LA CRITIQUE MODERNE DU PARALLÉLISME
On peut dire que l'effort des philosophies novatrices s'est porté à propos du problème de la con M'ionce vers la critique du parallélisme. Il a paru inconsistant et superficiel. Ces philosophies s'orientanl vers l'action, la conscience, dont l'intelligence n'est que la forme la plus claire, a semblé de plus en plus orientée vers l'action. Elle a donc été considérée avant tout comme une énergie d'action,, une activité dirigeant l'organisme à travers le milieu dans lequel il évolue.
Mais une activité est essentiellement continue. On ne peut pas la déployer, l'étaler en quelque sorte en une mulliludc d'élats isolés les uns des autres. Elle doit apparaître en tension pour ainsi diro. concentrée sur elle-même, susceptible de NuMir en intensité, mais en intensité seulement. Or, le postulat essentiel des théories précédentes cV'Iait de considérer la conscience comme formée [i.ir des états isolés et indépendants. Si le ralionaliMue métaphysique parlait d'unité de l'esprit, cMail dans le sens d'une forme extérieure et suj.L-rieure qui venait synthétiser ces multiplicités d'ct its. Mais la matière dont était lissée la Irame 1 II discontinue, formée de fils séparés, mul-
LA PHILOSOnilE MODEH.NE
l.ple en définitive. La raison, le moi étaient précisèment chargés de eonf^ror à cette m„l,ipli,,,,. 1 un.lé et I organisation. La critique moderne et. donc amenée à renverser absolument celte conce,^.on pour établir sur ses ruines une conception d.rec ement opposée ; c'est ce qu'elle a fait.
L Idée directrice de Bergson < n'est-elle pas de nous représenter la conscience con.me une unit,", de puissance qui ne so déploie nullement dan. I espace en états isolé. ., indépendants, mais qui poursu.t sans cesse dans la durée une évolution continue ? Chaque état nouveau n'est état nouvea" que par abstraction. En réalité, il résulte de la tnsfor„,al.on insensible do l'état précédent, sans qu .1 so.t possible de marquer une limite précise entre les deux-. La vie psychologique est , v.e ventable. On ne peut pas la mutiler sans „
de ru.re. On ne pourrait y marquer une discontinu té qu en l'anéantissant pour la ressusciter ensuite, puisque chaque moment y est la fln du
moment précédent et le commencement du sui
vant.
Ouand on dit que la conscience est une et continue, il faut se garder de croire qu'on res^
taje la théorie de l'unité et de l'identité dn moi qu. était une des pierres d'assise de l'ancien
1 . Essai sur quelques données imnit^Hin/p. rt^ i Mature e, Mémoùr. ,P,ris, AlcnT '""^cunce;-
LE PROBLÈME DE l'eSPRIT
rationalisme. La conscience est tirie^ mais elle ne ro^fn jamais identique à soi, comme tout être vivaiiL d'ailleurs. Elle change constamment, non pas comme une chose créée une fois pour toutes et qui demeure ce qu'elle est, mais comme un être qui se crée constamment : l'évolution est créatrice. On n'avait besoin de la notion d'identité et de permanence que lorsqu'il fallait, pour retrouver les apparences réelles, superposer aux étals multiples qu'on croyait découvrir sous ces apparences un lien de synthèse et d'unité. Mais si l'on suppose que la réalité est essentiellement continue et que les découpures que l'on y trouve sont artificiolje-i, il n'est plus besoin de faire appel à un principe d'unité et de permanence.
Les théories du pragmatisme anglo-américain sont extrémcmement voisines de celles-ci. Ces th''>nries soiittrôs diverses, surtout dans les applicauuiis morales et logiques qu'on a essayé d'en conclure. Mais ce qui fait leur unité et ce qui permet de les grouper ensemble, ce sont précisément les traits généraux: do la solution qu'elles ont lonnée du problème de la conscience. W. James, l«' grand phsychologue du pragmatisme, a donné à cette solution sa forme la plus nette et la plus complète. Sa conception s'oppose à la fois, et à peu près pour les mômes raisons, à la conception du rationalisme métaphysique et à celle de l'em-
I,\ l'IlirOrOlT.IE MODERNE
piiismc. FJlc combat csscnlicllcment la Ihéorio do rntoiuisuic montai dhr m'nid dust theory) : l'esprit i„. .loit p->s èlre coiiïidérc o- mmc une juxlaposi- .K i'>,if'.ncn(hni< ou comme une hi(^rar- .-! ,, •»>»- ruixquols l'unitt^ est imposée par
i, rioiir< .'lu-incipes de la raison.
. ,uc sviulictiiiin (lu muij. De même que cho^ licp'son, la conscience est chez James un écoulenïciit ininlonomi)u dans lequel les arrôts sont toujours des abstractions superficielles, des digues construites après coup pour les besoins de la pralicpie. C'est la célèbre théorie du « Strcam of consciousness » ^
Cette théorie entraîne l'abandon des principes ^•llioîluels conçus comme des directions ou des tendances a priori, délinitives, éternelles. Si dans Qolro vie conscicn»^ nrm^ devons constater, pour rosier fidèle à re.\{)enuuce, des directions générales, nous devons constater aussi que ces directions sont le produit de l'évolution, de l'équilibre adaptatif qui se réalise toujours de plus en plus entre l'être et son milieu.
La conscience est essen.i-llement un instrument pratique qui chez les êtres complexes se superpose aux réflexes purement mécaniques, parce (jue ceux-ci seraient insuffisants à assurer l'adaptation et par suite la vie de l'individu. La complication