‹ La philosophie moderne [microform]Chapitre 59 sur 87 · CONCEPTION GÉNÉRALE DE L'ACTIVITÉ PSYCHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CONCEPTION GÉNÉRALE DE L'ACTIVITÉ PSYCHOLOGIQUE

Quelle est la franche affirmation du pragmatisme au sujet de la conscience ? C'est que la conscience est entièrement !iée à l'activité biologique, qu'elle consiste essentiellement dans les relations qu'elle a avec cette activité. Or, toutes les observations et toutes les expériences scientifiquement conduites paraissent mettre ce point hors de doute ' ' "t peut dire que si Ion compare la psycholo- U'<' étriquée des premiers associationnistes avec la large psychologie des lîibot,des Wundt, des James ^ I Je tous les savants contemporains, on voit y

LE l'ROBLKME DE L ESPRIT

LA iniI.OSOl'IIIE MOnEIlNC

régner de plus on plus les roiiceplions qiio I,. pragmatisme a reprises el génôrnlisées. La c<mi- <(ience évolue et se développe sons l'innuence des exigences pratiriiies, et en relation étroite avec révolution l)iolo-i.|uc.

Pour concevoir l'activité psychologique, point n'est besoin, alors, de chercher un type d'existen( »» en dehors du type d'existence général sur lequel les sciences nous invitent toutes à concevoir 1.^ phénomènes naturels.

L'analyse scientifique ramène la nature à nu multitude de relations qui s'imfdicpicnl les uik les autres. Lorscpie nous morcelons rcxpérieiKT en ces grnndes catégories qui deviennent l'n!. rt de chacune i\o nos sciences parliculières, nous découpons des groupes de relations fondés chacun sur quchpies relations très générales «jui d(''(inisseut ces groupes. La vie psychologique n'est, au fond, qu'un de ces groupes.

Il s'agirait maintenant de préciser en quoi consistent les relations qui forment le monde psyrhnlogique et comment elles se dilTérencient des relations qui constituent le reste de la nature et de l'expérienco. Le [)hysi('ien viennois Mach a peutêtre c!onné les indications les plus claires à ce sujets Dans toute expérience, ce qui est donné dépend d'une multitude de relations qui se divisent

1. .IwmV p^i'rhnfn^ii'iue lOnn, \iie ;,riri(îc. ^Paris, Sclileicln . .j

d'abord eu deux groupes : celles qui sont vérifiées identiquement par tous les organismes extérieurement analogues au nôtre, c'est-à-dire par tous les témoins, et celles qui dilTèrent selon le témoin. La psychologie a pour objet toutes ces dernières ci l(»ur ensemble constitue ce que nous appelons l'aclivité psychologicpie. FMus précisément les premières sont indépendantes de notre organisme et de l'activité biologique. Les secondes en dépendent d'une manière étroite et nécessaire.

Étant donné un morceau de soufre, ses propriétés géométriques mécaniques, physiques et chimiques sont des relations indépendantes de notre organisme. La psychologie n'a rien à voir avec elles. S'agirait-il d'un être vivant, aux relations précédentes s'en ajouteraient de nouvelles: les propriétés biologiques qui. elles aussi, seraient indépendantes de notre organisme. S'agirait-il de notre organisme lui-même : il a également des propriétés qui sont, en quelque sorte, indépendantes des conditions dans lescpielles il nous est donné dans l'expérience ; ces propriétés sont les propriétés (diysico-chimi(iucs et biologi<|nes. Mathématique, mécanitiue, physique, chimie, biologie, autant de sciences ([ui découpent chacune un groupe de relations dans l'ensemble des relations qu'implique le donné et qui sont indépendantes et doivent être considérées indépendamment de notre organisa-

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LE PROBLEME DE L ESPRIT

lion. Ce sont les relations ohjpc tiens, objet des sciences de la nature, dont lidéal est d'éliminer du donné toutes les relations n»r font dépenlre ce donné de noire organisme. — Mais il est d'expérience aussi immédiate et aussi certaine ([ue l'aspect du même morceau de soufre, du même organisme, dont nous nous sommes servis dans l'exemple précédent, dépend aussi de l'état actuel de noire organisme. Selon la façon dont noii^ «ommes placés, selon Télal île nos organes sensoriels si nous venons par exemple d'ôtre éblouis par une forte lumière^ et pour parler d'une façon générale, selon l'élat de noire système nerveux Mans le cas par exemple de lésions cérébrales), l'aspect de l'expérience sera modifié, quelquefois du tout au tout. Les relations qu'impliiiuent ces modillcations. ou [iliilùt qui les constituent, voilà ce qu'on ap{)elle le au/jjrrli/^ voilà l'objet de la psychologie.

