I.A l im.OSOrilIE MODEUNE
invérifiaMc par les mélhmlcs cxpûrimoiilales. Ello suppose en effel le renvorsenicnt des coiuiilioiis de l'observation, la délorminalion du présenl. parmi lu-
lur nécessairemenl inconnu el ambigu. La sr.ence veul prévoir. LaréalisatHui do ses prévisions, Noila lo
critère de sa discipline expérimentale. Mais par les niélbodes finali^b-. on ne peut jamais qu'e>:pbqu.Mle passé. A quoi cela sert-il? Et comment pourrat-on vériiier que ce passé était bien causé i.ar l'état final (lu'on lui assigne comme cause, puisqu'on ne peut pa. iwcnir sur ce passé? On peut l.v^ hion se donn.r une cause et allendro rellcl M"va en résulter: n»ais on ne peut évidemment pas. en posant In fin (pie doit atteindre un prorr^ inUirel, ressusciter antérieummeut à cette Ini processus. (Jn ne peut pas rcmualer vers le pa^.en renversant le temps. Si, par absurde, oii . pouvait <lans un phénomène complètement reveisible, la fin ne serait plus alors cause finale; elle deviendrait cause antécédente.
Une loi téléologiquc. une explication finaliste . peut donc être vérifiée : elle est extra-scicnt.l.que. Il ne faudrait s'y adresser qu'en désespoir de cause. Et ce n'est nullement le lieu. L'interprétation ncaniste des lois psycbologuiues se présente d • même et a déjà réussi dans un certain nomb. cas La sensation n est-elle pas l'elïet de tont nu processus pbysico-chimique parfaileiuenl .
gnable? Le plaisir et la douleur physiques ne sontils pas consécutifs à l'assimilation et à la désassimilation organiques? Le réflexe, l'instinct, ne s'expliquent-ils pas d'une façon satisfaisante, au moins en gros, par la théorie de l'évolution, et conformément à l'interprétation mécaniste ?
Tout ce qui a été fait jus(iu'ici par les expérimentateurs, en particulier les relations de dépendance précises et nettes trouvées entre l'activité biologique et l'activité psychologique, les études récenles sur rafl'ectivité, sur les émotions et principalement l'expression des émotions S vont efl'ectivement dans ce sens. On n'a qu'à consulter, pour s'en assurer, les travaux de Kibot et de l'école française de psychologie positive qui l'a suivi. Ces travaux impliiiuent une interprétation mécaniste de l'évolution psychologique tout à fait semblable à celle que les biologistes mécanistes ont donnée de révolution biologique.
L'adaptation psychologique et la « correspondance » que les psychologues relèvent entre les notions du milieu sur notre organisme et les réaclions de celui-ci sur le milieu d'une part, et d autre part nos états psychologiques, la conscience que nous avons de ces actions et réactions, ne doivent pas être considérées comme des buts que les êtres vivants se proposent d'atteindre et
1 Voir G. Dumas : Le Sourire (Paris, Alcan).
^Mi.AidÉLt,
LE PROlil. i:\li: DE L ESPRIT
font elTort pour atteindre. Ce sont au contrairo des résultantes du même genre que l'adaptation, l.i mutation, la sélection biologiques.
Oui, l'activité psychologique se réduit tonj(jiirs à des tendances. Mais, comme l'a dit llil)ot. la tendance « n'^ rien de mystérieux ». C'est toujoms un mouvement, une esquisse ou un arrêt de mouvement, au fond un fait organique susceptiJjle d'observation et d'expérimentation très précises, produit par des causes eflicientes assignables, obéissant enfin, comme tout le reste de la nature à la loi de causalité.
Oui, les états psychologiques ne doivent pris être étudiés à l'état statique : ce sont toujours les moments arbitrairement découpés d'un prorp<;Nii<; fonctionnel. Mais la « fonction » psycholoaniut, pas j)lus que la fonction biologique, ne doit être conçue, pour être conçue claireriient, d'une façon linalisle. Cne « fonction » n'est (ju'une relation nécessaire entre deux séries de faits, l'une d(Uermînant l'autre, ou plutôt se déterminant ruiie l'autre, sur le schéma, somme toute dos foncli<ui< mathématiques ou physico-chimi(iues. C \>.l, mihî l'être consid<''ré et son milieu, une double série de variations «concomitantes, où la finalité n'a rien à voir. C'est au fond une relation, ou iiii ensemble de relations.
Et nous voici ramenés à toutes les conclusiorn
auxquelles nous avons déjà abouti, dans les autres domaines du savoir. La discipline expérimentale, la science nous mettent toujours en face d'un système de relations entre les faits qui nous sont plus ou moins immédiatement donnés et que nous cherchons à expliiiuer. Construire ce système de relations, c'est se donner l'explication nécessaire et suffisante de ces faits. La science psychologique consistera donc essentiellement à établir des relations nécessaires non seulement entre les din*érentes manifestations de la vie psychologique, mais encore entre celles-ci et certaines manifestations de la vie biologique, et certaines actions du milieu. Elle continuera en lin de compte le tableau de la nature commencé par les sciences qui la précèdent logiquement et chronologiquement, et expliquera les faits psychologiques en continuité avec les faits biologiques, comme ceux-ci sont expliqués en continuité avec les laits physico-chimiques, et ceu.x-ci encore en continuité avec les faits mécaniques. C'est du moins un espoir ({ue rien n'empêche actuellement de croire réalisable.
