBRE ET DE l'ÉTENDLE 63
soleil. Et les pragmatistes se sont empressés d'ajouter : comme le papillon de nuit vers la lampe où il se brûlera les ailes.
§ 'i. - RATIONALISME, LOGICISME. INTELLECTUALISME.
Le rationalisme, aussi, n avait-il pas exagéré la valeur de la malhématique?Gomme il était difficile de soutenir que la mathématique était la science des propriétés directement observables de la matière, Doscartes n'avait-il pas commencé à nier la réalité de celles-ci au profit de la seule étendue? La matière se réduisait à l'étendue. Le nombre étant i\o nature spatiale S ainsi que l'a montré Bergson qui a suivi en cela l'opinion d'un très grand nombre de mathématiciens (Chasies, par exemple), les mathématiques, science de l'étendue, devenaient la science générale de la matière, et cette science pouvait se flatter d'approfondir son objet jusque en son essence dernière. Ce dogmatisme radical se donnait ainsi le droit de considérer les sciences mathématiques, en restreignant la fameuse définition que la scolastique a donnée de la vérité, comme l'adéquation de l'esprit aux
rfnl: ?' "'^'''^'^'^■'^' • ^«'«'' criUque SUT Vhypnihcse des niomes dans les sciences confrmporaines ;Paris, Aixan) : tout ce qui coiiccnic les matliématiques. ^
LA PnirOSOPFIIK MODERNE
LE pnoBLEAïr m nombre et de l étendue
choses. La gôomélrie, et inrine, grâce à la géométrie anal} tique ^ l'algèbre une fois achevées, la science de la matière l'élait aussi. Cette science n'était autre qu'une mathématique universelle.
On sait la lortune de ce système, et combien il parut étriqué, au point de vue scienlilique comme au point de vue philosophique. Leibniz, déjà, le trouvait insuffisant pour des raisons qui peut-être ne seraient aujourd'hui estimées comme valables ni à l'un ni à l'autre de ces points de vue. En tout cas, le mécanisme simpliste de Descaries, n'est plus de mise dans les sciences de la nature, même pour les mécanisles les plus convaincus. La matière est bien autrement compliquée, et l'algèbre aidée de la géométrie sont insufn>anlcs à en épuiser les propriétés. Il faut une mécanique qui superpose aux principes de la science des nombres et de l'étendue des prinri|)es nouveaux; et bien que l'on puisse croire encore que tout s'expliquera en fin de compte par la figure et le mouvement, la figure et le mouvement ont des relations si complexes, lorsqu'elles engendrent les propriétés matérielles, qu'il faut toutes les sciences physico-chimiques, à côté des sciences mathématiques, pour les connaître. Sciences nouvelles, donc
1. La grande invention de Descartes, qui permet de traduire toutes les relations géométriques par des opérations algébriques.
principes nouveaux. L'étendue rigide et homogène du géomètre est insuffisante; il y faut l'étendue mobile et hétérogène du physicien. Le mécanisme universel n'implique pas qu'il n'y ait que géométrie dans la matière. 11 peut impliquer dans les hypothèses modernes qu'il y ait en outre libération ou transformation d'énergie ou masses électriques en mouvement.
Mais nous n'avons pas besoin d'en arriver aux hypothèses d'hier ou d'anjourdhui pour établir l'insuffisance du pur géomélrisme. Dès le début du xvnr siècle, les sciences mathématiques, aussi bien celle du nombre (jue colle de retendue, ne furent [)lus consid-'rées comme capables de nous fournir de la matière une connaissance sufiisanle, bien qu'on continuât à les utiliser comme nécessaires à son étude. Aussi le rationalisme et l'intellectualisme ont-ils été forcés de se rabattre sur ce fait qu'elles sont nécessaires, tout en étant insuffisantes, pour leur conserver un objet réel et une valeur absolue. Kt pourquoi sont-elles nécessaires? — Parce qu'elles sont la science de la raison, la réfraction des lois de l'intelligence quand elle se tourne vers l'étude de la matière. C'est la part indispensable que l'esprit, quand il arrive au contact des choses, doit prendre à leur connaissance, puisque, semble-t-il,au seuil même de l'analyse de la connaissance, toute connaissance est
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LA rniiosopiiiE MonrnxE
fonclion ù la fois de l'esprit qui connaît, el de l'objet qui est connu.
