‹ La philosophie moderne [microform]Chapitre 52 sur 87 · LA PSYCHOLOGIE ET LES MÉTAPHYSICIENS · texte numérisé non relu

LA PSYCHOLOGIE ET LES MÉTAPHYSICIENS

C'est surtout à propos de la conscience que les philosophes dédaignent la méthode scientifique. La psychologie expérimentale et positive est de date très réce^nte. Ses résultats, il faut bien le dire. sont encore peu nombreux, souvent contestables, presque toujours assez vagues.

L'introspection ou méthode d'observation directe par la conscience n'avait pu donner aucun résultat qui méritât la qualification de scientifiquo. • » ^ peine si elle pouvait servir à décrire superiiccuement, plus exactement à reconnaître et à ^ Imir

LE PROBLEME DE L ESl'RIT

«grossièrement quelques faits psychologiques : ceux dont nous sommes pleinement conscients et qui, comme on le sait aujourd'hui, ne constituent qu'une j.iirtie de notre vie psychologique — et peut-être même la partie la moins considérable. D'autre part, à s'observer soi-même, on trouve à peu près toujours ce qu'on veut trouver, car la conscience excelle i\ se duper elle-même. Aussi l'introspection a-t-ellc servi à faire beaucoup plus le roman de la vie psychologique que sa science.

La psycho-physique, qui avait donné de grandes espérances, semble maintenant à peu près arrêtée dans son développement et son champ a été très limité. Les mesures qu'elle a faites ne concernent que des phénomènes trèsélémentaires : sensations, mouvements réflexes; durées d'opérations psychologiquesassezsimples. Et c'est surtout à propos de ces mesures qu'on peut parler d'imprécision et de contestations.

La méthode purement anatomique inaugurée par Gall, et les tentatives de localisation cérébrale poursuivies d'une façon plus sérieuse grâce à la iiiôlhode anatomo-clinique qui est une véritable méthode expérimentale et consiste, soit à cherther anatomiquement les lésions nerveuses correspondant aux altérations des fonctions psychologiques, soit à provoquer chez les animaux ces altérations par des lésions, ou des excitations électri-

LA niILOSOriIIE MODERNE

ques, se sont montrées également assez vite stériles. Le D"" Pierre Marie a soumis dernièrement à une critique sévère les localisations qui paraissaient jusqu'ici les mieux établies: les centres du langage et de l'écriture ; et, bien que ses conclusions no paraissent pas inattaquables, à tout le moins doiton se garder de considérer les résultats déjà obtenus comme sûrs. Il parait probable que les fonctions psychologiques les plus hautes se localisent beaucoup moins qu'on ne le croyait jusrprici dans des centres spéciaux. Tout le cerveau semble intéressé par chacune d'elles et leurs rapports incontestables avec le système nerveux sont beaucoup plus complexes que ne le croyait la théorie des localisations.

La méthode des questionnaires que l'on a essayé d'employer pour l'étude des manifestations supérieures de l'activité psychologique, n'a rien donné du tout. Du moins c'est ce qu'affirment les psychologues les plus enthousiastes de la méthode expérimentale.

Il est vrai que, depuis quelques années, la psychologie pathologique — notamment dans ses recherches sur l'inconscient et la vie alTcctive et j motrice, d'une part, — et d'autre i)art l'élude historique et sociologique très complète des principales manifestations de l'activité psychologique supérieure: sentiment religieux et mysticisme, sen-

LE PnOBLÈME DE l'eSPRIT

timent moral, imitation, instinct social, développement des notions scientifiques, langage, etc., ont ouvert à la psychologie un champ très vaste, où les moissons ont été abondantes.

C'est là qu'est très vraisemblablement l'avenir de la psychologie scientifique.

Les elforts que l'on a faits pour rattacher l'activité biologique à l'activité psychologique, l'application des notions d'évolution, de sélection et d'adaptation aux choses de l'esprit ont encore montré une remarquable fécondité. Seulement comme ces recherches sont extrêmement récentes, la plupart des philosophes les ignorent, et les difficultés qu'elles présentent rebutent vite ceux qui préfèrent l'f^légance facile des idées générales et de la dialectique.

Aussi conçoii-on encore couramment la vie de l'esprit comme le domaine réservé aux i)hilosophes et la métaphysique y a jusqu'ici triomphé presque uis conteste. Elle a regardé l'esprit comme un monde à part, où les choses se passent à peu près au rebours de la façon dont elles se passent partout ailleurs. .'

S'il est un point bien établi par la science

depuis les premières réflexions des philosophes de

rionie, c'est le changement perpétuel du spectacle

•aie nous offre la nature : on ne se baigne jamais

' ^ux fois dans le même fleuve, disait le vieil liera-

Page 1