‹ La philosophie moderne [microform]Chapitre 22 sur 87 · DE LA METHODE ET DES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES · texte numérisé non relu

DE LA METHODE ET DES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES

1° Toute science semble débuter par une description (|u.'ililative, vai^Mie et grossière, mais qui va en se précisant et s'aflirniant.

2° On relève des analogies qualitatives entre les faits étudiés et l'on établit des rapports qualitatifs de coexistence : qu'on se souvienne de l'époque où la pliysiijue classait les éléments, de l'époque bien plus voisine où zoologie, botanique, minéralogie se bornaient à des classifications méthodiques.

Ces deux premières étapes constituent la phase descriptive de la méthode scientilique. Maintenant va commencer la phase explicative.

3° L'explication est d'abord, elle aussi, qualitative; on établit des ra[)ports qualitatifs de causalité, qui sont simplement la constatation (piaiitative d'une succession constante. Mais on ne sait \ms encore donner l'expression précise de ce rapport, c'est-à-dire le mesurer (ceci est encore fréquent dans les sciences biologiques^

4" Petit à petit, on arrivo .i appré'cier exactcnicMit ces rapports de coexi?îtence et de succession (ce sont surtout ceux-là qui importent), grâce à une

analyse abstractive poussée très loin. J'insiste sur ce que le mot « abstractif » n'a rien de comparable ici à l'abstraction scolastique et verbale. C'est une abstraction concrète en ce sens qu'elle décompose une réalité donnée (cette réalité est toujours, au fond, un rapport complexe) en ses éléments (c'està-dire en rapports plus simples, ou mieux, plus précis).

A celte phase, la science devient exacte, mathématique. Elle peut ordonner logiquement ses résultats, en les reconstruisant par une complication méthodique.

Si ceci est conforme à la vérité historique, délinir les mathématiques, la science de la mesure, n'est pas très correct, car toute science est science de la mesure, ('omme l'a dit Le Danlec : « // n>/ a de science que du nusuruhle ». Los mathémaliques ont d'abord été la science de certaines mesures, ou la mesure de certaines relations, et ce n'est ([u'ensuite, l'abstraction et la généralisation aidant, qu'elles ont pu se développer comme une science purement formelle des relations métriques. La difliculté que les Grecs, ces logiciens et ces abstracteurs à outrance pourtant, ont eu à séparer le nombre des considérations géométriques, aurait tout l'air de conliiiner cette vue: la mathématique lut, avant d'être la science du nombre et de la mesure, la science des relations de situation

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(et d'onire par const-qucnt). un calcul Irôs nialôriel, un système métrique très grossier.

5° Le l'ait qu'elle est devenue la science de la mesure, et qu'elle fournil aujourd'hui, par ses drvclo[»pements les plus arbitraires, les [>lus im;if:inaires, ou plulùl les plus con'rophK'ls, des rolntions m('triques qui s'adapleni à l'expression tic ra[»porls réels très complexes, et d'une inlinité d'autres, tout aussi com[>lexes, mais que nous n'avons encore jamais rencontrés dans le réel, ce fait mérite d'attirer l'allcidion car il maniue une cinquième étape dans l'évolution scienlilique: celle où une science fournit une tecliniciue et devient un (irt.

Dès qu'une science connaît quelques relations réelles, elle peut permettre d'invenler, à l'aide de ces relations, et sur leurs modèles, mais d'une façon à la fois plus simpliste, plus abstraite, des dis[)osilifs (jue nous adaptons à nos besoins. Cette conséquence pnujmatKjuc de la science et (jui la fait servir à notre utilité, est d'une importance humaine colossale. Jadis trop dédaij^niée par l'intellectualisme, elle a aujourd'hui attiré pres([ue toute l'attention, grâce au paradoxe pragmatiste. Mais Poincaréa vu bien plus juste, semble-t-il, en montrant que ce paradoxe n'était (ju'une équivoque : quelle que soit l'importance de la technique fournie par toute science assez avancée, cette techniiiue

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n'est qu'une conséquence des vérités que la pui-e science a conquises. Et si la science se déveioiq.e ensuite grâce à sa commodité matérielle, il ne faut pas oublier (,ue cest j.ar sa commodité intellectuelle et pour la satisfacti.ui désintéressée de la raison qui veut connaître les clioses. qu'elle s'est â l'origine d.'.i^agée d'un empirisme grossier afin de constituer la véritable science. Elle nous fait d'abord connaître la réalité avant de nous permettre d'agir sur elle. Et il faut qu'elle nous la fasse connaître dWnnrf pour nous permettre d agir ensuite.