L*esprit impose donc à la connaissance des principes^ ou, pour être moins i(jnéiste,des virlualilés. c'est-à-dire des directions, des tendances, selon Icsfpielles la connaissance scn» forcée de se développer, et qui impliquent, en quelipic sorte en germe, les principes premiers et fon^lanuMilaux de nos sciences. Cette théorie n'est pas sans s'ins[)irer de la théorie kantienne, où, comme on sait, les choses pour être connues ont he^^oin de se moujor, de se couler dans les « formes » de l'esjirit, si nous pouvons matérialiser le sens de ce mol pour le mieux faire entendre. Seulement, landis que, pour rintelle(!lualisme kantien, ci's formes, iinpo^/o-: [)ar la structure de linlelligence, ori,'anisenl une connaissance qui n'a de valeur (juc pour nous, pour rinlcllcctualisinc nitionali^tc modciMe, les connnix^sances nt'('o<<iirvs qirnri'-ani.>(' la laison on vertu de sa propre nature siuit bien près (rêlre d.s ("onnaissances absohies. La raison est la loi des choses aussi bien que de l'esprit. Le monde et ralioiitiol dans ses moindres parties, el e:i (b'-xc- .lopp.int les virtualités de la raison, ce sont bs pu niières assises et aussi 1»- plus solides dans Tédilice du savoir universel que développent bs sciences mathématiques. r,elles-ci foiii 'li^^ciit comme les lois-limites les plus j^'énérales, les plus
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exactes, entre lesquelles s'inséreront et sur lesquelles se greireront, à mesure, les lois naturelles plus concrètes.
Ainsi, pour le rationalisme moderne qui est la forme la plus haute de l'intellectualisme, les mathématiques sont une science du ralionncl,une pro rnol.on de la logique. Logique et mathématiques sont bien près de ne faire qu'un. Russel, Couturat Wlutehead, et beaucoup de ces matl.émaliriens qui ont cherché à faire de la lo^n^ue un calcul général d'où j.rocède la mathématique, professent ,unedoctrine fort peu éloignée de celle que résume Icelte dernière proposition. Celte conslatalion de n'ait: « toutes les sciences s'acheminent vers la forme malhématique, la science tend vers la matliématique universelle ». j.eut prendre alors une »'»P^»'lancc métaphysique considérable. Klle ne ?'.^mlio rien autre que ceci : l'univers est rationnel Jans son fond ; les lois de la raison sont les lois de Imiivcrs. Lo rationalisme doit aboutir à une vue Vlequalc de la réalilé. Ce <,ue ma raison logique ^(Iml, c'est ce que la création naturelle a réalisé ^ur reprendre la parole de Leibniz, en consif^ant que Dieu est une imaire pour dési^^ner cause de tout ce qui est: Lorsque Dieu ''calcu- le monde se crée: Dum Drus cakidaL fit
LA pniLOSoniiK MuDrr.NE
i.E mon m: MF. du nom n ni
i»r T KiENniE
Celte concepLlon toute acludl»' «l'* la i:i;illi('i:nlique ne va pas sans une relunLo profonde de la logique traditionnelle, et doit forcément s'appuyer sur les progrès récents des mathéinaliques. Il faut que ces progrès aient en quoique sorte amené les mathématiques au contact do la logique pure; et il a fallu donuer à la logique pure quelque chose de mathématique.
Ainsi, nous voilà bien aux antipodes de l'attitude pragmatique. La science du nombre et de l'étendue n'est qu'un prolongement, un développement de la pure logique. Elle déduit des principes universels, éternels et absolus de la raison, sans faire appel à quoi que ce soit d'étranger, une suite de propositions qui sont déjà moins générales, ayant je ne sais quel aspect plus concret que les lois logiques. Et ce n'est pas seulement l'arithmétique, mais la géométrie, la mécanique, mais tout ce qui peut s'exprimer mathématiquement, c'està-dire les sciences physiques qui deviennent une promotion de la logique. Les elVorls des logiciens « modem style », pour appliquer moine à la mécanique le calcul logique, montrent au moins qu'il n'y a pas hétérogénéité entre les lois [)hysicochimiques et les lois de la raison pure, la logique. Le rêve de Descartes, le rêve de Leibniz ne sont plus si loin. La carnet.'' riftHijiK' universelle pourra témoigner qu'il y a un caractère profond, wiioersrl^
dans les phénomènes et qu'ils oii' le commune nature. La raison, qui définit rhomnio, délinil aussi l'univers, homogène à l'homme.
