e défaut scienlifi(iuc de cette théorie était
comme on le voit, l'impossibilité delà vérifier par ''J^pericnce. Cha([ue fois que l'observalion sap-
l'iiquait à des êtres i)arliculiers, ne voyait-on pas
LE PROBLEME DE LA VIE
des faits manifestes de désharmonie, d'inadapi... lion et d'insuflisance ?
La science était donc peu à peu amenée à exclure une idée aussi générale, auss'* éloignée de toute expérience possible, que l'harmonie universelle. Mais elle ne consentit pas à abandonner d( suite celte idéo de linalité. Elle paraît si nalurelu quand on considère un être vivant! Ne semble-t-i pas qu'on voie directement chaque organe accomplir une mission et l'activité vivante poursuivre toujours des diroclions, <les fins déterminées? Aussi, en abandonnant rharrnonie universelle qui rappelle tout à fait la mani»Te des mélaphysiciens et des anciens philosophes, en bornant leur ambition à étudier chaque être vivant et chaque nh^ nomène par lequel se manilesle la vie, en euxmêmes et pour eux-mêmes, les savants, la plupart des savants, firent encore au finalisme sa part, mais ils l'entendirent d'une manière assez dilîérente. Ils ne cherchèrent de finalité que dans l'être lui-même, dans sa constituJ'Oa:, sa structure, r^es fonctions individuollos ot non plus dans l'ensembl.et l'adaptation récipi u.iue de tous les êtres les un^ par rapport aux autres. Do même que Torizanisme transportait en quelque sorte le vitalism — ainsi qu'on le lui a reproché bien souvent de l'être tout entier à ses éléments, à ses organ. oris chacun isolément, de même la doctrine de h
finalité interne transporta le finalisme de l'ensemble de la nature, à chaque organisme individuel, pris isolément, et même parfois à chaque fonction de cet organisme.
Claude Bernard ', par exemple, qui avait vu que la méthode expérimentale doit être appliquée daiiS toute sa rigueur aux sciences biologiciues. croit pourtant qu'il faut laireune place à ce qu'il appelle Vidée directrice dans l'explication des phénomènes biologiques. Ceux-ci se grouperaient selon un cerlain plan dans tout être vivant et seraient, dans une certaine mesure, subordonnés à ce plan. C'est le rajeunissement de la théorie de Kant-,
Ce dernier pensait, lui aussi, que la science ne devait pas faire appel à des considérations de finalité. Pourtant il admettait que, dans les phénomènes trop complexes pour que l'on pût suivre isolément les différentes séries de relations causales, qui interviennent dans la production du phénomène final, on ne pouvait [ias éviter de recourir au principe de finalité; c'était un guide nécessaire.
Les phénomènes de la vie étant les plus complexes de tous les phénomènes, se trouvaient forcément réclamer ce recours. Et Kant, de montrer <iu'ils admettent effectivement une finalité interne,
1. introduction à la Médecine expèrimenfaic. rifique du jwjement.
iS2
t\ MlILOSOl'IIIE MODEn\F
laquelle impose une direction convergente aux élrnicnls d'un même tout. C'est dans l'intérieur dH;i chose considérée qur nous trouvons une finalité • il v a une action réciproque mire le tout et ses partie. SI bien que les parties ne peuvent cxisterque d?nsleurs rapports avec le to„|. L'être vivant a la pro- ])nété d'être à la fois cause et efTet des éléments qui le constituent. S'il n'existe que par ces éléments, les éléments à leur tour n'existent que par la vie du tout (exemple : les leuilles concourent à assurer la vie d'un arbre, mais c'est la vie de l'arbre qui juuduit ces feuilles). Autrement dit - l'idée du tout détermine l'existence des na,lies ».
Sans entrer autrement dans le détail de ces sys tèmes ne suffit-il pas. pour les caractériser tous dans leur nature essentielle, de remanfuer .p,. pour eux la vie est un principe spécifique original irréductible, a.iv forces mécaniques et aux phénomènes physieo-ehin.iques? Les lois mc'.caniques ei physico-chimiques seraient par suite insuffisante, à établir la science de la vie.
LE PROBLÈAIE DE I.A VIE
. - - LZ NÉO-VITALISME.
U théorie actuelle qui se préseule comme l'héritière naturelle des doctrines de la spécificité de la
vie rallie encore un assez grand nombre de savants et la majorité des philosophes.
