‹ La philosophie moderne [microform]Chapitre 61 sur 87 · IIIE MO PET. NE · texte numérisé non relu

IIIE MO PET. NE

précisément do dô<!n lividiialiscr el de désubjectiver le donné, lâche rulalivement facile, car s'il y a déformation, il ne peut y avoir crcalion ex uihilo. L'expérience individuelle reste forcément en rapport — et en rapports étroits — avec le donné brut. Il y a simplement nuances subjectives brodées sur le donné brut, par les nécessités de

la vie.

D'une façon générale ces nuances ont pour but de nous présenter en bloc, comme une résullaule immédiate grossièrement adaptée aux circonstances auxquelles nous avons le plus fréijuomment à fairo. une partie du donné. Une percoplion visuelle ou sonore, par exemple, nous indiciucra en un acte unique et immédiat, une (pianlilé — parfois énorme — de modilications produites dans le milieu, et nous rappellera d'un seul coup toute une multitude d'expériences qui nous ont appris a situer dans ce milieu l'origine de ces modificaliou?, à apprécier leur direction et leur force. Celle simplification, cette synthèse et cette unillcalion sont hautement utiles pour la con<luile pratique de l'être dans le milieu. Voilà pourquoi toute vie consciente, au lieu de reproduire purement A simplement l'expérience objective pure, nous pn sente une expérience déformée par ses besoin^ particuliers, pélrie par la pratique. Voilà pourquoi toute conscience est altération du donné, et

LE PRODLEMn DE E ESPRIT

s'imprègne de subjoclivilé. Voilà enfin pourquoi et fmnent l'expiM-ionre subjective et l'expérience (ijjeclive, qui uv >unl au fond que la seule et luèine expérience. Unissent par s'opposer dans la dualité de la matière et de Tespvi^ du non-moi et (11! uioi.

( :etle conception générale de la vie psychologique Hinble très bien se prêter à représenter les résultats les plus généraux — très vagues et très partiels d'aillours — obtenus jusqu'ici par la psychologie scientilique. Elle [»araît de plus éluvler un certain nombre des difficultés contre lesquelles s'est heurt(''e la psychologie métaphysique et qui ont donné naissance aux systèmes les plus bizarres : certaines théories de la mémoire, de la perception extérieure ou de l'inconscient, par exemple.

Les images ne sont pas, comme l'a soutenu le siibioetivisme, identiques aux sensations, en donnant a ce mot, équivoque par l'amplitude de sa -iLMiilication, le sens d'expériences immédiates. I. analyse de Bergson est loin sur ce point d'avoir I ifructueui:e. L'image est le résultat de cers relaliuii> iinjiliquées déjà dans l'expérience ' iiiiiédiate, c'est-à-dire dans la sensation. Seulement cette dernière en implique bien d'autres ''Ml <eules soient données les relations qui constile système « image » (système partiel si on le conqjare au système total de la sensation et de

re.\péiienccimmé(liate\ — pour préciser, que seules soient données celles «l.^s relations du syslème total qui entraînent puiir le donné une dépendance de l'organisme, et alors nous avons précisément l'image, le souvenir.

Nous n'avons fait, en dôlinissant ainsi le souvenir, qu'exprimer les résultats les plus récen!< de la psychologie expérimentale en même temique les idées les plus anciennes du sens eomnuii. : le souvenir est une habilude organique. Le s«»îivenir na de commun avec la sensalion primili\.' que les conditions organiques. Il lui mancpir toutes les relations extra-organi(inos qu'impli(iur la sensalion avec ce que nous appelons lextérieur. Cette dépendance totale de l'image et ceit.' dépendance partielle de la sensation par rapport aux conditions organiques, permet également de com[)rendre l'illusion, l'erreur des sens, le rAvo ot rhallucination, lorsque les relations avec loxi. rieur étant en quehiue sorte anormalement coupées, l'expérience se trouve réduite pour un in<lividu'à ce qui se passe dans son organisme, c'està-dire aux relations qui dépendcnl de celui-ci, doiir au pur psychologique, au pur subjectif.

La perception n'est pas alors une projection de l'intérieur à l'extérieur, une création ex nilm'u de l'étendue et des corps, un cas ou un dérivé .1.' rhallucination, ainsi que le prétendait Taine. Mais

LE PROBLEME DE L ESPRIT

comme il apparaît au sens commun, il se passe exactement l'inverse : c'est rhallucination. et elle seule, qui, par la mémoire et rha!)ilude, est une projection de l'extérieur à riiitérieur, la création imaginaire d'une apparence de nvilité : imairinaire, je veux dire à l'aide d'images et d'ijahiludes motrices, qui iinplicjuées d'ordinaire <l.in> le cas de rc.\[»érience ré. Ile, se trouvent rattachées ici à des pliénomènes sim[)lement organiques. L'hallucination n'est donc jamais que secondaire et consécutive à des perceptions primitives, tout comme le souvenir par ra[>port à la sensation.