§5.— IMPORTANCE GÉNÉRALE DU PROBLÈME DE LA QUANTITÉ : C'EST AU FOND LE PROBLÈME DE LA RAISON QU'IL POSE
On comprend alors toute l'importance du problème si particulier, au premier abord, que j'ai appelé le problème de la quantité, et pourquoi il convenait de commencer par lui dans un ex[>osé général des opinions philosophiques contemporaines. Au fond, ce problème a une extension universollo, parce qu'il est le problème de la raison, lorsqu'on l'examine dans le travail de la connaissance. Les sciences inathémati(iues ne sont pas seulement les premières dans la classi(jcalion chronologique comme dans la classification logique des sciences. Elles posciit. en ce qui concerne la philoso[)hie du jour, le problème préliminaire.
L'homme est un animal raisonnable, a dit la tradition. La science est l'œuvre de la raison, de la raison contrôlée par l'expérience, bien entendu. — II y a trois siècles qu'on ne sépare plus expérience de science. Mais a-t-on jamais séparé science de raison ? Si l'expérience est nécessaire à l'invention de la science, le mot invention indique assez,
lA niit.oynptiiE modeuxe
et le bon sens le plus gros comprend de .„i(o n, PO., çonnaare, i, ra,U ,.•,-, /., .•„:::: J' «'
-;--;o nos .•ac,„.s spiW.uenos ^n , ^'^ l" ^ti.li; cl a pouélror le rée!
0^ l'.on pour „Me O„„.uuaion direel. do a ralo, '
connailre et a"ir nio .' "»«io^s .
'ios prinol J '^^"^'^^'^ ^'"^ ^'^^^"n sur
. Pi-incipc-, spéciaux. A la vérilé il n k- <'''^'''^hô et neuf Mr^ s > ^ *^'^"
;a raison pran,p,e des principes ;::rr::; par I ,nlenne.l,,.„re de la flnali.é ù.olion essen ' omon, pratique;, c,ni est le fond du svstùme " ' ce qu. est absolument certain. cV<,' nul ccraut a d.velopp. ce point de v e' ,- s toj la piMiosophie du x,x' siècle mr „^, V '■""«"--'-'e de ne,e,. ^.::: ^r^^;^;^
et développc^e la doctrine du j.rimat de la nison pratique, puis du ],rimat de la pratique tout
court.
Klle a d'abord trouvé bon, après avoir opposé la raison théorique à la raison pratique, de mépriser ou d oublier cette raison théorique. C'était commode. La philosophie nouvelle veut les concilier C'est plus dilficile. Mais les partisans de la philoso|due nouvelle sont au moins aussi subtils que savants. La difficulté ne les décourage pas.
Il était à pou près impossible de faire dépendre diiTtoment la science do la morale, la raison thOori-iue de la raison pratique, à moins de se contoulor dalfirmations tout à fait vagues et super/iciellos
comme colle-ci: la certitudoscieutinquoestdu même ordre que la certitude morale... Croire au.v résultats de la science, c'est toujours croire. La certitude .scientifique est une foi analogue à la foi morale ou religieuse... La science s'appuie st le témoignage, tout comme la morale ou la roP- ■■'o", etc. . Délaissant ces banalités de mauvais aloi. la philosophie nouvelle remarque que l'aclivité ju-atique n'est pas seulement l'activité moraic 1 y a. à côté de celles-ci, des activités pra- "lues inférieures: l'industrie, l'action sur la ma- '"•■•0. dans la nature, et non plus l'action sur nos -oml.lablcs, dans la société. Or. la science n'est-elle pas tout entière orientée vers l'industrie /au sens
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'-^ LA nilLOSOIMIIE MODERNE
le plus large du moli? La science n'est donc que le guide de Tactivilé j)ralique matérielle, si Ton peut dire; et celle-ci étant, mal^^TÔ ses dill'érences avec lactivilé prali(iue morale ou spirituelle, un genre d'activité pratique, la solution est toute trouvée : c'est la même activité fondamentale qui crée la morale et la religion pour les choses d'ordre spirituel, les sciences, pour les choses d'ordre matériel. La raison théorique est bien fille de la raison pratique; elle a sa place, son rôle, son domaine légitimes à côté du monde moral, bien qu'elle en dérive, et qu'elle soit — pour quelques-uns — d'une essence moins haute.