Elle est donc la science des relations par lesquelles le donné dépend de l'élat de l'être aurjucl il est donné. Cette délinilion évile la plupart des difficultés du parallélisme psycho-physiologique. Il n'y a plus à se demander en particulier comment un état cérébral se traduit en un état mental et comment il peut y avoir une innuen<-e ré^prut^ue de physique sur le moral : ce qui tlait la difticulté cruciale des anciennes théories.

L'expérience nous montre une influence récipro(jue du biologique et du psychologique, un système de relations entre eux. Pourquoi ne pas considérer chacun de ces deux ordres de faits, comme deux ordres de faits naturels qui agissent et réagissent l'un sur lautre, ainsi que tous les autres ordres de faits naturels : phénomènes caloriques, électriques, optiques, chimiques, etc. Il n'y a pas plus de dilTérence — ni moins — entre tous ces ordres qu'entre l'ordre biologicjue et l'ordre psychologique. Les phénomènes doivent tous être ciuisidérés sur le même plan, et comme pouvant se conditionner les uns les autres.

(hi obiectera sans doule à cette conception <ju (îiic n'explique pas pourquoi il y a expérience ( t connaissance de cette exp<'rience par un organisme. Mais ne semble-t-il pas qu'on puisse et ([n'on doive répon<lre que cette question est, comme teilles les questions métaphysiques, une question mal [)Osée. inexistante? Elle provient d'une illusion atilliropomorphique qui oppose toujours l'esprit à l'univers. Il n'y a pas à dire pourquoi il y a expé- 1 ence, parce que l'expérience est un fait, et qu'à <• litre elle s'impose.

Pour sortir des abstractions et des généralités,

-avons de développer, sous une forme plus con-

e, la définilinii de la psychologie que nous

liions d'esquisser, — et qui nous paraît la plus

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simple et la plus scientiri(|iic. — ElTorçons-noiis de nous re|>rôseiiler la conception gén<^rnle de l'activité psychologique à laquelle elle nous conduit.

L'expérience ou, pour prendre un terme moins équivoque, le donné nous a paru jusqu'ici dépendre de relations niatiicnialiques, mécaniques, physiques, etc. En poursuivant l'analyse de ses conditions, il nous paraît, en outre, dépendre de certaines relations dont on peut dire en gros qu'elles le déformeiiL selon l'état de l'individu auquel il est donné : ces défornialions constituent le subjectif, le psychologique. Pouvons-nous déterminer, — toujours très grossièrement et d'assez loin s'entend, — la signification générale de ces relations nouvelles, de ces déformations, c'est-àdire le sens dans lequel l'analyse scientifique, en progressant pendant des siècles, risque de découvrir les relations les plus générales des principes) qu'elles impliquent ?

Pourquoi, en d'autres termes, le donné, au lieu d'être identique pour lojs les individus; au lieu d'être un donné brut qui no fait qu'un avec la connaissance qu'on en a, est-il subjectivement déformé? Déformé au [)oint que bon nombre de philosophes et le sens commun en sont arrivés à rompre l'unité de l'expérience et à [)oser le dualisme irréductible des choses et de l'esprit qui n'est

autre que le dualisme de l'expérience telle qu'elle est chez tous, à mesure que les sciences la rectifient, avec l'expérience telle qu'elle est déformée dans une conscience particulière. — Et c'est de ce dualisme que viennent peut-être toutes les difficultés de la mélajdiysique et la répugnance invincible à admettre simplement le réalisme absolu de l'expérience.

Le subjectif, l'activité psychologique se manifestent loujours, si l'on s'en tient aux enseignements i:n médiats de l'expérience, dans des parties fort rc-^treinles de l'ensemble du donné : certains êtres vivants. Ils semblent conditionnés chez moi, en particulier, par tous les mouvements et l'état général de ce que j'appel'e mon corps.