Le fMohlème de l'inconscient peut sinon se r('ç:(Hidre, au moins se poser de fa<;on analogue, ce (j il élude la plus grave de ses complications. Son inextricable difticulté vient du passage, du fameux [lassage du |)hysiol(igique au conscient. Mais ici In question n'a plus à nous préoccu[)cr, parce que c est une question mélaphy-ique, et que transposée en termes positifs, on la voit immédiatement devenir inexistante. Dans un phénomène psycholo- L'-ique inconscient, lanalyse ne relèvera encore, par rapport au phénomène conscient, qu'une partie <le l'ensemble des relations que celui-ci impliquait. L'autre, — ce qui en gros concerne la conscience personnelle, — n'existe pas ou n'existe j'ius. Et si l'on veut approfondir pourquoi elle

LA niILOSOriIIE MODERNE

n'exislc plus, on trouvera peut-ôlrc qnV'tnnI inutile, ou n'étant plus iiiilo. elle a disparu, comme s'atrophie et (li>paraii un organe inutile. Mais, dans cerlaiiîos circonslanccs, les fils coupés entre le conscient ou l'inconscient peuvent être rétablis. 11 peut être utile qu'ils le soient. L'inconscient rentre alors de nouveau dans laclivité consciente. La continuité la plus parfaite peut exister entre le conscient et rinconscient comme entre l'état liquide et l'état solide d'un corps. 11 s'agit tout simplement d'une échelle de conditions. A l'exp,'rience de la déterminer. C'est dans l'étude dt > relations de dépendance du donné à l'égard di' l'organisme individuel, qu'on trouvera la dilTéTO!) c du conscient et de l'inconscient et pas ailleurs. La question est tout entière d'ordre expérimental, et la science positive, ici, comme partout pilleurs, n'a pas à eraiinlre de rencontrer un ni\

§ ô. ~ LE PROB'-ÈIWE DZ L'INCONSCIENT

Los hypothèses par lesquelles les savants essayent aujourd'hui de résoudre le proLl'n' de l'inconscient, no sont elles pas, toutes. ''"^ la direction très générale que nous venons >. liquer? — Ces hypothèses peuvent se rangei trois ^'randes classes: théories de la subconsciei;.

LE PROBLEME DE L ESPRIT

lliéorios des centres nerveux secondaires, théories purement physiologiques.

Les théories de la suhconscience ou de la conscience subliminale se réduisent essenlielleliieiil a ceci : la conscience est susceptible de degrés. Très vive dans les cas d'attention forte et précise, elle s'atténue déjà quand nous sommes distraits, ou que nous nous laissons aller à la rêverie. Di'j)iiisLeibnitz, on a toujours distingué les «petites perceptions insensibles», ou presque insensibles, des « perceptions » ordinaires, et celles-ci de 1' « aperception » claire et distincte. Continuons dans cette voie et nous arrivons très vite aux théories du genre de celle de iMyers. Le « moi » conscient correspondrait aux besoins ordinaires de la vie actuelle. Aii-i!e<i;ou«! de lui, il y auraitdes »< moi potentiels», (1- NLiilables personnalités inconnues de notre moi conscient, et qui resteraient d'ordinaire dans la coulisse. Seules, certaines circonstances, l'hyp- T)cszo oii le rêve somnambulique, par exemple, les aiiieueraient sur la scène, à la place du « moi conscient ». Ces « moi inconscients » seraient, comme les instincts et les habitudes, des expé- ' '-jadis conscientes, soit dans notre vie passée,

i; même, grâce à l'hérédité, chez nos ancêtres. 1 onscicnce aurait été alors nécessaire à la

\ H. Mais cette nécessité, par suite des circonstances "1 des progrès de l'être, aurait disparu par la

i.\ l'iiiLOsoi'iiii: M(H>i:h\e

suite. En somme, certaines relations de l'ôtrc à son milieu ont, à un moment donné, amené la Inrmation d'une certaine personnalité conscit'iilc Ces relations changeant, celle-ci a disparu, maii incomplètement, comme certains organes inuti.os survivent, atrophiés dans l'organisme. Que des circonstances anormales rétablissent temporairement des relations analogues à celle qui avait l'ait a[. paraître cette personnalité consciente, et en vertu de l'axiome : les mêmes causes entraînent Ns mêmes elTets, cette personnalité évanouie renti-' en scène, à la place de la personnalité que nnii> possédons actuellement, ou même à côté d'elle.

L'hypothèse que |)résente Pierre Janol don m* peut-être à celle do Myers une forme plus srionlifique. Les étals p»ychologi(iues s'organiseni toujours synthétiquement. Ce ne sont pas, nous l'avons vu, des atomes détachés les uns des antres, mais des moments découpés toujours un {• n arbitrairement dans un llux, une trame continu. . Or, la trame n'est pas uni(|ue. Il y a plusieurs organisations synthétiques des états psychologi(|ue-. Et notre « moi » conscient n'est qu'une de ( .^ organisations. Les autres constituent l'inconsciciii , et, sous certaines conditions, elles sont capables de se raccorder au moi conscient. Qu'est-ce à dire, sinon toujours que la différence entre l'incon-ei.rtf, et le conscient consiste seulement en ce que, parmi

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