Les mathématiques, et la logique qui leur reste intimement liée, qui les sous-tend comme le veulent les spéculations les plus récentes, les mathémali(]ues, inventions primordiales de cette raison théori<|ue, sont donc, elles aussi, filles de la pratique. Elles sont les pn^nior* symboles et les plus généraux qui nous pernicUent de ranimer la nature — du moins ce (|ui dans la nature intéresse nos besoins — sous notre pouvoir. Elles constituent un langage commode jmur nous entendre universellement quand la pratique l'exitre et pour découper nos zones d'influence dans la nature : à peu près comme le langage chiiïré des diplomates permet une action concertée, et le succès d'une intrigue.
LE PROBLKME Df XOMBRE ET DE l'ÉTENDIF 73
Et le problème de la raison, de la logique, amené fatalement par l'examen du problème de la quantité, se pose alors à peu près en ces termes :
La raison n'est-elle qu^un symbolisme utilitaire à travers lequel nous cherchons à voir les choses pour les mieux discerner lorsque nos besoins nous amènent à leur contact, l'artifice Mipréme d'un être qui, ne j)ouvant connaître les secrets de son adversaire veut ruser avec lui ? Estelle, au contraire, l'étincelle divine dérobée aux dieux par IVométhée et qui nous fait participer à leur omniscience?
II ne faut pas s'attendre à pouvoir trancher d'une façon décisive un débat philosophique : d'abord parce qu'il est philosophique, — tout ce qui est philosophique reste du domaine de l'hypothèse; —• ensuite parce que la prétention serait outrecuidante d'apporter une solution là oii tant d'éminents esprits continuent à se contredire. Aussi bien n'est-ce pas le but que l'on se propose ici. Le << Prenez mon ours » est peu de mise dans un travail de pure exposition et de synthèse. A chacun de réfléchir sur ce qui est exposé, de confronter les raisons et les objections et d'écouter ses secrètes tendances. C'est pourquoi je me bornerai à noter rapidement quel(]ues-unes des réflexions pnncipales que me suggère et que peut suggérer, semble-t-il, à toute personne de bonne foi et de
LA i»iiiLosoi'iiiL M«nti;n\E
bon sens, l'examen des opinions en présence et celui (les faits sur lesquels elles roulent.
Il est d'abord inconlosfablo que la raison, si désintéressée qu'elle suit, a une fonction utilitaire. Los savants no sont ni des mandarins, ni des diletianles. Et le pnigni'itisnio n'a pas tort démontrer l'uliliti' de la raison, son éminonle utilité. Seulement a-t-il lo droit «l'anirnior qu'elle n'a (lu'une fonction utilitaire? Les rationalistes ne peuvent-ils pas très plausiblcniont ré()oiidre que l'utilité do la raison vient do ce que, on déduisant propositions de propo:?iLions, dl»' déduit aussi les unes des autres des relations outre les faits naturels. Lllc nous permet ainsi d'a^nr sur ces faits, non que là soit son but, mais par voie de conséquence. La logique et la science de la quantité faites par rcsprii, lorsqu'il analyse simplcuH'iit les relations qu'il conçoit, mordent sur les choses, parce que les relations quantitatives sont les lois des choses comme de l'esprit. Si savoir c'est pouvoir, ce n'est pas, au sens pragmatiste, parce que la science a été créée par et pour nos besoins [)ratiquos, notre raison no valant (juo par -on utiliti' ; mais c'est parce que notre raison, on apprenant à connaître les choses, nous donne les moyens d'agir sur elle.
Pourtant il est bi/.arroqno si notre raison lournit la loi i\('< choses, tant <!•' conséquences détluites par los niathématiquos ol la logique elle-même,
i.E pROULi-ME nr \0AiRiu: n nr r i-tf-ndte
ne se trouvent jamais réalisées dans les choses. Sans aller jusqu'à dire, comme certains pragmatistes, que les choses peuvent contredire la raison, que presque toutes les vérités d'ordre expérimentaient commencé par nous paraître absurdes, il est certain que la raison logique et la science mathématique qui est, sinon sa continuation directe, au moins la science la plus rigoureusement logique, ne paraisscnl nullement cooxtensives au réel. D'un côté, celui-ci les déborde par Timprévisible; do l'autre, il est dépassé par elles de tonte la dislance qui lo sé|>are du nombre infini des possibles. Gimiment une telle puissance de possibilités,une telle création de rapports virtuels pourraient-elles bien être considérées comme une science du réel, et surtout, si le rationalisme se souvient un peu truj> de ses origines cartésiennes, comme la science du réel?