‹ La philosophie moderne [microform]Chapitre 39 sur 87 · I-E PnODLKME DE LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

I-E PnODLKME DE LA MATIÈRE

Pl.ys.que, du moins tous les fondements de la venté physique. Il ne s'agissait plus que de tirer ''-< Prmc.pes qu'il avait placés à la base de la nKxunique toutes leurs conséquences. L'expérience qui nous les révélerait pou à peu, laisserait du inoms intacts ces principes. Elle ne ferait que ren- <I- manifestes a nos yeux des elTets parti-uliors que notre esprit, s'il élait omniscient, aurait pu immé- ;^^.atement déduire des lois posées par Galilée et >ewlon, et forn.ulées dans toute leur perfection par Lagrange. En résu iné nous connaissions dans les principes delà mécanique rationnelle les conditions nécessaires et suffisantes de toute explication phy-

•s.que; et dès l'abord nous tenions les fondements immuables de toute explication scientifique

A-'Jourd'hui. il ne reste rien et il ne doit rien rester de cette conception. On est exactement à ses antipodes. Tous les physiciens sont prêts à reviser i^- r^nncipes fondamentaux de la science, ou à J"-^-. leur application, chaque fois que de nonvoiles expériences viendront en fournir les motifs iiécossaires.

I ' n.clhode exporimontale consiste à s'élever ' • '••"ts parliculiors aux lois gdn.^rales, et de '■ l'«s-c. à des lois plus générales encore, en •Jl'l'rorondissan. sans cesse par celle marche a^cen- ■'"""la n,-,l,nv du donné. Elle ne dédnit les lois l"ucul-.ères des lois générales dans ses théories

LA rilILOSOPHIE MODEUNE

systémalisalrices qu'à mesure qu'elle .encontre ces lois générales sur son chemin ; et elle les rencontre au moyen d'expériences particulières et d hypothèses dont elle a demandé la vérification à ces

expériences.

Mais faut-il en conclure que, par cela mômc, les physiciens abandonnent l'espoir d'atteindre d.-s principes fondamentaux et les éléments de plus en plus profonds par lesquels sera exphquée e comprise une partie toujours plus vaste du donné Pour être opposée à l'erreur des anciens mécanistes, celte conclusion n'en serait pas moms une erreuraussi dangereuse. L'esprit actueldes sc.ences physico-chimiques, l'esprit scientilique moderne ne consiste pas à reculer devant l'inconnu. H avance, toujours plus hardiment, à sa conquête mais avec une méthode louours plus sure. La stabilité des principes de la physique ne sera assurée qu'à la fin de la lâche. C'est pourquoi nonassistons et assisterons encore à tant de bouleversements apportés dans les idées anciennes, ou dans les idée, à venir, par des découvertes imprévues qui sont venues OU viendront éclairer la route. Mettre en doute les principes de la conservation de (amasse ou de la matière pondérable n'effraie plus, comme on l'a vu. les physiciens d'avant-garde.

La vérité n'est pas faite ; elle se fait chaque j.^ir davantage. Voilà la conclusion qu'il faut sans cesse

LE PROBLKMF DE L.\ MATIÈRE

rempoter. Chaque jour notre esprit s'adapte d'une faron plus (Hroite, grâce au travail scientifique, à son objet, et le pénètre pins profondément. Les affirmations que nous avons cru pouvoir apporter à la fin de l'élude des sciences mathématiques, se présentent eïicore ici d'une façon f>resque nécessaire, et au moins très nalurellc. Le progrès scientifique élablil à chaque instant entre les choses et nous une correspondance à la fois plus étroite et plus profonde. Nous saisissons nieux et davantage. Et toujours nous voyons (lu'un résultat établi par l'expérience scientifique, t 'est-à-dire miHhodiqueme.it conduit, peut bien, à la lumière de nouveaux résultats, ne plus avoir le même degré d'importance, mais subsiste néanmoins en lui-même, intact et indélébile, éternel, comme la vérité, parce qu'il est une vérité. Bien osé, et contredit d'avance par tout ce que nous révèle l'histoire de la science, celui qui prétendrait que cet efl'ort est stérile, ou qu'il no sera jamais «ju'élroitement limité.

