‹ La philosophie moderne [microform]Chapitre 58 sur 87 · I.E PROBI.LME DE L ESFIUT · texte numérisé non relu

I.E PROBI.LME DE L ESFIUT

11 est incontestable que ces théories nouvelles au sujet de la conscience ont acquis en très peu de temps une très grande faveur : les Anglais Schiller, Peircc, les Anirrimins Dewey et Royce, en France et en Allemagne des savants comme Poincaré, Hertz, Mach, Oslwald et d'autre part presque tous ceux qui veulent rénover le catholicisme tout en lui restant fidèle, peuvent être rattachés au courant d'idées dont Bergson et James ont donné les vues les plus systématiques. Il est encore incontestable que cette faveur semble dans une large mesure méritée.

Le premier bienfait de la criti(iiie nouvelle a été, en combattant victorieusement le rationalisme métaphysique, de remelire l'esprit dans la nature et de supprimer l'opposilion que le dualisme avait accentuée de plus en plus entre l'un et l'autre. La théorie biologique de la conscience a apport»' à la psychologie expérimentale et scienlirniue un très précieux appui; d'abord parce qu'elle est une interprétation très juste et très complète de Texpéi-ience — au moins autant que nous en pouvons juger actuellement, — ensuite parce (lu'elle fait mieux comprendre les rapports du physique et <lu moral et en rend plus manifeste rinlluencc réci-

]>ro(iue.

Le second bienfait de la critique nouvelle a été d'établir contre l'atomisme psychologique et

surtout contre l'empirisme associalionnisle, la théorie de la continuité de la conscience.

Si une conciusion générale peut être formulée au sujet des renseignements que les sciences nous donnent au sujet de la nature, c'est bien celle-ci : tous les processus naturels sont essentiellement continua. L'eiïet suit la cause non comme un phénomène >uccède à un autre, mais comme un phénomène dans lequel cet autre s'est transformé. Tous les faits s'expliquent les uns les autres. Ils sont unis les uns aux autres par des relations qui leur sont non extérieures, mais intérieures, la relation constituant de plus en plus comme nous l'avons vu jus(iu'ici la réalité elle-même. La Ihéoric nouvelle de la conscience ne fait qu'étendre à l.sprit cette conclusion et par là elle remet encore l'esprit dans la nature.

Son troisième bienfait est d'avoir gardé de l'empirisme ce qui vraiment était une tendance saine et scicntiiique : la méthode exi>érimentale. Pour étudier l'esprit il est étrange de recourir à des j.rocédés qui partout ailleurs ont longuement démontré leur impuissance; seule, l'expérience iicul nous apprendre quelque chose au sujet de resj)rit comme seule elle a pu nous ap[>rendrc quelque chose au sujet de la nature. Et enfin, n'estce pas une conclusion de simple bon sens que de voir dans l'évolution de l'esprit, depuis ses

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humbles orii,'incs, chez les cs])èccs animnlcs cl les peuples primilif^. I. ircl de la vicpialiquect de l'adaptation i)rogrcssive?

H est vrai que le rationalisme prétendait que l'empirisme, c'est-à-dire l'exjjlicalion i\o< progrès de l'esprit par la seule expérience, ruinait toute science ou si l'on aime mieux toute vérité. La théorie de la raison innée ou a priori était surtout une légitimation ûc:i droits de la science. Noii< verrons à propos du problème de la connaissau.e et de la vérité que le pragmatisme, en ellet, a été souvent conduit à des conclusions scepti(iues, mais ces conclusions sont loin d'être nécessaires. Jam. . lui-même qui. à de c.Mlains moments, parait Ir.s près d'un irratioualisme sceptifjue, a fait remarquer que, dans une inlerprélalion rigoureuse dr rcxpérience, on ne doit fuis considérer seulement rcxpéricncc comme nous donnant la notion de faits isolés, mais encore et surtout comme nous donnant la notion de relations qui existent entre les faits.

Ne devient-il [m.^ nl(.r> impossible de dire avec les rationalistes (|ue rien ne t;aranlit aux empiriques que l'expérience de demain sera idenlicpie à l'cxi)érience <le la veille, aUiicment dit que I. phénomènos se <iii\viil iMiijniirs dans le niri^c ordre, pui^4U(■ > , ^i l'ordre même i\cs pliénom.ii> qui est l'objet de l'expérience? (,>uand nous entrons

i.E rnonii-ME de r.'rspRiT

en contact avec la nature, ce ne sont pas en réalité des phénomènes isolés que l'esprit perçoit, les termes entre lesquels il établira plus tard telle' ou lellA relation, mais ce sont ces relations ellesluèiiies, c'est une certaine continuité, une certaine implication dans laquelle nous découpons ensuite arbilrairement les termes eux-mêmes, à peu près Cdmme nous mar<|ii.uis .J(>s points sur une ligne. Ainsi il semble que l'orientation nouvelle qui s'est manifestée dau< la philosophie et que Ton a tb'signée sous le nom de pragmatisme, marque un progrès incontestable dans les conceptions scientifiques et philosophifjues de l'esprit.

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