PSYCHO. PHYSIOLOGIQUE
Bien que le rationalisme métaphysique constituât la grande tradition philosophique, ses an-
LF PROBLEME DE L ESPRIT
ciennes affirmations a priori ne pouvaient pas ne pas soulever les objections des esprits critiques. Aussi de tout temps voyons-nous des philosophes qui essaient de résister aux courants rationaliste et métaphysique. Ce sont d'abord les sensnalistes et les matérialistes, ensuite les associalionistes et les phénoménistes. D'une façon générale, on peut les appeler les empiriques.
Au lieu d'opposer l'esprit à la nature, ils essaient de replacer l'esprit dans la nature. Seulement ils continuent à concevoir l'esprit de la môme lav'on simpliste et intellectualiste que ceux qu'ils combattent. Tout ce qu'ils leur objectent c'est qu'au lieu de former un organisme hiérarchique et libre, il est un ensemble d'états groupés ensemble on vertu des lois du déterminisme universel et rentrant dans ce déterminisme. L'esprit n'est plus alors qu'un petit univers en miniature qui rellète et répète l'ordre des phénomènes de l'univers réel : d'où Tempirisme qui fait le fonds commun de toutes ces théories. Cet empirisme s'oppose à lapriorisme du rationalisme métaphysique.
L'esprit n'a aucune vertu propre, c'est une cire .nulle sur laquelle passivement viennent s'inscrire les phénomènes naturels par l'intermédiaire des >'însalions. Petit à petit, il prend conscience de l'enchaînement des phénomènes, grâce aux lois de l'association qui ordonnent le souvenir de ses sensations.
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Au fond, le résultat de ces théories en ce qui concerne la question de la connaissance est assez semblable aux résultats du rationalisme métaphysique. L*es[)rit finit toujours par atteindre la connaissance exacte de l'univers dans lequel il se trouve : seulement tout à l'heure c'était parce qu'il avait la puissance de pénétrer la réalité, tandis que maintenant c'est parce que la réalité se peint petit à petit dans le miroir qu'il lui olVre.
La conception la plus scientifique à laquelle ce deuxième courant a abouti est la conception que l'on a désigné sous le nom de pnrnUêUsme psycltophijaiologique. Elle est très importante par ce qu'elle rallie un prand nombre de savants et presque tous les philosophes à esprit positif.
La théorie empirique représenlait l'esprit à peu près comme l'atomisme représente la matière. C'est un atomisine (jsychologique dans lequel les atomes sont remplacés par les états de conscience : sensations, idées, sentiments, émotions, affections de plaisir et de douleur, mouvements, volitions, etc.
D'autre part, toutes les expériences et les obser valions que la psychologie expérimentale a faites nous forcent à peu près à conclure qu'à chaque état psychologiquecorrespond un état physiologifjii.
bien déterminé. Cet état physiologique est toujours
LE PROBLÈME DE l'eSPRIT
une modification chimique cérébrale; il est donc de Tordre d'un changement moléculaire et atomique. Tout phénomène psychologique correspond donc à un phénomène matériel. Ces deux phénomènes se traduisent l'un i)ar l'autre et forment chacun un tout bien déterminé. De même que dans la matière tout est agencement d'atomes, dans l'esprit tout est agencement d'états psychologiques. De même qu'un objet est une combinaison d'atomes, un état psychologique sera une synthèse d'étals plus élémentaires. Et comme à la limite ces étals psychologicpies élémentaires se trouvent correspondre à des agencements d'atomes dans le cerveau, certains admettront par une induction hardie qu'à tout atome matériel correspond un état psychologique élémentaire. Nos états psychologiques ne sont ainsi que l'ensemble des consciences élémentaires qui correspondent aux atomes dont sont formés nos centres nerveux. L'esprit est parallèle à la matière. Il exprime sous la forme qui lui est propre, dans sa langue, ce que la matière exprime à son tour, sous une forme qui lui est propre et dans une autre langue. Esprit d'une part, matière de l'autre, deux traductions réciproques d'un même texte.
Pour les idéalistes, le texte primitif est l'esprit; pour les matérialistes, c'est la matière; pour les spiritualistes dualistes, les deux textes sont
LA niirOSOPIIlE MODERNE
aussi primitifs l'un que l'autre, la nature ayant élé écrite à la ïoU dans deux langues ; pour les monistcs purs, nous avons à faire à deux Iraduclions d'un texte pinuilii qui nous échappe.
Ainsi rhypolhèsc du parallélisme psycho-physiologique, qui d'abord fut soutenue par les monistes s'est trouvée peu à peu admise par presque tous les philosophes comme la théorie qui représente le mieux dans ses grandes lignes les rapports de la conscience et de la matière. Certes, les idéalistes et les spiritualistes n'admettent pas en général que le parallélisme se poursuive dans la nature au delà des êtres doués de système nerveux. Seuls, les panpsvchistes, ceux qui croient que tout dans l'univers o.t esprit, la matière ne formant que le revêtement extérieur des esprits et la façon dont ils se perçoivent les uns les autres, supi-nsciiL runiversali'té de ce parallélisme. Mais que son application soit plus ou moins étendue, le parallélisme semble être néanmoins aujourd'hui l-nHar commun de la plupart des philo>ophies.
Il faut du reste reconnaître (lu'il a servi tr.-^ utilement la cause de la psychologie scionlifique en pemettant l'élude comparée de ^o^L^•lnisme et de la conscience et en donnant une uupulsion toujours plus grande à la recherche sc.n. lifique.