La discussion entre énervé listes et mécanistes, discussion souvent très vive, surtout du côté des (•nergélistes, n'est, à la bien prendre, qu'un moment du progrès des sciences physico-chimiques, et un moment nécessaire. Bien loin de briser l'unité de développement que tous les historiens ont remarqué dans ces dernières, elle semble

LA prnro<;nrnTF moderne

plutôt y avoir sa placo naturelle, comme les anrionnos discussions enlnH:arlésions et alomistcs, entre Cartrsiens et Newtoniens ou Leihniliens, entre cinétistes et dynamisles. Et de m«'me que les anciennes discussions th.'.. ri, |iies, le heurt entre les deux -randes théories contemporaines ou mieux, leur développement parallèle, a plul.Jt eu des résultats féconds. Il a servi la marche en avant de la science.

D'abord rénergéti.pi.' n mis en f?arde contre certains ahus des mnd.'>!e« mécaniques contre la tentation de [uvndro ce< modèles pour des réalités objectives. Elle a erniiiie approfondi la thermodynamique et bien montré la portée universelle de ses lois fondamentales, qui au lieu de rester confinées dans les étiides relatives à la chaleur, ont une applicnli..n légitime et nécessaire dans toute Iclendue des sciences physico-chimiquos. Tout en élar-issant la portée de ces lois, l'éner-étique a . .nitribué pnis>anim( nt à préciser leur formnIP. Il y a pins : si T-i, ..-.Hique s'est montrée moins Itconde que le mécanisme au point de vu.de la découverte, elle apf.arait toujours pourtant comme un remanpiahh» instrument d'exposiliot]. sobre, élégant et lo-ique. Knliu, et ceci est surlou! NiMble chez les chimistes, comme Van t'IIotl', V.m der Waals et Nernst, mais se rencontre aus^. et de jdus en plus, chez les f.hysiciens, on accepic

LE PHOULÈME DE LA MATIL;I{E

volontiers les deux théories, en choisissant, dans chaque cas, celle qui se prête le mieux à son étude. Un les emploie concurremment; on part des équations générales de la mécanique, ou des équations générales de la thermodynamique, selon que la march.' ainsi suivie paraît plus simple ou plus heureuse. C'est que les théories physiques sont essentiellement des hypothèses, des instruments derorherche .( 'IVvposition ou d'organisation. Elles >onl dos iormes, des cadres que doivent remplir les résultats de l'expérience. Et ces derniers seuls cousliluent le véritable, le réel contenu des sciences physiques.

Ce sont ceux-là sur lesquels s'accordent tous les pliysiciens, et leur quantité sans cesse croissante sans cesse plus harmonique, plus concordante' ninrqne bien les progrès de la physique, son unité' •l sa j.érennité. Ils sont la pierre de touche des »li"or,es. des hypothèses qui ont servi à les découvrir et qui s'eiTorcent de les organiser, e;. respec '••-' '-n- affinités réelles, en reproduisant d'aussi i'H-^ que possible Tordre de la nature. Et ces tl^eones, bien qu'elles soient toujours hypolhc- ''M"es, et que, par suite, elles perdent toujours Ique chose - et quelquefois beaucoup - "''-'sure que l'expérience nous apporte des déco^,- ^•'ites nouvelles, ne meurent cependant jamais complètement. Elles s'intègrent en se transfor-

LA PHILOSOPHIE MODERXE

mant dans des théories nouvelles plus compréhensives et plus adéquales. Il en a été ainsi de la théorie cartésienne of <\o la théorie atomique, et de celles-ci avec la théuric newlonienne. Il paraît bien qu'il va en être de même de l'énergétique et de l'ancien mécanisme. Les hypothèses cinétiques contemporaines ne préparent-elles pas cette intégration et celte conciliation ?

« Le chroniqueur doit enregistrer le fait que la plupart des résultats modernes, dans le domaine de la chimie physique, ont élé acquis par une heureuse combinaison (U^r^ inélhodes thermodynamiques avec les considérations théoriques moléculaires, de même qu'aussi les créateurs de la théorie moderne de la chaleur ont consacré en mémo temps le meilleur de leurs forces au développement de TAtomistique, en particulier, de la théorie cinétique.

« ... Nous devons regarder comme un résultat avancé de cette dernière le transfert de l'Atomistique à la science électrique... L'Atomistique. par ce merveilleux élargissem.'tit de son horizon, a placé nombre dejn-ocessu.- j.liysiqnes et chimiques dans une lumière toute nouvelle..." ».