Du finalisme. elle retient surtout ceci : la vie est l'utilisation des éléments que lui fournit la matière. Lodge «insistera pari icu fièrement sur ce fait que la vie, sans modifier en rien les lois de la matière, ni la quantité de matière ou d'énergie, dans les pîiéliomeues organiques, coordonne les éléments matériels et les organise en leur dcmnant une direclion particulière.
Bergson '^ dira, à un tout autre point de vue, que la vie s'insère, s'insinue dans les phénomènes ma- Icnels en adoptant leurs lois et leurs manières d'être, mais en même temps en les détournant, en les déviant de la loi fatale et mécanique qu'ils suivraient sans elle. La vie les utilise pour son but particulier : se conserver elle-même tout en s'adaptant do mieux en mieux aux circonstances exténoures, c'est-à-dire tout en progressant.
I>«' même, des naturalistes comme Reinke •< et l^riesch' soutiendront que les phénomènes de la vie laissent transparaître des forces directrices •"" viennent se superposer aux forces physico-
I La vie et ta Malièvc, passlm ^i a.i>, Aixan). •' ''I-yoluUoncrénfricc, passitn f Paris Aicw)*
'. Uic oruanischen Régula/ îoncn, Leipzig. 1001 : /),,. viïa ('-''nus als gcschichtc und a's lA-hre, Lnipzig, liKjj.
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TA rilir ns<U'IIlE MODEnXE
LE PROBLEME DE LA VIE
chimiques : les dominantes et les enléldchies. Afin de débarrasser ces éléments d'une nuance par tro[. métaphysique, ils les insèrent en quehfue sorte dans la trame physico-chimique qui les sous-tend. Ils donnent une importance particulière à certains phénomènes et à certains éléments par rapport aux autres. Par suite, ils établissent entrr les phénomènes <pii concourent à former un èfro vivant, une subordination, une organisation qui >♦> traduisent on fin de compte par une évolution orientée vers certains buts caractéristiques de la vie.
D'autres savants, Bohr et Hendenhain, trouvent parmi les phénomènes biologiijues des qualilôspécifiques, des formes et des modes d'exécution inconnus dans les phénomènes purement matériels. Par exemple, dans les échanges gazeux qui s'accomplissent au milieu des poumons entre l'^iir et le sang, la membrane qui sépare le gaz du liquide ne se comporterait pas comme une membrane matérielle. 11 n'y aurait pas une simpl.» dilTusion s'opérant suivant les lois de la physique, mais une véritable sécrétion obéissant à des lois [diysiologiques spéciales.
Seulement, du finalisme, tous les antimécanistes repoussent à peu près celte idée qu'il faut dans les explications biologicpies faire entrer l'idée d'un plan général de la nature préétabli d'une façon
intelligente. Ils répugnent également à admcUivj .jue l'être vivant est, ou a été, intelligemment conscient d3 l'adaptation qui doit assurer sa vie. Si l'on retient quelque chose du finalisme, c'est donc une idée de finalité inconsciente. Elle est débarrassée de toute conception anthropomorphique <]ui assimilerait les actes de la vie aux actes de la volonté humaine. Elle ne ressemble en aucune façon à l'activité de l'artisan qui emploie son outil pour réaliser un but intelligemment conçu.
C'est plutôt création toute spontanée, par suite toujours fortuite et dans une certaine mesure aveugle. La multiplicité de ces créations permet seule de lire dans leur ensemble une évolution progressive. Les avatars s'éliminent peu à peu ; subsistent seules les créations heureuses.
Aussi ce finalisme est-il plutôt en somme un vitalisme qui marque énergiquement les limites du mécanisme physico-chimique et, sinon une dilTérence absolue entre la matière et la vie, au moins une dilTérence absolue entre ce que peut expliquer la mécanique physico-chimique et les phénomènes de la vie.