L'activité psycbolnirique dilTôre évidemment de l'activité biologique c'est ce qui justifie le droit à l'existence de la psychologie, comme science indépendante). Mais ces deux ordres de relations s'impliquent, et, par suite, il y a entre elles une certaine continuité tout comme entre les relations physiques et les relations mécaniques). Or, les théories bioloL;ii|ues nous ont montré qu'un organisme ne vit qu'en fonctionnant, et que, fonctionner, c'est s'équilibrer constamment avec le milieu et s'adapter à lui. De là, les notions explicatives générales d'('volution, de fonction, d'adaptation, de sélection naturelle, etc. Un organisme

T \ i'IIir^OSnpniE MODEr.XE

LE PRODLEME DE L ESIT.IT

(Joué d'aclivilé psycholo-riquo, c'csl-à-dire pour qui l'oxpéricnce apparaît roniincsoiinHseàcerlaiiies variations individuelles, n'éeliappe pas à celle loi. Aus<! fonte l'analyse exp«'rimenlale tend-elle aituellenicnt a montrer que l'aetivilé psychologique se mauit'osle comme une condition nouvelle d'adaptation, de fonctionnemrnt et d'évolution nécessaire chez les organismes, lorsqu'ils alleignenl un certain deirré de complexité. Les relations, dans lesijuelles celle activité se décom[)ose, sont donc subordonnées à l'évolution et au louelionnement d'un être donné dans un milieu donné : i?npo*<Vs par l'évolution, elles la servent ensuite, <le laroa à établir un contact plus étroit, un équilibre plus parfait entre Torgainsme et le milieu; — elles sont de nouvelles et nécessaires fonctions de cet être. En gros, les déformations subjectives du donné viennent donc des conditions dans lesquelles s'est elTecluée radn[)tation de l'être au milieu, des néct'->ité< ou des commodités réclamées par cette adaplalion.

On voit de suite eomirient le progrès de la psychologie a conduit fatalement à la psychologie physiologique, à la psychologie pathologique qui n'cslque l'ensemble (}e< expériences psycho-physiologiques, réalisées parla nature ellc-mérne. et à la psychologie fonctionnelle, lille du pragmatisme. C'est qu'on ne pouvait ê'tudier l'activité consciente

que dans ses relations avec l'activité biologique, et connue un ensemble de fonctions nouvelles qui \i< iiiient s'ajouter aux fonctions organiques pour assurer l'exislencc de l'individu et de l'espèce.

Comme il est naturel, la psychologie se relie alors étroitement, par ses principes et sa manière ti\ uvisager les choses, à la biologie, de même que (••'lie ci se relie aux sciences f»hysico-chimi(iucs.

Pourquoi, — puisque la science n'est qu'une suite de pounjuoi sans cesse renaissants, comme ia si expressivement délinie lierthelot. — pourquoi les nécessités vitales et 1 évolution de l'être vivant onl-cdies exigé ces modilications de l'expérience dans a conscience qu'il on prend? Comment et dans (pul (•;!< apparaît et «e développe la conscience?

bien n'autorise, sur le terrain expérimental 01 scientifique, à considérer comme conscientes toutes les manifestations de la vie. lîien ne l'interdit non plus. Mais si l'on ne veut pas dépasser les conclusions autorisées par l'observation et l'expérience, on ne peut parler de conscience que chez des êtres qui paraissent faire un choix entre divers niouvements, en vertu d'une notion plus ou moins confuse de leur existence et du milieu extérieur. Juscjup-'"' tout peut s'explique" d'une façon avcui^N' ' mme la détente d'un ressort, lorsqu'on le déclanche.

l/liéliolropisme de la plupart des plantes qui

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suivent le soleil s'explique, par exemple, par l'action cliimique de la lumière du soleil sur le tissu végétal, action qui entraîne niéaiiiiiiiiement le mouvement de la plante comme le mouvement du piston entraîne celui des roues dan< une locomotive.

Les mouvements musculaires des animaux très simples (les mouvements d'irrUahilitr paraissent pouvoir s'expliquer de même façon. Ainsi les êtres vivants les plus simples. I.- protozoaires, agissent automatiquement par des réactions qui sont provoquées directement, et presque immédiatement, par les excitations du milieu.