§ 7. — LE PROBLÈME DE LA SURVIE
Il no faut pas se le dissimuler : il répugnera toujours étrangement à nos préjugés intimes et
OQO
i.\ rniiosopiiiE MODEnxK
LE rUOBLi:MF DE i/eSPRIT
aux sentiments du vulcraire de considérer la psychologie comme une science de pures rr!;i. lions, et de la rendre ainsi analogue dans sa forme générale à toutes les autres sciences de la naluro. Ceci déconcerte déjà dans les sciences biologique^. Toutes les fois qu'il s'agit de nous. — et quand il s'agit de notre vie organique, il s'agit bien déjà de nous, — nous avons d'abord l'idée que nous nous opposons au reste de la nature, que nous somnips une nature en face de l'autre et supérieure à l'autre, malgnî notre petitesse relative. C'est la grande illusion du « roseau, mais du roseau pensant », chère aux amplifications de la rhéturique.
Nous avons ensuite le sentiment très vif que nous sommes </r/</s, capables de création en somme, car si l'on analyse l'idée vulgaire d'activité, c'est bien à cela, je crois, qu'on est amené : est actif ce qui produit, ce qui cause un changement dans ce qu'on considère comme inerte. Et la cause, dans ce sens générateur, qu'est-ce, sinon une force créatrice? Aussi le rempart des métaphysiciens de la vie, comme des métaphysiciens de l'esprit, c'est que l'esprit, pas plus que la vie, ne se laisse épuiser, par l'analyse, en un enchaînement, en une implication de relations. On concédera très volontiers que la matière, la matière inerte, n'est qu'un système de relations. On refusera énergiquemeut
de voir en un être vivant, et a furliorl en un elre pensant, autre chose qu'une substance active et créatrice. H semble qu'il y ait là une question de ai..nilé ou un point d'honneur. Et l'on sait si les illusions qui reposent sur ces sentiments sont vivnrP. Voilà pourquoi l'homme s'est toujours cru et se croit encore, et se croira peut-être longtemps „ un empire dans un empire ».
La science ne connaît pas les questions de valeur et de dignité, ou, si elle les connaît, el e les explique naturellement, - ainsi que le fait la , sociologie, - comme la résultante d'un système } particulier de relations : les relations sociales. Aussi, puisque l'expérience, toutes les fois qu el e s'attaque fructueusement aux phénomènes de la vie ou à ceux de l'esprit, ne nous montre la que des résultantes, des conditionnés, donc, des syslèmes de relations, la science trouvera au moins inutile de postuler autre chose.
La matière inerte avait été conçue, elle aussi, par tous les philosophes de l'antiquité comnie le réservoir de toute énergie et de toute activité. L hylozoïsme était la règle, chez les penseurs grecs. Et. aujourd'hui, si nous avons renoncé à ces conceptions puérilement anthropomorphiques, n'est-ce pas parce que l'activité de la matière, dont nous n'avons jamais si bien connu la puissance et l'ampleur, nous paraît parfaitement analysable ? A
LA PHILOSOPHIE MODERXB
LE PROBLÈME DE l'eSPRIT
mesure que nous rapprofondissons, nous la voyons se ramener à des conditions de plus en plus loiiitaines et complexes, et, par suite, se réduire à un système de relations, se résoudre en relations, sans cesser d'être active.
L'antithèse de l'activité, de la réalité inanalysables, d'une part, et de la relation, d'autre pari, va en s'évanouissant, et, pour l'esprit aussi bien que pour la maliôre, doit être laissée au bric-àbrac d'une métaphysique vieillie. Tout le doun.' n'est qu'une synthèse, dont la science poursuit l'analyse, qu'elle ramène à ses conditions, et, par suite, qu'elle décompose en relations.
Mais alors que devient l'immortalité de l'esprit, surtout son immortalité personnelle, car, depui< deux mille ans, c'.est à cela que nous tenons par dessus tout. Ne pas suivre la loi des choses, ne pas suivre la loi de tous les vivants, ne pas disparailn\ ne pas s'anéantir en autre chose ! Courir ce beau risque, inventé tardivement par le mauvais joueur qu'est l'homme, par ce mauvais joueur qui veut gagner la belle et demande que les dés soient pipés en sa faveur!
Il est certain qu'un système de relations peut bien difficilement paraître éternel, ou immortel. Pourtant, il n'y a rien là qui soit d'une impossibilité absolue. Improbable, ouil impossible, non 1 Seulement, il faudrait, sur le terrain où nous som-
mes ici placés, que l'expérience détruisît l'improbabilité, ou tout au moins la transformât en probabilité.
Il faudrait qu'elle nous fit découvrir, derrière le subjectif, des conditions qui subsistassent après la disparition de l'organisme, des relations qui le fissent dépendre, partiellement, d'autre chose que de cet organisme. C'est à Texpérience de décider. Elle seule est capable de lever les doutes. .1 priori, rien ne s'oppose à ce que certaines conditions, certaines relations soient découvertes qui entraîneraient l'indestructibilité, — au moins partielle, — d'une partie du donné, par exemple, de la conscience.
Mais, est-il besoin de le dire? l'expérience no nous a jamais encore rien présenté de tel. Je n'ignore pas que les spirites prétendent le contraire. Mais ce n'est qu'une prétention. Leurs expériences, — celles du moins qui ne sont pas truquées et mensongères (ne serait-ce pas la minorité?) — peuvent tout au plus induire à penser, dans l'état actuel des choses, qu'il y a certaines forces naturelles, certains mouvements mécaniques dont nous connaissons fort mal les manifestations et plus mal encore les conditions et les lois. Il est môme probable qu'elles dépendent de Torganisme humain et qu'elles relèvent simplement de l'inconscient psychologique et de l'activité biologique.
Aussi, devant la misère des prétendues vérificalions expérimentales de la survie, la théorie de l.mmorlalil.-. de IV.me ne peut que conserver la lorme que lui donnaient déjà Socrate et Platon • cest un risquo à courir. - c'est un appel à linconnu et un appel auquel il ne semble guère qu'il soit jamais répondu.