La seule divergence importante qu'on puisse remarquer dans les théories néo-vitalistes actuelles, c'est que les unes (Bergson, Lodge, Reinke) croient que le monde vital n'a pas d'analogie dans le monde matériel pur. caractérisé par son inertie et
i\ PHILOSOPHIE IIODERXE
expliqué entiôroment par la mécanique, la nhv- -que et ,a chimie; tan,iis que les autres (noothomistes) croient que ces dernières sciences n expliquent que certains aspects superficiels do la matière et que celle-ci dans son fond nécessite d^'jà pour être comprise des principes auxquels ia vie ne , ait que donner une place beaucoup plus considérable et une évid.nce parli.ulièro
Ce néo-vitalisme a encore une très grande importance parce qu'il s'appuie au mob.s ei apparence sur des laiK ... non sur Iinlerprélation n-iaphysi>eMl se recommande de la mé^^ expérimentale et non de la dialectique. Mais sa esistance et sa vitalité n'ont pas pu Pemp^che
cle rétrograder. Nous avons vu tout à l'heure ^ y avait un finalisme grossier dont on ne parlait plu.. Nous allons voir maintenant qu'il y a toute une catégorie de phénomènes physiologiques que vitahsme abandonne au mécanisme. I>. Vision ' qui revient jusqu'à l'aristotélisme thomiste, accord dera très bien que seule la biologie physicoch.m.que et mécaniste permet de décomposer en ses éléments la courbe de la vie, car elle est h méthode analytique par excellence. Elle démonv
au moms très bien les rouages, si elle est impui^ santé a les remonter. A un autre bout de !.
1. La Notion de force, in Causories sciontifiquesdela Sorû> xoologiquedo France, Paris, annoe 1900, n» 7^"^"''^'^" ^'"^'^^
LE pnonri:ME nr i a vie
chaîne Bergson, qui veut dépasser à la fois le mécanisme et le finalisme dans une théorie plus compréhensive et plus profonde, bien plus voisine d'ailleurs du finalisme (jue du mécanisme, arrive à des conclusions du môme ordre, mais d'une autre envergure. H se sert constamment contre les continuateurs du finalisme classique, fort amendé du reste, des arguments mécanisles. pour lui aussi la méthode physico-chimique est une excellente méthode analytique. El comme toute vie suppose matière, elle excelle encore dans l'explication de ce qui est condition matérielle de la vie. Enfin Driesch et Ilcinkc, comme jadis Claude Bernard, sont absolument i)arlisans de poîicîiîpr aussi loin (fuc possible la description iiicuanique et physico-chimique de la vie. Seulement, si loin qu'on la pousse, ils prétendent qu'on trouvera toujours une limite, une barrière, infranchissable pour qui veut rester l'observateur scrupuleux de l'expérience et du monde tel qu'il est donné en fait. Ils proclameront, Reinke en particulier, le divorce absolu des mouvements physicot liimiques et des forces organisatrices de la vie. Le premier grand trait du vitalisme actuel c'est donc de n'être pas un vitalisme intégral, mais tladmettre avec le mécanisme certaines compromissions. Elles nous apparaissent tout de suite livs graves, car le néo-vitalisme professe qu'il faut
LA niII.OSOIMIIE MODERNE
»ousser les applications de la méthode pliysic.' .\nmique aussi loin qu'il est possible, toujour? plus loin par conséquent. Ceci nous fait immédiatement comprendre pourquoi, sur le terrain des faits scicnlilifiues. le mécanisme semble constamment faire rélrogradcr et elfectivement fait rétrograder le vitalisme. C'est la conséquence même du point de vue vilaliste, tel qu'il se formule de nos jours.
Mais n'oublions pas, si nous restons placés à ce point de vue, qu'en poussant toujours plus loin r{X()licalion mécanisle, il doit arriver, d'après les vitalisles, un moment où il faudra nécessairement s'arrêter. Si nous parvenions à déterminer c^^ moment, nous aurions déterminé du même coup et assez exactement la formule générale du néovitalismr.
Bien entendu il ne s'agit pas de dire dans cha^jnc ordre de faits botaniques ou zoologiques, physiologiques ou morphologiques, ce en quoi, d'après ses adversaires, le mécanisme peut suffire, et ce à (luoi il sera insuffisant. Non, il s'agit de tra( < , «i on le peut, une ligne de démarcation générale enlrclas deux ordres d'explication, ligne <le déiuii cal ion qui sera plutôt en puissance et dynaminncî que fixe et définitive.
LE PROBLEME DE LA VIE
n. - LA LIGNE DE DÉMARCATION ENTRE LE WÉCANISWE ET LE NÉO-VITALISME.