Ainsi, l'esprit en développant des notions découvertes primilivenKMit à l'occasion de l'expérience et dans l'expérience, a im organiser logiquement un ccrtan, nombre de connaissances en posant des principes et en développant leurs conséquences. Mais ce développement a dépassé, à mesure, grâce â la fécondité naturelle de l'esprit aiguillonnée par les nécessités pratiques, le réel d'où il sortait. L'esprit a inventé une technique scientifKjue, un art rationnel. Pour les mathématiques, c'est l'ensomble des procédés de mesnie: toutes les formes ],ussibles de mesure se déduisent logiquement des premiers principes des mathém.iliqiies. parce que ces principes étaient, au fon.l. les principes mômes de toute mesure, découverts par l'esprit, dans les efforts suscités par quelques mesures réelles.

LA PHILOSOPFHE MODERNE

Mesure ne signifiant rien autre que Texpression d'un rapport, les matliéinaliques fournissent une série indéfinie do radros, de formes qui se prêtent à exprime! exacleuienl et précisément toute:- . > relations possibles des choses. Parla s'expliq«io. du même coup, que tontes les sciences (jui n'ont jamais d'autre but qu'établir el formuler des relations d'une façon exacte et précise, soient tributaires des mathématiques et visent à leur emprunter les formes nécessaires où couler letir contenu. Les mathématiques sont devenues instrument et méthode pour d'autres recherches scientili(}ues plus complexes anxquelles leurs [)rincipes et les connaissances qu'elles nous apportent se trouvent sorvir d'appui.

Fit il ne faut pas croire que le cycle s'arrête Ij. A leur tour ces sciences, au secours desijuelles sont venues les mathématiques, fourniront un instrument, une technique à des recherches encore plus complexes el créeront des arts, c'est-à-dire une série de dispositifs inventés par l'esprit el non réalisés spontanément dans la nature. Parmi tous CCS dispositifs possibles, certains s'adapteront très bien à représenter des relations acquises par •i'uutres sciences, et à nous les faire comprendre, c'est-tà-dire à nous en donner l'expérience précise que nous appelons mesure : ainsi la mécanicpic générale pour les sciences physico-chimiques, les

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sciences physico-chimiques pour la biologie, celleci pour la psychologie, etc. Et toujours les principes de la science dominante serviront de point d'appui à la science consécutive. Les recherches de cette dernière apparaîtront comme un morceau du possible que la raison a le droit de déduire de la science dominante.

Il résulte de ceci: 1° que chaque science tend, à mesure qu'elle progresse, à apparaître de plus en plus comme la promotion d'une autre science plus avancée ; 2** qu'elle ne peut se constituer elle-même véritablement comme science que si celte autre science est déjà suffisamment avancée, et qu'elle ne continuera à progresser que si l'autre continue à progresser : de là ce fait d'expérience historique que Tordre chronologi(]ue d'apparition des sciences, et l'ordre de leur complication, est aussi leur ordre logique de classification, comme l'a vu Aug. Comte; 3° que les sciences se distinguent les unes des autres non en formant des coiuparlinicnls séparés, mais en venant conijdiipierles relations (ce que, dans un langage (jualilatif grossier, on ai)[)elle les propriétés) qu'envisageait la science précédente. Elles en sont comme un développement particulier et spécifique. Celte spécificité distingue la science considérée de celle qu'elle continue, car, aux principes posés par la première, et qu'elle est obligée d'accepter, elle en ajoute de nouveaux qui lui sont propres.

T \ pniio«:orniF moderne

Ain=i Tonsomble des sciences f(»rmo comme lescliapilre> Mi(c.-^«>ir< .l'un miNrage l)i«Ti onloiiiu''. Et c'est en ce sens que celle expression : /" Sm .>■ . n'est pas un mot. riiais une réalilé, un organisme vivant, malgré la dilTiMMMiciafion de ses organes, qui sont, comme daii- l<'iil organisme, liiérarrhiquement suhordunm'S.

Si cluKjue fait cml)rasse l'infini, comme Ta dit Leibniz, et comm»' la réllt'xion la plus vulgaire sur l'expérience semble le montrer, la Science est une comme le réel.

5 '.) - LES IDÉES DE MACH i, LA RAISON ET L'ADAPTATION

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