Lorsqu'on arrive à des orj;anismes plus compliqués, les excitations du milieu produisent des mouvements divers qui peuvent être en conllit les uns avec les autres. De \Au<. lénergie qu'ils font naître dans l'animal ne se dq)cii>e pas toute immédiatement, mais constitue une réserve, un excès qui permet à l'animal d'agir sans excitation externe. Les mouvements confus qu'il produit peuvent alors èlresoiti/n/o%c'està dirci .quilibrcr,radapleravec

le milieu, soit miisiOlrs, c'est-à-dire provoquer sa déchéance et même sa mort. 11 faut de toute nécessite qu'un tri puisse se faire entre les actes utiles et les actes nuisibles; sans cela, l'animal, faisant indilïéremment les uns ou les autres, marchera vers sa ruine. D'après la théorie de l'évolution et le principe de la sélection naturelle, seuls, lesani-

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maux, chez qui ce tri pourra s'eiTectuer et qui deviendront capables de distinguer le mouvement utile du mouvement nuisible,. i)Ourront subsister si leur organisation devient trop complexe pour que les excitations du milieu provoquent immédiatement les réactions appropriées. C'est précisément alors que semble apparaître d'une façon très confuse la conscience.

A partir de ce moment, les réactions nuisibles commencent à être distinguées des réactions utiles. Les premières, qui amènent un dt'-séquilibrc entre l'organisme et son milieu, entraînent une désagrégation, une désorganisation de l'organisme; les secondes, au contraire, fortifient l'organisme, puis- (in'elles le placent dans de meilleures conditions doxistence ou, tout au moins, le maiiuiennent en Lun état. Or, tout ce que nous savons du fdaisiret (le la douleur nous montre qu'ils sont parallèles, la douleur à une désagrégation de l'organisme, le plaisir à un état normal. C'est donc vraisembia- !»loment sous cette forme qu'un être vivant a pour ia première fois senti quelque chose, acquis une vie psychologique: il a eu la notion que certaines nactions, certains mouvements étaient agréables » t d'autres désagréables. Il a été alors amené nécessairement à répéter les premiers, à éviter les seconds.

Ou peut même faire encore une conjecture

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LE rnonr I•:^TE de i, rsiniT

moins précise, et supposer qu'avec les premières api);irilions '^^ In rruiscience, le plaisir ou la douleur accoi;ii>i.b:iaiL'iil indilTéremmenl les inuuvcmeuls utiles et nuisibles, sans que le plaisir fiU toujours lié aux premiers, la douleur aux seconds. Mais la s«'l*Mli(.ii niturelle a forcément tendu à supprimer luu- l»- éUe> chez qui les actes inn>iM.^ s'arcompMgnaienl d.» plaisir, parce qu'ils élaiont coud lils à les répéter sans cesse. A mesure donc ne survivent que lr> f-irps chez qui, en (jénêrnL les actes utiles produiM.iiL une im[iression de plai-ir. les actes nuisibles une impression de douleur, rt qui, i>ar suite, recherchent les premiers et fuient les autres.

Ainsi la conscience semble apparaître d";i!'.,nl comme fonction anefli>e et motrice, la funclioii alTeclive se superposant à la vie motrice pour la guider et l'éclairer. Se«i promii'To^ notions furent le sentiment vague d'un nn)n\i niunU ut la va-:iit' appréciation de ses résultats sous forme de idai-ir et de douleur. Petit à petit ces notions vagues s*affinenl l< -^ (litTéTontos réactions sont di<titv-rnées les unes des autres: des tonalités dillennit les plaisirs cl les douleurs viennent préciser leurs elTets. C'est alors que commencent à poindre ia vie représentative, la eonnaissan'-e, la ref.re^cnlation des objets extérieurs et de soi-même : elle l4 comme un aflinement de la vie affective, l'atreclion

airréable ou désagréable, s'eiïaranl devant la per- (•( plion des causes de cette alToction, [»erception qui a un intérêt vital.

La conscience est donc, chez les êtres dans lesquels elle est apparue, une modilualion utile. Elle ne peut qu'être maintenue et dévelo[>pée, conformément aux principes posés par la théorie de l'évolution. Elle permet à ces êtres, par les notions qu'elle leur donne de leur organisation, de l('iii< pouvoirs, et du milieu extérieur, de mieux diriger leurs mouvements, de s'adapter plus facilement au milieu. Elle apporte constamment des chances de survie.

Les propriétés positives que nous rencontrons dans la description de la vie consciente justifient bien cette manière de voir. La conscience est d'at)ord puissance de rétention et d'assimilation i»ar la mémoire, qui n'est que l'aspect conscient de riial)itude et de l'assimilation biologique. Elle gardera par là le souvenir de tous les actes utiles. Elle est encore puissance de dissociation, donc de choix et d'attention, pour discerner les actes qu'il '!ii porte de faire v.à d'éviter. Elle est enfin

ii<-ance d'association, et par là elle permet de

[>eter les actes ulile-^, chaque fois que le milieu

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