1. \V. lNernst, lievuc yv/iérule des Hcicnccb, 10 mars [\)0i>.

LE PROBLÊME DE LA MATIÈRE

§ 8. - RÉSUWÉ ET CONCLUCIONS

Si l'inconnu estimmense, 1 serait donc mal venu mamtenant de l'appeler, comme on le faisait couramment, il y a quelques années, un inconnaissable.

Les échecs répétés et irrémédiables des tentatives métaphysiques avaient amené la physique à se constituer comme science en éliminant résolument io problème de la matière. Elle ne chercha plus que les lois des phénomènes particuliers. Ce fut "ne (. physique sans matière ». Mais les succès ^•rn.ssants, dus à celte nouvelle métfiode. semblent nous permettre d'aflirmer aujourd'hui, contre un positivisme trop étroit, tel que celui d'Auguste Comte, qu'elle n'a changé que la méthode et non I objet et la portée de la physique. Au lieu d'aborder la question de la matière dans toute sa généralité et par les côtés les plus difficiles et les plus profonds, elle l'aborda, au contraire, par les détails superficiels et par les côtés les plus faciles à attein- ^Ire. Ce fut la substitution du bon sens à l'orgueil téméraire. Le bon sens a élé récompensé, puisque anjoura'hui nous commençons à atteindre, à la ^uite de tant de travaux d'approche, le problème dans toute sa généralité et dans toute sa profondeur.

I,V l'Ull '»:-ol'HlE MODERNE

Umlormcment à rhi-toiro inlassablement rt3|)élée parrospril humain, dopais qu'il s'ciïorco de cunnaîlre les choses, la science vient d'enlever du monde des chimères métaphysiciues un nouvel objrl délude. La nature de la mali-re n'est plus un problème métaphysique, parce qu'il devient un problème d'ordre ex[)érimental et posilii\ Certes, ce problème n'est pas scientillquement résolu ; il peut donner lieu encnro n bion des surprises; mais une chose peut pamilrc dc&urmais acipiisc : ce n'est pas la mélaphysique, c'est la science qui le résoudra.

Je crois, du reste, et j'ai essayé de mnntnT ailleurs que les re[>résentations cinétiques aciunt toujours inlimement liées au progrès de la physi(pio, parce (pfelles ref»résentent un instrumoni éminemment ntil<\ mihmi indispensable, pour la découverte, et quelles sont mieux adaptées aii\ conditions de notn* connaissance. C'est pourquoi je vni< l'avenir delà j.!ivsi(jue dans la continuaiion dcb iiiuories m. . ani<l<>. I . e>L p(>ui<|U(»i encore j'ai dit tout à rheureque vraisemblablement la théorie énergétique serait absorbée, de même que l'ancien mécanisme, dans un eiiiélisme plus souj»le et plus sévère au poml <l • vue •!.' l'admission de Thypothèse. Mais les hy|)ollièses méeanistes, malgré la répugnance ipi'ont i)our elles les esprits abstraits, trop épris de rigueur malhémali'iue, resteroul.

LE Pnoni.lhlE DE LA MVnÈlXE

vraisemblablement toujours nécessaires aux nro grès de la physique, parce qu'elles .,hI dc-s hypo- Hisses, alors que la théone énergéliqne a pour '>'" -^i'IiCite 1 exclusion de rhypolhèse. Oui plus -1^ rr sont des hyi,olhôsesqui se présenle^U avant tout comme suscej»tibles de <levenir objet d'expé-

nence. de vérification expenmentale, parce qu'elles -.ni cn.Mues en termes objeclifs, en termes de

{•'•'•'•'Tbons, sinon réelles, au moins possible. (>

la science ne peul pas se passer dhypolhè>esdirectnces.

Il r,s„),e de ces con.i.léra.ions une nouvelle

.m;il„„le et une nouvelle coneeption de b philosol'Ine : elle ne peu. plus ignorer la science, ou se

'""s.dérer comme indépendante d'elle, elle doit ■" ' ""Innro. prendre comme point de départ de' '■'•.dierehes les résultats do la science

iJe même que i-hypo,hèse scientifique est une "-P.-.l.o„ de ievpérience, le système philoso-

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