‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 107 sur 440 · B. — L'UNIVERSALITÉ ET L'IMMUTABILITÉ DE LA LOI NATURELLE · texte numérisé non relu

B. — L'UNIVERSALITÉ ET L'IMMUTABILITÉ DE LA LOI NATURELLE

4. Deux tendances de l'esprit humain. — 2. Les attaches cosmologiques du problème. — 3. Contre le fixisme. — 4. Contre le relativisme absolu. — 5. La thèse moyenne. — 6. Appréciation de la thèse. La première conclusion. — 7. La deuxième conclusion. —8. Les exemples de saint Thomas. — 9. Résumé.

4. — Une question plus difficile de beaucoup, c'est celle de l’universalité, de la permanence, de l’immutabilité de la loi naturelle.

Deux tendances se sont toujours partagé les esprits relativement à la fixité ou à la variabilité du droit. Hypnotisés par l’abstrait, les uns immobilisent les notions, oublieux de la relativité qu'imposent les contingences. D’autres, frappés de cet excès, courent à l’excès opposé, versant dans un relativisme absolu destructeur des notions premières.

2. — Pour expliquer sa position, saint Thomas remonte à des ‘considérations qui, approfondies, élargiraient singulièrement le débat, et nous ramèneraient aux difficiles questions de la contingence et de la nécessité dans le monde?.

Il y a, dit-il, solidarité des solutions, ici et dans le domaine de la cosmologie générale. Ceux qui ne voient dans l'univers que relativité ou que fixité doivent être portés à juger semblablement de la vie humaine.

Or, on a distingué, à ce point de vue, une triple condition des êtres (ériplex cursus rerum). Il y a des phé-

AMRUE) QUXCIV, art. 35"010ratt ue 2. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. Il, p. 57. La Contingence dans la Nature.

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nomènes permanents, quiont en soi, de par leur nature, «et d'être, et de ne pouvoir être empêchés d’être »t. il en est d’autres qui peuvent être empêchés, mais qui ont une fixité relative, se produisant ordinairement (frequenter), ne défaillant qu’en peu de cas (èn paucioribus). Enfin, d’autres sont rares, en tout cas en moindre nombre que leurs contraires (in minori parte) ?.

Dans quelle catégorie ranger les applications dela loi naturelle? Evidemment dans la deuxième. On évitera ainsi et le relativisme absolu et Le fixisme.

3. — Contre le fixisme, saint Thomas dira : Le droit, même naturel, ne peut pas être immuable, puisque la nature humaine ne l’est pas. « Ce qui estnaturel à qui possède une nature immuable est nécessairement tel partout et toujours; mais la nature de l’homme est changeante. »°

4. — Contre le relativisme absolu, qui. était représenté dans la tradition gréco-latine par Aristippe le socratique , il fera remarquer à quel point, ici comme partout, les extrêmes se touchent et s’appellent. C’est en effet sur le même principe, exprimé ou sous-entendu, que s'appuient les partisans des thèses extrêmes.

Les uns disent : Ce qui est naturel se retrouve partout et toujours; or il y à un droit naturel : donc il sera partout et toujours le même. Les autres disent : Ce qui est naturel se retrouve partout et toujours : or aucun

1. Les phénomènes célestes apparaissaient aux anciens comme étant de cette espèce. Il faudrait chercher aujourd’hui la fixité que saint Thomas réclame non dans tel compartiment particulier de l'être physique, mais dans ses profondeurs et dans ses conditions les plus générales. C’est d’ailleurs sous ce rapport, en tant que condition générale des mouvements inférieurs et des transmutations sublunaires, que les cieux immuables-étaient envisagés par l’ancienne cosmologie.

9. In III Sent., Dist. XXXVII, Q. I, art. 3, init. 3. Ila lIæ, Q. LVIT, art. 2, ad 1».

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