Si nous essayons de synthétiser en quelque sorte le néo-vitalisme, à travers ses principaux représentants, savants ou philosophes, voici, ce semble, à quoi nous arrivons : La critique que les néo-vitalistes font du mécanisme biologique se relie intimement à la critique que les philosophies pragmaliste, anti-intelleclualiste, ou agnostique, ont faite i]o< sciences mathématiques et des sciences [)hysico-chimiques. Nous croyons changer de problème, en passant de la matière à la vie. Au fond, nous nous trouvons de nouveau, comme nous l'avons fait pressentir au début, en face du même problème fondamental, et ce problème est toujours le problème de la valeur de la science en tant que savoir. Seuls changent les termes particuliers dans lesquels en l'espèce il se pose.
Que reprochait-on en etîet dans la philosophie nouvelle aux sciences mathématiques ou physico- .himiques? Dêtre un symbolisme, arbitraire et utilitaire, fait pour les besoins pratiques de notre intelligence, de notre raison, lesquelles sont des facultés d'action, et non des facultés de connaissance. Or, quand nous transportons aux faits biologiques la méthode physico-chimique, nous trans-
LA PHirosoPHiE MonnnxE
portons naturellement aussi dans les rosulla.. qu e le nous permet dae.,uérir, les consé.ue 1: qu ell .mphque concernant la valeur de cc^. r..,,,: "'■ ^' ,"^<^'canisme phvsico-ehimi.,uc sera d.,„, une excellente formule pour nous donner une p
me Mm "' " '''"'' '" '" ^'^ ' " -^ '«1^' " n ont mpu.ssant à nous apprendre ce qu'est la vie
d nTi?: " ,'" """""^ P.Vsico-e.,i„.i,,„ dans le domaine de la n.atiôre. le mécani me phys,co ch.n.i.p.e. dans celui de la vie, nous pi
mettra d ai-ir ot i-imiic /i« ^ • ^
"o"? ti jiimaih (Je savoir.
Sur quoi pouvons-nous a-ir*^ Xmic n^ „ • o • ->ous ne r)Ouvon>^
a'.rques„rleprévisible.<:ar toute aetiu.
posant réalisation d'un bm. et réussite suppo l
pr.s.o„etatte„to.Maisi,nepeutyavoirpl^ b.l.té de prev.s.on et d'attente que là ou il y a .ne. e Plus exaclement, i, „e peut^ avoir psi!
bld de prev.s.on et d'attente que rf.,,W«„L..,. 0'< il y a ,nerhe, car nous concevons lr,Ns |,i,.,
qu une même chose doive son existence, parlieller" • '^ ''^^ '•'•■'"«•"^ """-'es, et partiellement à dos forces actives et organisatrices qui eréen
la.de e ces éléments une existence originale e
t I, m h ; '^'^r'""''"'"'" "'' '«"'^ ^'''.Nealion de la méthode physico-chimique, implique toujours, comme lappli.a.ion ,1e cette méthode el - -e.ne, un objet absolument inerte. C'est poroi
LE PROBLÈME DE LA VIB
les sciences physico-chimiques se sont constituées avec (Jalilée en définissant la matière par l'inertie.
Au contraire, tout ce (jui est lorce organisatrice ou créatrice, par suite tout ce (|ui est vivant, d après la docdine vitalislc, est, par définition même, de l'ordre de l'imprévisible et de l'actif. Comment y aurait-il création, là où i'on peut prévoir? Prévision imfili(pie continuation de ce qui est déjà commencé, '!•' ••<' qui s'est déjà vu. L'objet de la prévision n'est jamais quV//W;la création est cause. Si la vie, si l'évolution sont créatrices, elles ne peuvent donc (prérhapper par elles-mêmes, et dansleuressence, dans leur véritable nature, aux prises dune méthode tournée tout entière vers le prévisible et l'inerte, aux prises de la méthode physico-chimique.
Lois.iue Bergson, dépassant le point de vue nomiualiste et agnostique, admet à la limite l'objc. livilé absolue de*^ sciences physico-chimiques, <'''v<t (piil admet en même temps (\v.v la matière h'Aid à la limite vers l'inertie absolue. Elle descend la pente de l'évolution, tandis que la vie remonte 'olte pente. Aussi notre physique peut-elle nous i "niirune science complète de la matière, mais
m; pourrons-nous jamais par contre emprisonner '•'""plètement la vie dans nos formules biolo-
iques.